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Sarah El Haïry : ses premiers pas de ministre déléguée à l’Enfance, la Jeunesse et aux Familles

Pas de déclarations tonitruantes, d’interviews exclusives et de promesses généreuses… Contrairement à sa prédécesseure qui était tout en communication, la nouvelle ministre déléguée à l’Enfance, la Jeunesse et aux Familles fait ses premiers pas en petite enfance tout en discrétion et douceur. Un autre style ?  Plus d’actes, moins de paroles ? C’est ce que tout le secteur attend.

La nouvelle ministre déléguée à l’Enfance, la Jeunesse et aux Familles – un joli périmètre cohérent plutôt salué par le secteur de la petite enfance – semble prendre la mesure de sa tâche et de ses responsabilités avec beaucoup de sérieux et d’humilité.
Elle a pris soin d’appeler dès le lendemain de sa nomination quelques acteurs clefs du secteur dont Élisabeth Laithier, la présidente du Comité de filière petite enfance …  mais aussi des gestionnaires dont Elsa Hervy, la déléguée générale de la FFEC.

La ministre de toutes les familles

La seule interview suivant sa nomination a été, comme il est de coutume, pour un media de la  ville dont elle est élue : Nantes. Ce fut donc France Bleu Loire Océan. Une seule grande promesse : « Je serai la ministre de toutes les familles, qu’elles soient monoparentales, homoparentales, qu’elles soient recomposées ». Normal de la part d’une jeune femme qui n’a jamais caché son homosexualité et qui est mère d’une petite fille née fin décembre 2023 grâce à la PMA pour toutes.
Mais pas d’annonces spectaculaires intempestives, ni de promesses intenables. Elle s’est contentée de définir sa mission et d’expliquer comment elle entendait faire le job.
« Ma mission est simple : protéger les enfants, permettre l’émancipation des jeunes, simplifier la vie des familles, des familles au pluriel, dans leur diversité bien sûr. Ma mission sera d’accompagner de la naissance quasiment jusqu’aux 25 ans, ça va être les 1.000 premiers jours de vie, l’émancipation, le monde associatif, le service civique, les modes de garde, l’accompagnement de la parentalité. Et tout ça (…) avec beaucoup d’écoute, de dialogue avec les associations, avec les élus locaux, avec finalement tous ceux qui, au quotidien, s’occupent des enfants, qu’ils soient bénévoles ou professionnels. (…). »

Enfance, jeunesse, familles, un continuum qui séduit

Les décrets d’attribution, au moment où nous écrivons ces lignes ne sont pas encore parus, mais déjà l’intitulé du ministère : « Enfance, Jeunesse, Familles » séduit.
Tandis que le rattachement de la ministre déléguée à trois ministres différents surprend… et parfois inquiète.
La Fneje, dans un message sur linkedin, se montre positive : « Nous demandons depuis longtemps un ministère de l’enfance : l’intitulé de sa (Ndlr : de Sarah El Haïry) délégation est un signe positif pour considérer l’enfant dans sa globalité en tant que sujet de notre société. En étant placée auprès de trois grands ministères, nous voulons y voir l’esquisse d’une approche interministérielle pour répondre aux enjeux liés à l’enfance. »
Le 11 février, le SNPPE, lui, publiait quelques jours après la nomination de Sarah El Haïry un communiqué plus sceptique évoquant pour cette nouvelle ministre, deux possibilités : « 1ère possibilité -> encore une fois la personne censée nous écouter ne le fait que d’une oreille en dénigrant au passage une très grande partie des citoyens. 2ème possibilité -> cette nomination est une vraie décision réfléchie et mesurée ! Nous allons pouvoir commencer à travailler ensemble, afin de mettre en valeur toutes les forces existantes sur les terrains et échanger sur les axes d’améliorations. »
Deux jours plus tôt, enfin l’Acepp, tout en souhaitant la bienvenue à la ministre la pressait d’agir.
Si l’on devait résumer l’état d’esprit du secteur, ce serait : enfin un ministère dédié à l’enfance ; une belle idée d’associer enfance à jeunesse et à familles ; on aurait préféré un ministre de plein exercice mais quand même… ; comment s’articulera le triple rattachement de la ministre déléguée ?  Et maintenant, au travail, Mme la ministre, on veut des actes et on est prêt à discuter, construire, coopérer.

Un cabinet encore en construction

La ministre prend son temps pour se constituer un cabinet compétent, crédible, efficace, et immédiatement opérationnel. Elle qui reconnait (admet) connaitre par cœur la jeunesse, mais beaucoup moins bien la petite enfance, les modes d’accueil, la protection de l’enfance, n’a pas le droit à l’erreur !  Tant les sujets en attente son nombreux, tant l’impatience du secteur est grande. Le décret déterminant le nombre de conseillers ministériels pour chaque ministère délégué et secrétariat d’État étant paru, la ministre sait qu’elle ne peut pas constituer un cabinet de plus de 11 membres. Un peu ric et rac vu le périmètre. Il faut donc bien « les choisir ».

Pour l’heure, même si les arrêtés de nomination ne sont pas encore publiés, on sait que la cheffe de cabinet est Harmonie Sala et que le directeur de cabinet est David Blin. Un directeur de cabinet qui connait bien le secteur et la vie de cabinet. Et que le secteur connait bien aussi. D’abord chef du bureau des familles et des parentalités de la DGCS, après un petit passage à la Culture, il a été membre du cabinet d’Adrien Taquet, de Jean-Christophe Combe et de façon plus éphémère directeur de cabinet adjoint d’Aurore Bergé. Le voilà prenant du galon dans un ministère qui lui va comme un gant. Il sera épaulé par deux directeurs de cabinets adjoints : pour la jeunesse, Thomas Collin, un fidèle de Sarah El Haïry et pour l’enfance et la famille, Pauline Domingo, ex Cnaf, ex directrice du projet service public de la petite enfance et ex secrétaire générale du Comité de filière. Elle est donc loin d’être une inconnue pour les professionnels et gestionnaires. Reste à savoir qui héritera de la protection de l’enfance, un secteur très important et plutôt malmené ces derniers temps !
Un cabinet de choc en quelque sorte qui maîtrise tous les dossiers « chauds » : la mise en œuvre du service public de la petite enfance et les revalorisations salariales au premier chef.  Mais aussi tous les textes en attente liés à la fin de la réforme des services aux familles et aux articles 17 et 18 de la Loi sur le Plein Emploi.

Quid du Comité de filière et de la mission qualité ?

Alors qui pour prendre en charge le secrétariat du Comité de filière petite enfance, une instance-pivot du secteur. La vacance ne peut durer trop longtemps au risque de déstabiliser ses membres et d’insécuriser tous ceux qui s’étaient emparés de cette « institution » avec dynamisme et conviction. Sa présidente Elisabeth Laithier veille au grain et compte bien se battre pour que très vite les travaux du Comité de filière puissent reprendre.  Par ailleurs, c’est une instance que Sarah El Haïry connait bien puisque, quand elle était secrétaire d’Etat à la Jeunesse, elle avait installé son jumeau pour le secteur de l’animation.

Quant au projet service public de la petite enfance, il n’est plus aujourd’hui un projet mais sa mise en œuvre est en route. A-t-il besoin d’un patron-facilitateur ou peut-il s’installer naturellement, sous l’impulsion du cabinet et avec un accompagnement de la DGCS ? A voir.

Quid des revalorisations salariales. A quand les arbitrages de Bercy pour les modalités d’accompagnement de l’État ? Ce sera un chantier prioritaire pour la ministre, suivi de près par le cabinet.

Quid du référentiel qualité laissé en suspens, suite au départ du responsable de la mission, l’IGAS Jean-Baptiste Frossard, parti comme dircab d’Aurore Bergé à l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les discriminations. Depuis silence radio, pas d’IGAS nommé pour lui succéder. Tout ça pour ça ! Les membres des groupes de travail qui se sont investis, donné de leur temps et creusé les méninges, l’ont mauvaise ! Grande déception et sentiment d’avoir été lâchés.

Quid enfin de cette commission parentalité-fantôme annoncée fièrement et très médiatiquement par Aurore Bergé, comptant autant de démissionnaires que de nommés et abandonnée en chemin avec deux co-présidents muets comme des carpes ?
Beaucoup de questions, beaucoup d’attentes, beaucoup d’impatience.

Mais cette fois, les pros ont l’air d’y croire. Veulent y croire. Croisons les doigts.

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Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 16 février 2024

MIS À JOUR LE 04 mars 2024

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