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Victor Castanet sur le financement des crèches : « L’administration est-elle capable de se remettre en question  ? »

Dix jours après la parution des Ogres, nous avons rencontré son auteur, Victor Castanet qui revient sur l’accueil réservé à son livre par les parents, les professionnels et le grand public. Le journaliste insiste sur l’objectif de son enquête : dénoncer non pas des personnes, mais tout un système délétère qui perdure depuis 20 ans. Il espère désormais que les pouvoirs publics vont se saisir de la question. 


Dans  « Les Ogres », que nous décryptons dans cet article, Victor Castanet livre une enquête implacable sur les dérives des crèches privées lucratives. Des révélations glaçantes qui ont provoqué une onde de choc chez les parents et les professionnels. Les maltraitances infligées aux enfants, que le journaliste relate dans plusieurs chapitres, ont marqué les esprits dans un premier temps. Les réactions des différentes organisations se sont multipliées, à commencer par la FFEC qui, surfant sur la vague de l’émotion, a partagé son indignation. 

Hasard du calendrier, le procès des deux anciennes salariées de People&baby, que Victor Castanet évoque longuement dans le livre, s’est tenu quelques jours plus tard. Un procès auquel il a assisté pour soutenir les familles, mais sans perdre de vue, comme il nous l’explique, que sa volonté n’est pas de dénoncer des agissement individuels, mais de mettre en lumière les dysfonctionnements profonds, systémiques de tout un système, subventionné par l’Etat. Interview. 

 Les Pros de la petite Enfance :Votre livre, sorti il y a à peine dix jours, a choqué les Français. Etes-vous surpris par les premières réactions ? Est-ce que la question de la maltraitance a occulté le vrai débat qui est celui d’un système tout entier défaillant ? 
Victor Castanet : Les maltraitances ont déclenché des réactions émotionnelles très fortes et j’avais déjà pu faire ce constat au moment de la sortie des Fossoyeurs. Après le choc, on est plus enclin à écouter et à comprendre le fond. Avec Les Ogres, je suis très surpris parce que j’observe presque l’inverse dans les réactions. J’ai été invité dans plusieurs émissions grand public et à chaque fois, on m’a parlé de la dynamique low-cost et des conséquences sur les effectifs. Le sujet interpelle, au-delà des conséquences dramatiques sur les enfants que j’ai décrites dans le livre. Je comprends que les professionnels puissent se sentir attaqués, mais en réalité ils sont les premières victimes de pratiques imposées par le siège et les directions générales. Et plus largement la responsabilité dépasse les acteurs privés. 

Dans votre livre, on découvre les témoignages de plusieurs familles dont les enfants ont été maltraités dans une crèche du groupe People&Baby. Les deux anciennes employées de cette crèche étaient jugées ce lundi. Vous étiez présent au procès pour apporter votre soutien aux familles. Comment-ont-elles réagi ?  C’est compliqué de répondre à la place des familles. Chacune réagit à sa manière et derrière chaque histoire il y a un drame. Mais elles sont heureuses que le procès ait eu lieu et que la justice passe. Il faut savoir qu’il est très difficile pour les parents de porter plainte car vous devez apporter des preuves, encore faut-il en avoir.  Dans ce cas, les familles se sont élevées contre un opérateur de crèches très puissant qui a sanctionné les salariés qui ont donné l’alerte et porté plainte en diffamation contre les parents pour les dissuader de parler. 

Des voix s’élèvent pour dire que le low-cost a aussi contaminé le public. Vous êtes d’accord avec ça ?  Mon enquête a porté sur le privé, sur les dérives d’un groupe qui, obsédé par la rentabilité, a fonctionné en mode dégradé pendant des années, mais on peut tout à fait imaginer que ces dysfonctionnements se retrouvent aussi dans les crèches publiques. Quand il y a des acteurs qui cassent les prix, avec des berceaux à 3000 euros, de l’autre côté les crèches associatives ne peuvent pas suivre. D’autres s’alignent et cela a des répercussions sur les salariés et donc sur le bien-être des enfants. Le mode de financement et la tarification à l’heure a conduit à du remplissage, le nombre d’enfants accueillis a doublé dans un certain nombre de structures. Les pouvoirs publics sont responsables, le système a amplifié les effets négatifs de la lucrativité. Je suis sidéré que l’administration continue d’appliquer ce système de la PSU alors qu’il est décrié de tout part. Comment l’administration va-t-elle être en capacité de se remettre en question, voilà aussi le vrai sujet…

La FFEC a annoncé qu’elle allait porter plainte ainsi qu’Aurore Bergé, l’ex-ministre des Solidarités et des Familles. Est-ce que cela vous surprend ? Nous nous y attendions et nous sommes préparés. J’ai travaillé avec un avocat du droit de la presse, le même que pour Les Fossoyeurs, mais à l’heure actuelle nous n’avons toujours pas reçu de plainte. J’ai envie de leur dire que nous parlons d’un sujet de société majeur, qui dépasse le cas d’une personne ou d’un patron. Pourquoi les groupes privés que je mets en cause dans le livre ne viennent-ils pas s’expliquer sur les plateaux télé et donner leur version pour nourrir un débat. Je suis étonné par cette réaction et je n’arrive pas à concevoir qu’on ne veuille pas parler du fond. Sur le low-cost, Elsa Hervy, la déléguée générale de la FFEC, ne conteste pas, elle estime qu’il faudrait une réglementation. Je ne suis pas dupe, à travers ces menaces de plaintes, ce sont mes informateurs qu’on veut découvrir, mais le secret des sources est garanti en France.

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 26 septembre 2024

MIS À JOUR LE 06 octobre 2024

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