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Référentiel national sur la qualité d’accueil : trois assistantes maternelles livrent leur point de vue
Attendu depuis des mois, le référentiel national sur la qualité d’accueil a été publié le 2 juillet. Un texte que de nombreuses professionnelles de l’accueil individuel jugent davantage pensé pour l’accueil collectif. Trois assistantes maternelles, qui l’ont lu avec précision, partagent leur analyse.
Sophie de Oliveira, assistante maternelle à Roquecourbe : « Je me sens valorisée en tant que professionnelle »
« J’ai été agréablement surprise en lisant le référentiel qualité : pour une fois, j’ai eu l’impression qu’on parlait vraiment de mon métier, et de ce que je mets plus ou moins en œuvre depuis des années. Ce texte montre que ce qu’on fait est essentiel et qu’un parent a le droit d’attendre un accueil de qualité. Je suis assistante maternelle depuis 1999, et depuis 2008, je me forme régulièrement, notamment sur les neurosciences et le développement du jeune enfant. Ce référentiel, je le prends comme une reconnaissance de ce que je fais depuis des années, une validation de mon expérience. Je me sens valorisée. Ce n’est plus juste mon avis ou ma façon de faire : c’est écrit noir sur blanc. Cela donne le sentiment qu’on est sur la bonne voie. Quand je parle avec les parents aujourd’hui, je peux dire « c’est écrit dans le référentiel ». Et ça, c’est très rassurant.
Bien sûr, certaines parties ne me concernent pas directement, surtout celles qui sont plus adaptées aux crèches, comme la référence ou les plannings journaliers très cadrés. Moi, je suis seule avec les enfants. Je ne peux pas faire un emploi du temps rigide à la semaine : on s’adapte. J’ai été aussi un peu surprise par la place donnée au RPE. On a l’impression que c’est la solution à tout. Mais en réalité, ce n’est pas si simple. On sent que le message, c’est : « vous n’êtes pas seules ». Sauf que, dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas. Il y a des professionnelles très isolées. Par exemple, chez moi, en milieu rural, j’ai un RPE itinérant qui passe deux fois par mois, une heure et quart. Il n’y a pas d’échanges réguliers possibles, pas de temps prévu pour les adultes, et la PMI nous interdit de discuter de certaines choses avec le RPE à cause de la discrétion professionnelle. Donc non, on ne peut pas faire d’observation partagée comme dans les crèches. Ce n’est pas faisable partout.
La partie sur la relation au jeune enfant est celle qui me parle le plus. Sur le respect de l’enfant, de son rythme, de son individualité… tout ça, je m’y retrouve à 90 %. Je ne fais pas tout encore, comme le portage ou certaines formes de familiarisation, mais je suis ouverte à essayer. J’ai aussi commencé à réfléchir à l’observation : j’en entends parler depuis longtemps en formation, mais je ne m’y suis jamais vraiment mise. Peut-être que ce référentiel va m’y pousser. Ce que j’ai trouvé dommage, en revanche, c’est qu’il manque parfois des outils concrets pour nous aider à mettre certaines choses en place. Par exemple, toujours sur le sujet de l’observation, je m’attendais à trouver des fiches, des supports pratiques… et il n’y a rien. Et puis, je me suis aussi dit qu’il aurait été utile d’avoir des sources, des références, pour aller plus loin. Ajouter quelques pistes de lecture, ou des liens vers des vidéos ou des experts reconnus, ça aurait permis de creuser, de comprendre plus en profondeur. On a quand même aujourd’hui beaucoup de ressources, mais il faut savoir où les trouver.
Après, il y a des choses que je ne ferai pas. Les cafés parents, par exemple, ce n’est pas mon truc. Une fois ma journée terminée, je ne relance pas une activité avec les familles. J’ai besoin de couper. Et cela ne veut pas dire que je n’ai pas une bonne relation avec les parents. Au contraire, le soir, ils entrent, on discute, on échange sur la journée. C’est convivial. Mais ça reste dans un cadre professionnel.
Je pense que ce référentiel, il faut le prendre comme une base, une inspiration. Il fait presque office de mini-formation. Chaque rubrique est expliquée, justifiée, ce qui permet de bien comprendre le sens des pratiques proposées. Même si ce n’est pas un texte de loi, c’est une manière d’appliquer la Charte nationale de l’accueil du jeune enfant, qui, elle, est obligatoire. Donc oui, je trouve que c’est un document utile, et qu’il faut s’en saisir. Mais avec du bon sens. »
Retrouvez Sophie De Oliveira sur sa page Facebook
Émilie Delavallee, assistante maternelle à Montournais : « On ne tient pas compte de nos réalités »
« Quand je lis ce nouveau référentiel, j’ai vraiment le sentiment qu’on cherche à faire appliquer les mêmes règles qu’en crèche ou en collectivité, sans tenir compte de nos réalités, comme si nous avions les mêmes moyens, les mêmes conditions de travail. Ce n’est clairement pas le cas.
Par exemple, sur le repérage du handicap, sur les signes de maltraitance ou les troubles du développement… On n’est pas médecin. Et si on se trompe ? Si on signale à tort ? Qui nous protège ? Quelles conséquences pour nous si on ne voit pas quelque chose ? On nous confie énormément de responsabilités, mais sans réelle reconnaissance ni soutien. Et le plus difficile, c’est qu’on les assume seules, sans équipe ni cadre collectif pour nous épauler au quotidien.
Quand on nous demande d’installer un banc pour que les parents puissent s’asseoir s’ils le souhaitent, ça me paraît difficile à mettre en œuvre. Pour certaines, comme moi, qui disposent d’un espace dédié à l’accueil, attenant, mais séparé du domicile privé, c’est faisable : j’ai déjà un banc dans mon espace d’accueil. Mais, pour la grande majorité des assistantes maternelles qui exercent dans un appartement ou dans une partie de leur logement personnel, il est tout simplement impossible de libérer un coin pour y installer un banc ou un fauteuil, sans empiéter sur leur vie privée ou la sécurité des enfants accueillis. Dans un logement personnel, les pièces qui ne sont pas dédiées à l’accueil restent des espaces privés, et il n’est pas toujours possible d’y faire entrer les parents.
Et ce n’est qu’exemple parmi d’autres. Le référentiel nous demande aussi d’accueillir les parents dans un « lieu d’accueil » pendant des temps potentiellement longs, notamment pendant la phase de familiarisation, qui pourrait durer plusieurs semaines. Ce n’est pas réaliste : nous ne pouvons pas avoir un parent qui reste une heure ou plus à chaque accueil, alors que nous avons d’autres enfants. J’accueille quatre enfants, je dois penser à l’équilibre du groupe, pas seulement à l’un d’eux et à son parent. On doit fournir notre casier judiciaire, celui de nos conjoints, de nos enfants de plus de 13 ans. Mais le parent qui reste une heure ou plus dans notre domicile ? On ne lui demande rien ? Autre point : la vaisselle en verre plutôt qu’en plastique. Je me souviens avoir cassé deux biberons en verre qu’une maman m’avait donnés. C’est dangereux, surtout si un enfant fait tomber son assiette pendant le repas. Je me demande vraiment si ceux qui ont écrit ce référentiel ont passé une seule semaine dans nos conditions. On met en avant notre rôle éducatif, et c’est très bien, mais j’ai peur qu’on nous demande trop, que les PMI interprètent le référentiel à la lettre.
Il y a aussi des aspects intéressants dans ce référentiel : le langage est clair, pas trop de jargon. On insiste sur la bienveillance, l’importance des émotions des enfants, leur rythme… Dans l’ensemble, je trouve ce référentiel bien rédigé, mais je doute qu’on puisse l’appliquer à 100 %. Et j’espère qu’on ne nous demandera pas de le faire comme si on était une crèche. Notre métier est à domicile, on vit et on travaille dans le même espace. Il faudrait un référentiel vraiment pensé pour nous, les assistantes maternelles, en prenant en compte la réalité du terrain. Ce qui me gêne aussi, c’est qu’on parle beaucoup de l’enfant, des parents, mais peu de nous. Qui prend soin du professionnel dans tout ça ? On parle à peine de nos émotions, de notre charge mentale. »
Émilie Delavallee est également déléguée syndicale Unsa ProAssmat & Assfam (85)
Angélique Lecointre, assistante maternelle : « Un texte très infantilisant »
«J’ai l’impression que les assistantes maternelles sont encore une fois les grandes oubliées dans ce document où tout est très axé sur l’ accueil collectif. Pour avoir moi-même travaillé en crèche, je trouve que ce référentiel donne une image très lisse, très idyllique et surtout très théorique, loin de notre quotidien. J’ai le sentiment que ce texte a été rédigé par des personnes qui ne sont plus sur le terrain depuis longtemps, voire qui ne l’ont jamais été. Ou alors des directrices de structures, mais pas des professionnelles en section, en contact direct avec les enfants et les familles.
Et puis, au-delà de ça, je trouve que ce texte est infantilisant. Il est bien de rappeler que l’enfant doit toujours rester au centre de nos préoccupations. Mais quand je lis certaines parties du référentiel, j’ai parfois l’impression qu’on me prend pour une débutante ou pire, pour quelqu’un qui ne sait pas faire son métier. On nous dit qu’il faut respecter l’enfant, ne pas le rabaisser, communiquer avec les parents… mais c’est juste la base ! Si une personne ne le fait pas, elle n’a pas sa place auprès des enfants.
Personnellement, je suis auxiliaire de puériculture et je travaille dans le secteur depuis 17 ans. Et oui, tous ces fondamentaux, je les connais. Et je pense que la majorité des professionnelles les connaissent aussi. En formation d’assistante maternelle, on fait 120 heures, voire plus. Ces bases-là, on les étudie.
Ce référentiel a clairement été pensé pour le collectif. Mettre toutes les recommandations en pratique me paraît extrêmement difficile. Par exemple, quand on lit dans le texte que les parents doivent pouvoir entrer et sortir librement du lieu d’accueil, ça peut peut-être se concevoir en crèche ou en Mam, mais chez moi, à domicile, c’est tout simplement ingérable…Ou encore le fait de devoir aménager un espace dédié à l’allaitement… On est quand même dans un accueil familial, dans nos propres logements ! En Mam, pourquoi pas, mais chez nous, à domicile, c’est irréaliste.
Même dans la partie sur la relation avec les parents ou sur l’organisation du travail, c’est flagrant. Il y a plein de suggestions qui ne sont tout simplement pas applicables à l’accueil familial. Quand on lit, par exemple, qu’on peut organiser des groupes de discussion entre parents et pros, je me dis : mais comment, concrètement ? Nous, c’est un parent, une assistante maternelle, point. Il n’y a pas de direction d’établissement comme en crèche pour coordonner tout ça. Et quand on parle du rôle du RPE dans les conflits, ce n’est pas son rôle non plus.
En tant que professionnelle expérimentée, je pense qu’un tel document aurait pu être utile s’il avait clairement distingué l’accueil collectif et l’accueil individuel. Là, tout est mélangé. À mon sens, ce n’est pas un outil utile pour les débutantes non plus, car il n’est pas accessible. Alors oui, ce référentiel a peut-être vocation à évoluer, à s’enrichir. Mais en l’état, je ne le trouve ni utile ni adapté. Et malheureusement, si un jour il devient opposable, là, ça risque de poser de vrais problèmes, parce qu’on nous imposera des pratiques impossibles à mettre en œuvre dans nos réalités.»
Retrouvez Angélique sur son groupe Facebook, Les chroniques d’Assmat
Candice Satara
PUBLIÉ LE 17 juillet 2025