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Dans les micro-crèches Marcelle et Martin, la magie du lien entre les générations

Au Teich, à Salles ou à Marcheprime, les micro-crèches Marcelle et Martin ont placé les rencontres intergénérationnelles au cœur de leur projet pédagogique. Des moments privilégiés dans lesquelles les équipes, les seniors et les tout-petits puisent une joie et un apaisement mutuels inégalables, malgré des contraintes pas toujours faciles à gérer…    

Derrière chaque projet entrepreneurial, il y a souvent une belle histoire. Celle d’Elodie Bonneau est familiale, elle prend racine à la naissance de son petit garçon Martin, en 2017. A cette époque, la jeune maman visite très régulièrement sa grand-mère Marcelle, devenue veuve et en Ehpad depuis peu. Elle se souvient : « Ces rencontres sont le départ de quelque chose de très fort, se souvient-elle. En rentrant dans cet Ehpad avec mon bébé, j’avais l’impression que chacune de ces personnes âgées se redressait sur son fauteuil, que la présence de Martin ramenait de la vie ». Auprès de Marcelle, elle s’émerveille de voir à quel point l’enfant et l’aïeule s’apportent mutuellement. Et se désole de constater l’isolement dans lequel se retrouvent bien souvent ses voisins de chambre… 

Une micro-crèche au cœur d’un Ehpad ?

Éducatrice spécialisée, Elodie Bonneau travaille en Protection de l’enfance et à l’accompagnement des familles en difficulté. Mais devenue maman, elle sent qu’elle commence à atteindre ses limites. « J’avais de plus en plus de mal à comprendre ces carences affectives, j’étais prise par beaucoup d’émotions, cela devenait vraiment difficile pour moi d’accompagner ces enfants », admet-elle. Avec au cœur depuis longtemps une folle envie de monter un projet dans l’innovation sociale, elle se lance dans l’aventure et travaille sur un projet de micro-crèche intergénérationnelle, implantée au cœur d’un établissement senior. « J’aime beaucoup m’inspirer de ce que font nos pays voisins, explique-t-elle. Et au Canada, et dans les pays scandinaves, le lien intergénérationnel est beaucoup plus présent, il y a beaucoup de projets de ce type ! ». En France, en 2018, il n’y avait encore que quelques initiatives intergénérationnelles, tout restait à faire… 

Un simple partenariat de proximité

En septembre 2019, Elodie Bonneau abandonne son CDI et travaille à temps plein sur son projet. « J’ai commencé à prospecter pour trouver des partenaires pour me rejoindre : bailleurs sociaux, mairies, promoteurs immobiliers. Le projet plaisait énormément, j’avais beaucoup de pistes concrètes ». Mais en mars 2020, pandémie de Covid19 et élections municipales viennent mettre un coup d’arrêt à Marcelle et Martin. « Je ne suis pas arrivée au bon endroit au bon moment ! », regrette-t-elle avec une certaine frustration. Pendant l’été, il lui faut faire un choix : tout arrêter pour retrouver une sécurité financière ou bien rebondir rapidement sur autre chose. Déterminée, c’est l’option qu’elle retient, préférant revoir ses ambitions à la baisse que de renoncer complètement à son projet. Elodie trouve un local tout proche d’un Ehpad, au Teich, pour accueillir une micro-crèche qui pourra tisser un partenariat enrichissant avec l’établissement senior. 

Des activités partagées entres seniors et tout-petits 

Et bien lui en a pris. Car depuis son ouverture en 2021, la micro-crèche du Teich et l’Ehpad voisin ont tissé « un partenariat extrêmement fort ». L’animatrice de l’Ehpad et l’équipe de la crèche organisent des rencontres deux fois par mois entre les enfants et les résidents volontaires. Seulement 10 minutes les séparent, alors les enfants s’y rendent à pied, par petits groupes de 5 à 6 pour des échanges plus riches. Seuls les moyens et grands y participent, le matin. Seniors et tout-petits se retrouvent en général pour une activité, autour de laquelle vont petit à petit se créer un échange, se tisser des liens. Il y a les activités manuelles (pâte à modeler, pâte à sel, peinture, gommettes), les chansons, les goûters, la chasse aux œufs dans l’Ehpad. Les enfants ont la chance de pouvoir se greffer à une activité de médiation animale organisée par l’Ehpad. « Imaginez la joie des enfants de pouvoir y participer, raconte Elodie Bonneau. C’est un vrai moment de partage qui les réunit, très adapté pour les petits et les seniors ». Valérie, auxiliaire de puériculture les accompagne souvent et observe : « Les enfants adorent caresser les animaux et les résidents retrouvent souvent une grande tendresse à travers ces moment-là »

La magie du lien entre les générations

Si la rencontre est parfois timide, d’un côté comme de l’autre, tous s’observent et la spontanéité des enfants finit par faire tomber les barrières. « Les enfants sont encore tout-petits, ils ne parlent pas encore beaucoup mais communiquent énormément par leurs sourires, leurs gestes et leurs regards. On sent une véritable émotion passer », reconnait Valérie. « Comme il y a toujours un outil de médiation, l’échange passe beaucoup par ces regards, confirme la directrice. Il n’y a pas forcément besoin de discuter, c’est le temps de présence qui compte. Et rapidement se crée une certaine complicité », décrit-elle. Cette authenticité des enfants fait beaucoup de bien aux résidents qui s’en émerveillent. Eux qui sont bien souvent loin de leurs familles, de leurs petits-enfants. Parfois même, des affinités se créent naturellement avec certains.

De leur côté, les enfants se nourrissent de la disponibilité et de l’écoute de leurs ainés. Elodie  Bonneau le constate : « il y a des moments suspendus ! ». Les enfants arrivent à rester calmes et attentifs pendant de longs moments, jusqu’à 45 minutes, car les résidents sont pleinement présents à ce qu’ils font et cette disponibilité généreuse fait beaucoup de bien aux enfants…

« Ce que j’aime dans ces rencontres, explique Valérie, c’est voir la magie du lien entre les générations. Les enfants apportent tellement de vie, de spontanéité, de rires, et les personnes âgées leur rendent beaucoup de douceur et d’attention. J’aime aussi observer leurs gestes : un enfant qui tend la main, un résident qui lui sourit ou qui chante doucement à côté. Ce sont de petits moments mais ils sont très forts. Ça me touche aussi de voir les résidents s’ouvrir petit à petit. Certains sont un peu réservés au début puis finissent par chanter et rire avec les enfants ».

Un enthousiasme partagé de toutes parts

Pour les parents comme pour les professionnels, c’est un projet qui a du sens. « Tout particulièrement depuis le Covid, constate Elodie Bonneau, il y a eu une véritable prise de conscience de l’isolement des seniors ». Chez Marcelle et Martin, cette dimension intergénérationnelle fait partie du projet pédagogique et les professionnels y sont sensibilisés dès le recrutement. C’est donc vraiment l’équipe toute entière qui porte ce projet. Pour Valérie, les activités avec les résidents « sont toujours des moments très doux et plein de bonne humeur dont on ressort toujours apaisés et avec le sourire ». Et d’ajouter : « Ces rencontres me rappellent pourquoi j’aime mon métier : pour ces moments humains, simples mais sincères qui font u bien à tout le monde ! ».

Les familles également s’en réjouissent. Certaines ont rejoint la micro-crèche pour cette approche intergénérationnelle, d’autres le découvrent au moment de l’inscription. Et si certaines ont pu avoir des appréhensions, autour de la maladie, de la mort, les craintes sont vites retombées avec les premières rencontres, auxquelles peuvent participer les parents s’ils le souhaitent.

Jongler avec les contraintes pour gagner en spontanéité

Pourtant tout n’est pas simple à mettre en place. Avec l’Ehpad, chaque rencontre doit être anticipée, organisée et les résidents ont souvent des contraintes pour des soins, des rendez-vous. Elodie Bonneau regrette de n’avoir pu s’installer dans leur lieu de vie : « Ne pas être au cœur de l’établissement nous contraint davantage. On peut faire moins de choses que ce que j’avais imaginé, regrette-t-elle. Nous avons moins de souplesse et de spontanéité, il faut jongler avec les contraintes alors que je rêverais que l’on puisse se retrouver au parc sur un coup de tête pour goûter, se promener ou jouer ensemble ! ». Elle reste cependant persuadée qu’il y a encore beaucoup à faire autour de l’intergénérationnel, notamment en investissant l’extérieur ce qui est encore compliqué…

Un partenariat sur le long terme

Le mois dernier, Elodie Bonneau a ouvert une seconde micro crèche Marcelle et Martin, dans la commune de Salles. L’équipe de professionnels travaille à mettre en place le projet intergénérationnel de la structure. Une prochaine rencontre avec le CCAS et le Conseil des sages devrait permettre d’étudier les conditions d’un partenariat durable pour « créer du lien dans la régularité ». Car pour Elodie Bonneau, il est essentiel de « mettre en des actions qui durent sinon ça n’a pas de sens… ». Pour commencer, des retraités viennent régulièrement lire des histoires à la crèche par l’association Lire et faire lire. Une bonne entrée en matière !

Une dynamique locale à tisser

En juin dernier, Marcelle et Martin a acquis une 3e micro-crèche à Marcheprime. L’équipe, qui est restée en place au rachat de la crèche, doit maintenant s’imprégner de ce nouveau projet pédagogique. « J’ai la chance d’avoir des professionnels déjà convaincus ! », se réjouit Elodie Bonneau. Mais là également, tout reste à faire. A Marcheprime, il y a également un Ehpad mais à 20 minutes à pied de la crèche. « C’est trop loin pour que nous puissions y aller à pied avec les petits, regrette la directrice. Nous allons donc chercher d’autres solutions ! Il y a matière à faire des choses ensemble et nous avons vraiment envie de créer une dynamique locale », assure Elodie.

Et l’équipe ne manque pas d’idées… Elle étudie la possibilité de mettre en place un minibus mis à disposition par la mairie. La directrice envisage également de tisser des partenariats locaux : en lien avec le CCAS, la micro crèche pourrait rejoindre les projets intergénérationnels de la commune ou bien organiser elle-même des ateliers dans une salle municipale. L’équipe envisage également d’inviter les résidents directement à la crèche, mais la contrainte de l’attestation d’honorabilité, pourtant essentielle, oblige à une certaine anticipation…

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 18 novembre 2025

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