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Tétine : pourquoi les experts recommandent de commencer le sevrage entre 12 et 18 mois

La Société Française d’Orthopédie Dento-Faciale (SFODF) a publié ses  premières recommandations nationales sur le bon usage des tétines en mai 2026. Si elles ne révolutionnent pas les pratiques, elles apportent un repère inédit : amorcer le sevrage entre 12 et 18 mois. Une préconisation qui mérite d’être mise en perspective avec les réalités du terrain et les autres référentiels qui guident les équipes.

La tétine est partout… ou presque. Dans les poussettes, les lits, les poches des manteaux, les casiers des crèches. Elle accompagne l’endormissement, calme un chagrin, rassure lors d’une séparation. Selon l’étude nationale Épifane 2021 menée par Santé publique France, environ six enfants sur dix utilisent une tétine au cours de leur première année de vie. Mais jusqu’à quand ? Et surtout, quelle place lui laisser dans le quotidien des jeunes enfants ? Ces questions sont loin d’être anecdotiques pour les professionnels de la petite enfance, qui doivent concilier les besoins de chaque enfant, les attentes des familles et les connaissances scientifiques.

C’est dans ce contexte que la Société Française d’Orthopédie Dento-Faciale (SFODF) a publié, en mai 2026, les premières recommandations nationales sur le bon usage des tétines. Le document ne remet pas en cause leur intérêt chez le nourrisson, mais il apporte un repère plus précis qu’auparavant : le sevrage devrait être amorcé entre 12 et 18 mois.

Un calendrier plus précis que les recommandations précédentes

Jusqu’à présent, les messages étaient relativement consensuels : limiter l’utilisation prolongée de la tétine et favoriser son arrêt avant l’âge de trois ans. Les premières recommandations de la Société Française d’Orthopédie Dento-Faciale conservent cette approche, mais proposent désormais un calendrier plus précis.

Les auteurs invitent à commencer progressivement le sevrage entre 12 et 18 mois, sans pour autant préconiser un arrêt brutal. L’objectif ? Réduire peu à peu le temps de succion afin que la tétine ne devienne pas un objet présent en permanence dans la bouche de l’enfant. Cette précision constitue sans doute la principale nouveauté du document. Elle pose aussi une question très concrète : comment accompagner ce sevrage dans les établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE) ?

Des repères qui confirment plus qu’ils ne bouleversent

Au-delà du calendrier, le document confirme des messages déjà largement partagés. Il rappelle que la tétine répond au besoin de succion du nourrisson et qu’elle présente des bénéfices reconnus, notamment pour l’apaisement ou lorsqu’elle est proposée au moment du sommeil, une fois l’allaitement bien installé. Par ailleurs, dans une mise au point très récente, l’American Academy of Pediatric Dentistry recommande clairement l’usage de la tétine pendant le sommeil jusqu’à l’âge d’un an, suggérant qu’elle est un facteur protecteur contre la mort innattendue du nourrisson (MIN), ce que préconisait déjà l’American Academy of Pediatrics. Plusieurs études épidémiologiques confirment cet effet protecteur avec une réduction du risque pouvant atteindre 90 %.

À l’inverse, les risques sont surtout liés à une utilisation prolongée de la tétine, notamment lorsqu’elle est gardée de façon quasi permanente pendant les temps d’éveil. Les recommandations rappellent qu’une succion prolongée peut favoriser certaines malocclusions (béance entre les incisives, décalage entre les mâchoires ou palais plus étroit), ce qui peut avoir des répercussions sur le développement oro facial. Elle peut également augmenter le risque de certaines infections ORL, à l’instar des otites moyennes aiguës. Enfin, lorsqu’elle reste continuellement en bouche, la tétine peut limiter les occasions d’interagir avec les adultes ou les autres enfants. Autrement dit, ce n’est pas la tétine en elle-même qui est remise en question, mais une utilisation trop fréquente et trop prolongée.

Les tétines « orthodontiques » : une idée reçue bousculée

Les recommandations reviennent également sur un argument largement utilisé par les fabricants. À ce jour, les données scientifiques ne permettent pas d’affirmer que les tétines dites « orthodontiques », « physiologiques » ou « anatomiques » préviennent les malocclusions. Selon les auteurs, c’est avant tout la durée d’utilisation et l’âge du sevrage qui influencent le développement bucco-dentaire. Là encore, les professionnels sont souvent en première ligne pour répondre aux interrogations des parents.

Une évolution qui interroge les pratiques en EAJE

Les équipes de crèche savent que chaque enfant est différent. Certains réclament leur tétine uniquement pour s’endormir, d’autres la gardent spontanément pendant les temps d’éveil, tandis que d’autres s’en détachent sans difficulté.  Sur le terrain, les pratiques reposent souvent sur une approche individualisée. À la microcrèche Les P’tits Babos, située à Besançon, les professionnels ne refusent pas la tétine lorsqu’un enfant la demande, mais veillent à ce qu’elle ne fasse pas obstacle aux échanges. « Lorsqu’un enfant souhaite communiquer avec sa tétine en bouche, nous l’encourageons à l’enlever afin que nous puissions bien l’entendre et comprendre ce qu’il veut nous dire », explique Laurène Billery, éducatrice de jeunes enfants. Les tétines sont par ailleurs rangées dans une boîte inaccessible aux enfants, qui doivent en faire la demande à un professionnel.

Le repère de 12 à 18 mois ne lui paraît pas incompatible avec les pratiques actuelles. « À condition de respecter le rythme de chaque enfant », souligne-t-elle. Comme beaucoup de professionnels, elle insiste sur la nécessité de travailler en continuité avec les familles. Lorsque celles-ci amorcent le sevrage à la maison, l’équipe poursuit la démarche à la crèche afin d’assurer une cohérence entre les deux lieux de vie.

Des recommandations compatibles avec le référentiel national qualité ?

Le document de la SFODF adopte un regard médical, centré sur les bénéfices et les risques liés à l’usage de la tétine. Le Référentiel national qualité d’accueil du jeune enfant l’aborde, lui, sous l’angle des besoins de l’enfant et des pratiques professionnelles. Il rappelle que la tétine peut être laissée à la libre disposition de l’enfant, tout en encourageant les professionnels à l’aider à s’en séparer pendant les temps de veille, en dehors de l’endormissement et du sommeil. Il souligne également qu’elle ne doit pas devenir une réponse automatique aux émotions de l’enfant : la régulation émotionnelle repose d’abord sur la présence, la disponibilité et les interactions avec l’adulte.  Loin de s’opposer, ces deux approches apparaissent complémentaires. Les recommandations de la SFODF apportent des repères médicaux pour limiter les conséquences d’une succion prolongée, tandis que le référentiel rappelle que le sevrage doit s’inscrire dans un accompagnement individualisé, respectueux du rythme et des besoins de chaque enfant.

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Julie Giorgetta

PUBLIÉ LE 30 juillet 2026

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