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Rafraichir les crèches : comment bien utiliser la climatisation ?
Pour affronter ces fortes chaleurs, certaines crèches sont équipées de systèmes de climatisation. Mais comment en faire bon usage ? La climatisation est-elle la solution à tous les maux ? Deux directrices de crèches partagent leur expérience.
Il va falloir s’y habituer, les épisodes de forte chaleur seront de plus en plus fréquents et intenses dans les prochaines décennies. Or la plupart des lieux d’accueil de jeunes enfants sont des bâtiments particulièrement vulnérables à la chaleur. Mauvaise isolation, manque de protections solaires, extérieur trop minéral… Même les constructions récentes ne sont pas toujours adaptées ! Pour affronter les températures parfois extrêmes, nombreux sont les professionnels ont recours à l’installation de systèmes de climatisation dans les lieux d’accueil. Mais la clim’ ne fait pas tout, elle doit être utilisée avec bon sens, et ne dispense pas de précautions et aménagements pour affronter la chaleur avec bon sens…
La climatisation, un confort bien appréciable
Au multi-accueil municipal Anis et Diabolo à Delme, en Moselle, la climatisation a été installée en 2020, pendant le confinement. Un climatiseur réversible qui permet de venir en appui au système de chauffage en hiver, si besoin. Avec ses grandes baies vitrées, la crèche reste très lumineuse dès l’automne, mais en été elle était une véritable fournaise, et la pièce de vie atteignait rapidement plus de 30 degrés. Pour Laurence Trogrlic, directrice de la structure, cet investissement était indispensable pour le bien-être et la sécurité des enfants : « Sans volets pour occulter les rayons du soleil, avec seulement un store, des films réfléchissants et l’ombre limitée des quelques arbres de la cour qui mettent du temps à pousser, nous ne pouvions pas nous protéger du soleil et de la chaleur, c’était vraiment nécessaire », explique-t-elle.
La crèche Rigolo comme la vie de Chateaubourg a ouvert en septembre dernier. Bien que citadine, c’est une construction moderne et réfléchie dans une démarche écologique : les bâtiments sont en bois avec une isolation par la paille dont les performances thermiques sont particulièrement adaptées aux fortes chaleurs, l’extérieur est arboré, en bordure d’un lotissement, et il y a eu une véritable réflexion sur l’emplacement du préau. Celui-ci est placé assez haut pour ne pas être étouffant, pour laisser entrer la lumière en hiver tout en évitant qu’en été, le soleil ne frappe directement sur les vitres de la crèche… « Nous avons une crèche spacieuse, bien conçue et isolée, qui reste relativement fraîche : même sous le préau, la chaleur n’est pas étouffante, décrit Mélanie Urvoy, directrice. Mais dès le début, il a été prévu d’installer une pompe à chaleur à double flux, qui permet de chauffer en hiver et de rafraichir en été ». Un confort qui vient compenser l’engagement de l’équipe pour un accueil de semi-plein air.
Profiter de la fraicheur… sans pour autant rester cloîtrés
Grâce au dispositif de climatisation, il fait une température très agréable dans la crèche et tous en constatent les bénéfices. « Les équipes sont moins fatiguées parce qu’elles luttent moins contre la chaleur, reconnait Laurence Trogrlic. Les enfants dorment mieux, et ne sont pas plus malades que d’habitude ! ». Mais gare à ne pas rester trop enfermés ! Lors du premier épisode de canicule, l’équipe de la crèche de Chateaubourg – bien que rompue à une vie en semi-plein air – s’est sentie obligée de profiter de cette climatisation en restant à l’intérieur pour garantir un accueil plus frais aux enfants. « Mais nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas plus simple, reconnait Mélanie Urvoy. De nombreux enfants étaient totalement perdus dans leur journée, il y avait plus d’agressivité entre eux, ils dormaient moins à la maison… Nous n’avons trouvé aucun bénéfice à rester toute la journée dans la fraicheur de la crèche. Les enfants ont énormément besoin d’être dehors, même lorsqu’il fait chaud, admet-elle. On apprend notre organisation de nos erreurs ! Ce n’est pas parce qu’on a la climatisation que le temps en intérieur se passe mieux… ».
Même pour ce qui est de la santé des enfants, la directrice raconte que la plus grosse période de virus qu’elles aient connue est arrivée après la première canicule, « alors que nous n’avions presque rien eu cet hiver, en étant tout le temps dehors… ».
L’équipe a donc changé de rythme, avec des accueils dehors dès 7h30, des jeux d’eau toute la matinée et un retour à l’intérieur dès que la chaleur est trop forte. Les enfants ressortent parfois en fin d’après-midi pour un temps de 30 minutes car le jardin est ombragé.
Gare aux variations de température
Les professionnelles expérimentées sont unanimes, l’essentiel avec la climatisation, est qu’elle soit bien réglée, en évitant une trop grande différence de température avec l’extérieur. « Dans les dortoirs, on essaie d’avoir une différence de température de 5° à 7° avec l’extérieur. Dans les salles de vie, comme les enfants bougent davantage on ajuste à 7° de différence avec l’extérieur. C’est vraiment le maximum », précise Laurence Trogrlic. « Chez nous l’intérieur est frais, mais pas trop, on reste à 24° environ. On descend un peu plus dans les chambres à 22°ou 23° », explique Mélanie Urvoy.
En effet, l’Agence de l’environnement et de l’énergie (Ademe) recommande qu’en période de forte chaleur la température intérieure ne soit pas inférieure de plus de 5° à 7°C par rapport à la température extérieure à l’établissement. Une indication précise afin « d’éviter un refroidissement excessif des locaux lorsque la santé, la sécurité et le bien-être des enfants ne le nécessitent pas, notamment au regard des enjeux sanitaires et environnementaux liés à l’utilisation de la climatisation », explique la DGCS. Mais dans un contexte de canicule exceptionnelle, la DGCS note que les établissements peuvent dépasser l’écart de température recommandé « afin de préserver la santé, la sécurité et le bien-être des enfants accueillis ».
Pour Mélanie Urvoy, pour gérer le dispositif avec bon sens, il ne faut pas hésiter à se faire aider par des professionnels pour régler correctement l’installation : les ailettes des modules de climatisation, la température et les process (quand allumer, quand éteindre…) pour optimiser son utilisation. Et bien sûr, ne pas en abuser, leur conscience écologique le leur rappelle.
La climatisation, en dernier recours
Une solution confortable, mais est-ce pour autant une solution idéale ? Pour Claire Grolleau, fondatrice de Label Vie, il y a de nombreuses actions à mettre en œuvre pour limiter les températures excessives dans les lieux d’accueil avant d’avoir recours à la climatisation. « Évidemment, lorsqu’il fait trop chaud, il faut utiliser tous les moyens possibles pour réduire la température intérieure et accueillir enfants dans de bonnes conditions, assure-t-elle. Mais la climatisation doit rester un pis-aller. Elle réchauffe l’air extérieur, et à l’échelle collective ça a un impact très significatif sur l’environnement, alerte-t-elle. Ce dispositif utilise des gaz réfrigérants très polluants et consomme beaucoup d’énergie, ce n’est pas anodin ».
Ses alternatives efficaces pour gagner quelques degrés :
- Protéger les fenêtres et baies vitrées de l’exposition au soleil
Nombreuses sont les crèches qui n’ont pas de volets extérieurs pour se protéger du soleil. Pour Claire Grolleau, la première chose à faire est d’occulter le plus possible les fenêtres pour empêcher les rayons du soleil de pénétrer dans le bâtiment et d’échauffer les locaux. A l’intérieur, on peut tendre des toiles opaques, poser des filtres anti UV. Il existe également des volets brise vue orientables.
- Créer des courants d’air
Pour renouveler l’air et gagner en fraicheur, les équipes doivent s’organiser pour aérer les lieux le plus possible, surtout la nuit, et créer des courants d’air. L’idéal est une ventilation naturelle traversante si le bâtiment le permet. Pendant la journée, on peut ouvrir les fenêtres du coté ombragé mais toujours veiller à bien fermer du coté exposé au soleil en tournant au fil de la journée. « Nous transpirons, c’est ainsi que nous régulons notre température corporelle ! Rien qu’un petit filet d’air sur la peau moite nous aide à nous rafraichir », rappelle Claire Grolleau. En revanche, si l’air est trop chaud, il faut avoir le bon sens de fermer les fenêtres… A défaut de courant d’air efficace, les ventilateurs – toujours protégés d’une grille – seront d’un précieux secours et dans l’idéal, le ventilateur de plafond.
- Humidifier l’air ambiant
Un rafraichisseur d’air avec réservoir à eau peut être très efficace et plus écologique que la climatisation. Sinon une simple serviette humide posée sur un ventilateur classique permet d’humidifier l’air de la pièce durablement pour une sensation de fraicheur.
- Végétaliser les abords de la crèche
Pour ombrager une baie vitrée, l’une des solutions les plus efficaces est d’installer une pergola végétalisée qui perdra ses feuilles en hiver pour garantir la luminosité de la pièce. « Végétaliser les abords de la crèche et planter des arbres apportera bien plus de fraicheur et d’humidité qu’un simple store », précise Claire Grolleau. Le revêtement de la cour doit également être réfléchi : les matériaux clairs, perméables et naturels emmagasinent moins la chaleur que le bitume…
- Apaiser la sensation de chaleur sur le corps
Et bien sûr, hydratez-vous suffisamment et régulièrement avec de l’eau à température ambiante, mangez frais et léger et préférez dans la pénombre.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 20 juillet 2026