S’abonner

Salaire, contrat et réforme du Cmg : deux assistantes maternelles témoignent

Alors que la réforme du Cmg est entrée en vigueur le 1er septembre, les assistantes maternelles en constatent déjà les effets concrets. Le témoignage de Gaëlle et Laura : l’une y perd, l’autre y gagne.

La réforme du Cmg impacte les familles, en influant sur leur reste à charge. Du côté des assistantes maternelles, le nouveau calcul du CMG ne modifie ni les contrats, ni les tarifs pratiqués, ni les indemnités. Sur cette réforme profonde, la plupart des syndicats et associations se voulaient rassurants : les pros de l’accueil individuel n’y perdront pas, elles y gagneront sûrement, car l’objectif, in fine, est de rapprocher le coût de l’accueil individuel de celui de l’accueil collectif, et de permettre ainsi un véritable choix aux parents.

Mais dans les faits, il semble que certaines assistantes maternelles se trouvent désavantagées. Sur les réseaux sociaux, la colère commence à gronder. Il y a la question des petits contrats, qui seront moins bien couverts par le Cmg et donc moins avantageux pour les assmats. Et puis, certains employeurs pénalisés qui décident de rompre le contrat. C’est ce qui est arrivé à Gaëlle.  À l’inverse, Laura a confié y trouver son compte.

Gaëlle : « La réforme du Cmg m’a fait perdre un contrat du jour au lendemain »

Je suis assistante maternelle depuis quinze ans, et installée dans ma commune actuelle depuis sept ans. Jusqu’ici, je n’avais jamais connu le chômage : chaque départ d’enfant était anticipé, et en quelques jours, j’avais toujours une nouvelle famille. Mais cette fois, avec la réforme du Cmg, tout a basculé

Un petit garçon d’un an devait arriver chez moi en septembre. Sa maman l’avait déjà mis à la crèche, mais elle trouvait qu’il y était toujours seul, pas assez entouré. Elle a donc préféré se tourner vers une assistante maternelle. Comme je n’avais pas de place avant la rentrée, elle a accepté d’attendre patiemment. Nous avons signé un engagement réciproque il y a quelques mois : l’enfant devait prendre la place qui se libérait en septembre.

J’avais pris mes précautions. Dès que j’ai eu vent de la réforme du Cmg, j’ai envoyé un message à mes parents employeurs pour les prévenir et leur conseiller de faire des simulations. Tous m’avaient rassurée. Certains perdaient une cinquantaine d’euros, d’autres gagnaient un peu, mais rien d’alarmant. J’ai six contrats, soit trois familles. Pour être plus précise : une famille se trouve légèrement désavantagée avec ses deux enfants. Une autre, au contraire, est gagnante et m’a même proposé de me laisser l’enfant le mercredi pour augmenter mes heures, car elle y trouve son compte. La troisième, ce sont des professeurs : il me semble qu’ils y perdent un peu, mais le plus important pour eux, c’est le bien-être de leur enfant, avant l’argent, même si la réforme leur coûte un peu plus.

La maman de ce nouveau petit garçon est arrivée le lundi de la rentrée, très rassurée. L’enfant a mangé, dormi, tout s’est bien passé pour cette première journée. Comme d’habitude, j’avais préparé en amont son arrivée, envoyé des messages la veille pour les affaires à apporter, tout pour que la transition soit fluide. Le lundi soir, je lui ai remis le contrat à signer. Normalement, je fais toujours signer le contrat le premier jour d’accueil.

Le mardi matin, la mère est revenue, mais cette fois pour m’annoncer qu’après simulation, elle ne pourrait pas continuer : à la crèche, elle payait 140 €, et avec moi, cela lui revenait à 460 €. Elle m’a dit avoir des crédits, des factures, et que ce n’était pas possible.

J’ai été stupéfaite. J’avais passé ma soirée à rédiger le contrat en urgence pour être dans la légalité. Elle a quand même signé devant moi, et le soir même, elle m’a remis une lettre de licenciement. Le petit garçon n’est donc pas revenu. Tout ça, alors que je l’avais prévenue des risques de la réforme, et que je suis toujours arrangeante : j’ai déjà proposé à d’autres parents d’étaler les paiements si besoin, je fais tout pour que ça se passe bien.

Cette famille n’était pas un parent solo. Ils sont en couple, avec un aîné scolarisé. Le petit, leur deuxième, devait être accueilli 40 h par semaine, de 7h45 à 16h45. Je pensais que la réforme visait à favoriser ce genre de gros contrats, mais manifestement, ce n’est pas le cas. C’est compliqué d’être plus précise, car je ne connais pas le salaire des parents.

Peut-être que la maman avait prévu depuis longtemps de se rétracter, et qu’elle a laissé passer deux jours pour ne pas avoir à payer l’indemnité prévue par l’engagement réciproque. Car si la famille vient au moins une heure, il n’y a pas de compensation à verser. Ce qui rend les choses encore plus frustrantes, c’est que j’ai dû réorganiser tout mon accueil pour faire de la place à ce petit garçon. J’avais déjà signé avec lui, et en parallèle, la maman d’un autre enfant, Eden, voulait que je continue à le prendre pendant les vacances scolaires, alors que je pensais qu’il laisserait sa place. J’ai donc dû demander une dérogation à la PMI pour un cinquième enfant, nominative, afin d’accueillir Eden en même temps que les autres. Tout ça pour rien, puisque finalement Nino (le nouveau petit) n’est pas resté.

Aujourd’hui, je me retrouve avec une vraie place à temps plein, les lundis, mardis, jeudis et vendredis, vacances scolaires comprises. C’est la première fois en sept ans que je n’ai pas de contrat, alors que la demande est habituellement forte dans ma commune. Je précise que je pratique pourtant des tarifs tout à fait raisonnables. Je suis à 4,60 € de l’heure en moyenne, parfois moins pour mes anciens contrats, que je n’augmente jamais. Les frais d’entretien sont de 4,10 € pour 9 h d’accueil, largement en dessous de ce que je dépense réellement. Je préfère mettre un peu plus sur le taux horaire, qui comptera pour ma retraite. Dans ma région, les assistantes maternelles sont en moyenne à 4 €. Je ne pense donc pas être chère.

Retrouvez Gaelle sur sa page Facebook

Lire aussi : Assistantes maternelles et gardes d’enfants à domicile : des rémunérations en hausse

Laura : « J’ai pu revaloriser mon tarif horaire »

Je suis assistante maternelle depuis dix ans, dans l’Oise. Pour moi, la réforme du Cmg est plutôt une bonne nouvelle. Jusqu’à présent, je m’adaptais souvent aux plafonds de la CAF pour ne pas pénaliser les familles. Il m’est déjà arrivé de baisser mon tarif horaire pour que les parents n’aient pas un reste à charge trop lourd.

Par exemple, l’année dernière, j’ai accepté un contrat de 50 heures par semaine, mais j’ai baissé mon taux horaire à 3,30 € (alors que je suis habituellement à 3,80 €) pour que les parents n’aient pas à sortir 1 000 euros de leur poche. C’était un compromis : moi, je m’y retrouvais financièrement, et eux pouvaient honorer le contrat. Je me fixe toujours un seuil minimum de salaire mensuel, en dessous duquel je ne peux pas descendre.

Avant, je refusais les petits contrats, en dessous de 40 heures, parce que pour que ce soit viable, il aurait fallu que je monte mes tarifs à 4,50 €, voire 5 €, et dans ma région, ce n’était pas bien perçu. Les parents comparent vite avec la voisine, sans toujours faire le calcul du reste à charge réel.

Aujourd’hui, avec la réforme, les choses changent. J’ai pu accepter un contrat de 32 heures par semaine, avec un tarif de 5 € net de l’heure. On a fait les calculs ensemble avec la maman, et son reste à charge est tombé à moins de 200 euros par mois. Avant la réforme, elle aurait eu 400 euros à payer. Résultat : elle n’a pas tiqué sur le tarif horaire, car ce qui compte pour elle, c’est ce qu’il lui reste réellement à régler. C’est la première fois que je me sens à l’aise pour proposer un tarif horaire à 5 €, sans crainte que ce soit mal perçu. C’est aussi la première fois que je peux valoriser un plus petit contrat tout en m’y retrouvant financièrement.

En ce moment, j’accueille quatre enfants. J’ai aussi un périscolaire que je garde depuis bébé, donc j’ai fait un effort sur le tarif (4,50 €), même si la réforme n’est pas avantageuse pour ce type de petit contrat. À mon sens, il faut au moins 30 heures par semaine pour que ça devienne intéressant, et cela dépend aussi du revenu des parents, qui est la grande inconnue. Je pense qu’il faut qu’ils se situent dans la « tranche moyenne » pour que l’équilibre soit bon.

Retrouvez Laura sur tiktok : @familydino

Candice Satara

PUBLIÉ LE 04 septembre 2025

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire