Sandrine, assistante maternelle dans la même Mam depuis 13 ans : « la clé chez nous, c’est le dialogue »
Depuis 2011, la maison d’assistantes maternelles 1,2,3 soleil située à Mont-de-Marsan (40) accueille des jeunes enfants. Une longévité exceptionnelle pour cette structure qui a pourtant connu moult péripéties humaines et institutionnelles. Sandrine, présente depuis l’ouverture, et présidente de l’association, nous raconte l’histoire de sa Mam, la première du département des Landes.
Nous avons ouvert la maison d’assistantes maternelles en 2011 à Mont-de-Marsan après deux ans de procédure et de bataille avec le Conseil départemental qui ne voulait pas entendre parler de ce mode d’accueil. Autant vous dire que nous n’avons eu aucune aide ! 1,2, 3 soleil a été la première Mam des Landes à ouvrir et c’est une grande fierté. Nous étions trois à l’époque, Corinne, Magali et moi-même. Magali nous a quittées au bout de quelques mois, le courant ne passait pas, nous nous sommes vite rendu compte que nous n’étions pas faites pour travailler ensemble.
Rapidement, nous avons recruté Carole qui est toujours avec nous aujourd’hui, mais il a fallu tenir un an sans elle, le temps qu’elle obtienne son agrément. Nous nous sommes serrées la ceinture pour pouvoir payer le loyer, il était hors de question d’arrêter, on avait mis tant de temps à ouvrir la Mam. Je ne me voyais pas revenir à la maison.
Aucun soutien du Conseil départemental
Une fois n’est pas coutume, le Conseil départemental ne nous a pas aidées. Depuis toujours, il privilégie les structures publiques, tout ce qui est privé l’effraie car il n’a pas la mainmise dessus : cela fait juste six mois que nous avons deux crèches privées à Mont-de-Marsan. Aujourd’hui les Mam commencent à se démocratiser, mais c’était loin d’être le cas en 2013. Les pouvoirs publics prennent conscience que ce système ne présente que des avantages pour eux. Cela ne leur coûte pas un centime et leur permet de diversifier l’offre d’accueil pour s’adapter aux demandes des parents.
Carole a intégré l’équipe en juillet 2013. Nous étions heureuses de l’accueillir, avec un brin d’appréhension car cela faisait plusieurs mois que nous travaillions à deux. Finalement, chacune a trouvé sa place facilement. En 2013, nous sommes alors trois assistantes maternelles et nous accueillons 12 enfants.
Contraintes de déménager
Mais en août 2022, coup de tonnerre, l’agence immobilière nous annonce que le propriétaire vend la maison. Branlebas de combat, on se demande comment on va faire. Ce n’est déjà pas simple de trouver quelqu’un qui veut bien louer à une assistante maternelle. Nous ne baissons pas les bras, et dès que l’on reçoit le courrier de l’huissier, nous commençons à chercher un nouveau local. L’idée nous effleure alors de prendre un plus grand espace avec une quatrième assistante maternelle. Par chance, nous trouvons pile en face de chez nous une grande maison de 210 m°. C’est juste incroyable, le quartier est le même, mais là nous n’avons pas le choix, il nous faut recruter une autre professionnelle. Karine, qui a été stagiaire à la Mam et travaille alors dans une école, accepte de nous rejoindre.
« Les parents nous ont toujours soutenues »
Nous déménageons en février 2023. Cette fois, le département est clément. Avec les élus, il nous octroie une subvention d’environ 1000 euros par enfant pour l’ouverture de la nouvelle Mam. Nous pensions que c’était pour les quatre enfants supplémentaires qui arrivaient et finalement ils nous l’ ont donné pour les douze. On ne va pas se plaindre !
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Le jour du déménagement, tous les parents de la Mam nous prêtent main forte. Vous savez, nous sommes comme une petite famille ou plutôt une grande famille. Les parents nous ont toujours soutenues. D’ailleurs, pour l’anniversaire des 10 ans de la Mam, nous avons organisé un grand repas dans une salle avec les parents, les enfants qui avaient grandi. C’était un formidable moment de retrouvailles et d’émotions. Depuis 2023, il y a encore eu du mouvement à la Mam. Corinne a pris sa retraite et a été remplacée par Elfie, qui était aussi une ancienne stagiaire. Nous sommes désormais au complet : Elfie, Karine, Carole et moi avec quatre enfants chacune.
Toute l’équipe de la Mam
Des réunions mensuelles obligatoires
Notre mot d’ordre, c’est le dialogue : si quelque chose ne va pas, on fait une réunion. Il est indispensable de pouvoir se dire les choses avant qu’elles ne deviennent un problème. Une fois par semaine, nous nous réunissons pour décider des activités de la semaine suivante, le vendredi le plus souvent. Et tous les mois, nous restons un soir un peu plus tard pour évoquer justement les points qui nous dérangent ou nous contrarient. En général, je programme et anime cette réunion en prévenant les autres filles en avance, afin qu’elles préparent les sujets dont elles veulent parler. Nous tenons un cahier ou tout est précisément écrit. Et, de cette façon, à la réunion suivante, on reprend les points précédents pour voir s’ils ont été résolus. Et après nous allons toutes ensemble manger au restaurant !
Le soutien d’une coach en cas de conflit
S’il y a un point qu’on n’arrive pas à résoudre, on peut s’appuyer sur une personne neutre, une coach familiale et d’entreprise, rencontrée lors d’un événement. Jusqu’ici, elle ne s’est jamais déplacée, nous avons dû l’appeler une fois ou deux. En fait, nous n’avons jamais eu de conflits majeurs. Nous pouvons nous reprocher des petites choses, mais ce sont des broutilles « tu ne délègues pas assez », « tu regardes trop ton téléphone en présence des enfants »… Nous trouvons rapidement un terrain d’entente. À la demande de la PMI, nous retravaillons aussi régulièrement notre projet d’accueil, cela permet de s’assurer que nous sommes bien toutes sur la même longueur d’ondes. Pour l’anecdote, la PMI nous a demandé les coordonnées de notre coach parce qu’elle doit, elle aussi, régler des conflits.
La partie financière, le nerf de la guerre
Lorsqu’on vient nous voir pour nous demander des conseils, je répète toujours que le plus important est d’être très alignées sur toutes les décisions. Nous, par exemple, pour que la Mam fonctionne correctement, il faut donner minimum 500 euros de frais d’entretien et de nourriture. Nous reversons chacune cette somme à l’association pour qu’elle vive, c’est la règle. Il n’y a pas de « on fait les courses chacune notre tour ». C’est carré.
Pour s’assurer de sa compatible avec les autres personnes, je conseille de poser toutes les questions. De la plus élémentaire : « Est-ce que tu sais faire la purée mousseline ? », à la plus pointue sur l’investissement financier, qui est le nerf de la guerre. « Est-ce que tu es consciente de ce que la Mam implique d’un point de vue financier ». Il faut pouvoir se faire confiance et se dire les choses. Quand Elfie est arrivée, nous avons été transparentes, chacune à notre tour, nous lui avons donné nos défauts et nos qualités. Pour que l’histoire dure, il est impératif de très bien se connaître.
PUBLIÉ LE 08 décembre 2024