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Zoom sur… l’accueil occasionnel
L’accueil occasionnel s’appuie sur deux piliers : l’un est « social », il s’agit d’amener vers les structures d’accueil des familles fragiles ou précaires qui en sont éloignées. Il y a donc une volonté d’aide à l’insertion professionnelle notamment. L’autre, est « financier », car l’accueil occasionnel permet de consolider l’équilibre économique d’une structure puisqu’il en améliore le taux d’occupation et facturation. Deux piliers certes mais qui n’ont pas toujours la même importance. C’est pourquoi l’accueil occasionnel n’est pas uniforme et se traduit de façon différente selon les EAJE.
2000 : naissance des premiers multi accueil
L’accueil occasionnel n’est pas nouveau. Cela fait plus de 20 ans qu’il existe puisqu’il fut officiellement institué par le décret n° 2010-613 du 7 juin 2010 relatif aux établissements et services d’accueil des enfants de moins de six ans qui stipulait : « un même établissement ou service dit multi accueil peut associer l’accueil collectif et l’accueil familial, l’accueil régulier et l’accueil occasionnel ».
Mais avant même ce décret l’accueil occasionnel était pratiqué par les haltes garderies en plein essor dans les années 70-80, dont c’était le principe même de fonctionnement. S’adapter aux besoins des familles, notamment celles dont un des parents seulement travaillait et accueillir leurs enfants une à deux heures par jour, ou deux demi-journées par semaine.
Depuis que les multi accueil sont nés, les haltes garderies ont un peu perdu de leur spécificité et se sont même mis à faire, PSU oblige, de l’accueil régulier à temps partiel ou pas. Ce que certains regrettent. C’est le cas de la FNEJE qui voyait en ces haltes garderies « de vraies structures de proximité ». Or, note Julie Marty-Pichon sa présidente, « aujourd’hui la plupart des haltes garderies se sont transformées en multi accueil. »
La réforme des services aux familles a mis un coup de projecteur sur l’accueil occasionnel
L’ordonnance du 19 mai 2021 redit clairement que « l’accueil du jeune enfant consiste à prendre régulièrement ou occasionnellement soin d’un ou de plusieurs jeunes enfants à la demande de leurs parents » et que les modes d’accueil « favorisent la conciliation par les parents de jeunes enfants de leurs temps de vie familiale, professionnelle et sociale, notamment pour les personnes en recherche d’emploi et engagées dans un parcours d’insertion sociale et professionnelle et les familles monoparentales ». C’est d’une certaine façon rappeler aux modes d’accueil qu’ils doivent être à l’écoute des besoins des familles, y compris les plus précaires ou en difficulté.
Par ailleurs, le décret du 26 août et l’arrêté du 31 août 2021 prévoient que les EAJE doivent non seulement être référencés sur le site monenfant.fr mais encore donner leurs disponibilités très régulièrement. Ce qui fait dire à Guillaume Roussier, responsable du pôle petite enfance à la Cnaf : « Certes monenfant.fr n’est pas une plateforme de gestion des places mais ce Service Unique d’Information aux Familles (SUIF) est néanmoins une nouvelle opportunité à s’ouvrir à l’accueil occasionnel ».
L’accueil occasionnel n’est pas un accueil en urgence
Concrètement, l’accueil dit occasionnel consiste pour des EAJE à accueillir, lorsqu’ils ont ponctuellement des places inoccupées, des familles qui ne font pas habituellement appel à un mode d’accueil collectif. Soit que par leur précarité ou leur culture, elles en soient très éloignées, soit qu’elles aient fait un choix de garde différent, le plus souvent informel. Quoi qu’il en soit, ce sont des familles qui n’ont pas de contrat avec une crèche. Dans ce cas, les crèches en fonction de leurs disponibilités et des créneaux inoccupés leur proposent ponctuellement d’accueillir leurs enfants. Ponctuel ne veut pas dire en urgence. Car l’accueil occasionnel peut se répéter, ce pourrait être un accueil occasionnel régulier. Il y a donc derrière ce type d’accueil, au départ un projet social d’insertion ou de « droit au répit » quand les enfants sont gardés à la maison et que la maman a besoin de souffler un peu.
Par extension l’accueil occasionnel peut aussi s’apparenter à « un complément », un bonus en quelque sorte. Dans ce cas, il s’adresse à des familles ayant déjà un contrat avec la crèche (à temps partiel) mais souhaitant ponctuellement, quand il y a des disponibilités obtenir des heures ou jours supplémentaires pour des raisons familiales, personnelles ou professionnelles.
Peu importe. Cette possibilité est parfois même offerte à des parents fréquentant une autre crèche ou un mode de garde individuel. Cette définition étendue de l’accueil occasionnel ne fait pas l’unanimité. Pour Julie Marty-Pichon, « c’est un complément d’heures mais en aucun cas de l’accueil occasionnel ! ».
Quelle est la réalité de l’accueil occasionnel ?
« La réalité de l’accueil occasionnel est difficile à cerner car aucun indicateur sur ce sujet n’est transmis aux caf par les EAJE », souligne Guillaume Roussier. Néanmoins, la Cnaf dispose de chiffres qui peuvent donner quelques informations sur ce qu’il représente. Des chiffres qui ne concernent que les crèches PSU (12 400 crèches).
En 2019, sur une année civile, le nombre d’enfants inscrits par place était en moyenne de 2,2. Dans cette moyenne, on comptait 3 enfants inscrits par place ou plus dans 2789 crèches, et plus de 4 enfants inscrits par place dans 1131 crèches. Cela ne nous donne pas précisément la part de l’accueil occasionnel mais néanmoins une tendance.
Ces chiffres 2019 comparés à ceux de 2014 (2,47 enfants inscrits par place en moyenne) indiquent une baisse de 11% sur 5 ans. Le constat : il y a plus d’heures réalisées par place, plus d’heures facturées mais moins d’enfants accueillis par place.
Quel est l’intérêt de ce type d’accueil ?
La réponse de Guillaume Roussier est claire : « l’accueil occasionnel, en théorie, c’est la solution gagnant-gagnant. Les familles éloignées des modes d’accueil ont accès à une structure et les structures par ce biais sont invitées à réévaluer et revaloriser leurs pratiques pédagogiques tout en améliorant leurs indicateurs de gestion. »
La solution parfaite ou presque. L’accueil occasionnel permet de lutter contre les faibles taux d’occupation et d’améliorer les taux de facturation des crèches et donc d’augmenter la PSU. C’est pourquoi si certaines crèches en ont fait leur spécialité avec un projet social fort à l’appui, toutes ou presque le mettent en place ne serait-ce que pour des raisons financières. On estime que la majorité des multi accueil réservent entre 3 et 10% de leurs places pour cet accueil. Tandis que d’autres jusqu’à 30 à 50%. C’est le cas notamment de certaines crèches du réseau Léo Lagrange, de la Croix Rouge mais aussi de Babilou.
L’accueil occasionnel revêt des pratiques très variées
L’accueil occasionnel est donc multiforme. La majorité des établissements en ont une pratique honnête et maîtrisée qui s’inscrit dans une bonne gestion financière tendant à maintenir l’équilibre économique de leur structure. D’autres en ont une pratique fine et ambitieuse avec un désir réel de proposer des alternatives à des familles autres que celles fréquentant la crèche. Le multi accueil associatif La Cigogne à Château Gonthier qui propose 50% d’accueil occasionnel en est un bel exemple. Sa directrice, EJE, Elodie Trovallet explique : « Notre multi accueil est situé dans la Maison de la petite Enfance (locaux communaux) où il y a une crèche publique (Communauté de communes) et un RPE. L’idée quand nous nous sommes installés a été de jouer la complémentarité. Notre multi accueil fonctionne presque comme une halte garderie avec beaucoup d’accueil occasionnel. On travaille en partenariat avec les communes et la crèche. La crèche prend des contrats allant de 26h à 30h par semaine. Nous de 18h à 24h maxi (soit 2 jours et demi) en régulier. La majorité des contrats sont de 18h voire 15h. Et on garde la moitié de nos 20 places pour des parents sans jours fixes. »
Les deux styles d’accueil s’équilibrent. Le multi accueil est ouvert tous les jours sauf le mercredi matin. Au total, il travaille avec une quarantaine de familles et a noué des partenariats avec France Terre d’Asile et l’ASE par exemple pour toucher un public fragile. Une façon de lutter contre le « non-recours ». Faire de l’accueil occasionnel doit répondre à de vrais besoins et ne pas être une simple variable d’ajustement budgétaire. Karine Baudoin, coordinatrice des crèches Leo Lagrange de la Loire, déléguée territoriale petite enfance (Isère, Haute-Loire et Drôme), explique : « l’accueil occasionnel dépend vraiment des territoires. Par exemple à Saint Bonnet le Château (Loire), petite commune rurale, nous ne faisons pratiquement pas d’accueil occasionnel. Il n’y a tout simplement pas de demandes. En revanche, à Saint Etienne, où les demandes d’insertion professionnelle sont nombreuses mais où les familles ont des petits besoins en matière d’accueil, les EAJE en QPLV proposent jusqu’à 15% d’accueil occasionnel. »
Pour les familles : une réponse « souple » à leurs besoins spécifiques mais un accueil encore assez méconnu
L’accueil occasionnel concerne vraiment toutes les familles dans leur diversité. Mais encore faut-il qu’elles aient connaissance de cette opportunité.
En 2018, la Croix Rouge avait mené une enquête auprès de 40 familles en situation de précarité. Aucune ne savait ce qu’était l’accueil occasionnel. Par ailleurs, sur 10 mères en congé parental, une seule connaissait l’accueil occasionnel. « C’est à partir ce cette étude que la Croix Rouge, explique Perrine Lucet, chargée de mission petite enfance, a décidé de promouvoir ce type d’accueil et de le faire connaître afin d’en donner accès au plus grand nombre. »
Comment en effet faire savoir aux familles que ce type d’accueil existe ? Pour toucher les familles précaires, les partenariats avec des associations sont nécessaires. Ainsi le multi accueil de Château Gonthier grâce à France Terre d’Asile touche les populations de migrants. « Cela concerne une dizaine de familles. Les enfants viennent de façon très ponctuelle quand leurs parents ont des papiers à faire ou veulent suivre des cours de français », précise Elodie Trovallet. Et elle poursuit : « nous avons aussi les enfants de familles d’accueil à qui l’ASE a demandé de les familiariser avec la collectivité avant l’entrée en maternelle. Mais nous avons aussi des familles qui ont une activité professionnelle et qui utilisent le multi accueil comme un complément à leur mode de garde principal ». Et puis l’accueil occasionnel permet aussi à des parents, les mères le plus souvent, qui n’ont pas d’activité professionnelle par choix ou par nécessité, de sortir d’un quotidien stressant ou routinier. Le fameux droit au « répit ». Claire Malenfant-Illaquer, directrice de l’éducation durable chez Babilou, l’a noté : « nous accueillons des enfants en situation de handicap dans le cadre de l’accueil occasionnel et cela permet vraiment aux parents de prendre du temps pour eux-mêmes ou quand il y a des fratries pour leurs autres enfants. C’est important. » Une façon aussi de rencontrer d’autres parents, de se créer un réseau.
Permettre aux enfants se frotter à la collectivité et favoriser l’inclusion
Les enfants sont souvent les grands gagnants ! Si bien sûr, l’accueil est préparé et que la période d’adaptation-familiarisation a pu se faire dans de bonnes conditions (voir-ci-dessous). De nombreux rapports et études mettent en évidence que la fréquentation d’un lieu collectif (au moins 4 demi-journées par semaine selon les conclusions du Séminaire Premiers Pas) est bénéfique pour l’enfant. Et qu’elle permet de lutter efficacement et de façon précoce contre les inégalités (les fameuses inégalités de destin) avec des conséquences positives sur le futur parcours scolaire de l’enfant. Cet accueil occasionnel permet à des tout petits de se frotter progressivement à la vie en collectivité. Ce qui facilitera leur entrée à l’école maternelle.
Bénéficiaires privilégiés de ce type d’accueil aussi : les enfants en situation de handicap souvent grâce aux partenariats mis en place avec les SESSAD notamment.
Pour Claire Malenfant-Illaquer, « ces enfants présentent souvent une fatigabilité plus grande, leur quotidien est émaillé de rendez-vous médicaux, de séances de rééducation. L’accueil occasionnel leur permet une première socialisation ».
Quid de l’adaptation-familiarisation ?
L’accueil occasionnel, pour le bien-être de tous – famille, enfant et structure d’accueil – n’est jamais improvisé. Il y a toujours une période d’adaptation ou de familiarisation qui est organisée avant l’accueil. Car à l’instar de Julie Marty-Pichon, tout le monde est d’accord pour dire « qu’une crèche n’est pas un hôtel » et qu’un enfant n’est pas un petit paquet ! Des périodes d’adaptation selon les cas qui durent plus ou moins longtemps. Tout dépend de l’enfant… et de ses parents. Une famille qui inscrit son enfant en occasionnel parce que l’assistante sociale lui conseille de le faire mais qui n’en n’a pas vraiment envie, aura sans doute plus de mal à se séparer qu’une maman en congé parental qui confie son enfant quelques heures par semaine à la crèche pour aller au yoga, à la piscine ou au cinéma. « L’adaptation se fait avec l’équipe en fonction des besoins des enfants et des familles, explique Karine Baudoin. En même temps, regrette-t-elle, il y a en France, chez les pros de la petite enfance, une sorte de sacralisation de l’adaptation. Or il n’y a pas de règle immuable dans ce domaine ! ».
Chez Babilou aussi, pas de dogmatisme dans cette période de familiarisation. Claire Malenfant-Illaquer : « Comme pour les enfants accueillis avec un contrat régulier, le temps de familiarisation est co-construit avec la famille. On tient compte des contraintes ponctuelles de la famille, et c’est la crèche et l’équipe qui s’adaptent. Nous souhaitons juste quand c’est possible qu’au début surtout il y ait un minimum de régularité dans la fréquentation de la crèche. Mais, si la familiarisation doit se faire un peu rapidement, l’équipe met tout en place pour sécuriser l’enfant avec notamment une personne-repère très présente. Et puis nous identifions les centres d’intérêt de l’enfant et quand il vient à la crèche on lui lit son histoire préférée ou on lui donne un jouet qu’il aime particulièrement. »
A Metz, où la ville a mis en place en novembre dernier le service en ligne « ma crèche lib » pour inciter les parents à utiliser les temps d’accueil disponibles dans les crèches municipales, l’élue petite enfance Isabelle Lux a été vigilante. L’adaptation est un préalable. « La première question posée est : votre enfant va-t-il faire son adaptation dans cette crèche, explique-t-elle. Et si ce n’est pas le cas, impossible d’aller plus loin ! Il faut contacter la crèche pour rencontrer la directrice et organiser ce temps d’adaptation avec l’équipe ».
Pédagogiquement exigeant mais passionnant pour les équipes
Curieusement l’accueil occasionnel est souvent critiqué par ceux qui ne le pratiquent pas ! Car les équipes engagées dans l’accueil occasionnel y voient certes des exigences mais aussi un épanouissement dans leur travail. Le sociologue Pierre Moisset l’explique ainsi : « Dans l’étude Devenir d’Enfance de 2017 (Ndlr : décryptée dans le livre publié chez Erès : Accueillir la petite enfance : le vécu des professionnels), nous avions constaté que l’accueil à temps partiel et l’accueil occasionnel étaient plutôt stimulant pour les équipes. »
Et il poursuit : « Dans l’étude Label Vie sur la qualité de vie au travail des professionnels de l’accueil collectif, l’accueil occasionnel n’est pas perçu comme entraînant plus de fatigue. Au contraire puisque les temps de manipulation et postures physiques sont moins fréquents qu’en accueil à temps plein. Mais, conclut-il, le plus important selon moi, c’est que l’accueil occasionnel donne plus de sens au travail des pros. » Ce dernier constat est partagé par nombre de directrices. Ainsi pour Elodie Trovallet : « ce que l’équipe apprécie c’est la mixité des populations, le travail spécifique avec les familles, les partenaires sociaux éducatifs. C’est très enrichissant. Et puis les pros le disent : ce n’est jamais le même groupe d’enfants, donc il n’y a pas de routine, il faut se réinventer chaque jour. Quand nous avons peu d’enfants comme en ce moment par exemple, on en profite pour faire des activités qui demandent plus de temps, de présence, d’attention. Et moi comme directrice j’en profite pour faire du travail administratif. En revanche, je veille à ce que les professionnelles aient un planning fixe ».
L’accueil occasionnel demande des compétences pédagogiques, relationnelles et un savoir être particulier. C’est pourquoi par exemple, Leo Lagrange a prévu un accompagnement spécifique des professionnels avec de nombreuses et très régulières réunions d’équipe et séances d’analyse de pratiques.
Pour les structures : un travail administratif chronophage
Évidemment les EAJE pratiquant l’accueil occasionnel doivent avoir une organisation administrative en béton et une gestion de leurs plannings très rigoureuse. Et c‘est assez chronophage. Certaines structures de la Croix Rouge très investies de ce type d’accueil ont même dû embaucher une secrétaire. D’autres ont fait le choix de mobiliser toute l’équipe, et de la directrice à l’auxiliaire de puériculture, toutes passent des coups de téléphone aux familles susceptibles d’être intéressées par une place dès lors qu’une disponibilité apparaît. Une façon comme une autre de fédérer l’équipe autour d’un projet.
Au multi-accueil La cigogne de Château Gonthier, c’est la directrice qui, via des mails et des appels téléphoniques, gère. A Metz tout est dématérialisé : la ville qui a fait de l’accueil occasionnel un des éléments du développement de sa politique petite enfance s’est appuyée sur son site internet déjà très performant sur tout ce qui concerne les démarches en ligne. Isabelle Lux, explique : « en invitant les parents à réserver un créneau dans une de nos 15 crèches municipales sur le site de la ville, j’ai aussi souhaité moderniser la relation avec eux. » Et c’était aussi une façon de soulager les directrices. Babilou aussi, il y a an, a créé sa propre plateforme de réservation en ligne de places en accueil occasionnel. Une plateforme réservée aux parents qui n’ont pas de contrat chez Babilou mais qui pourraient bénéficier des dispos Babilou. Une fois la famille inscrite, c’est la crèche qui gère, de façon autonome, le planning et la relation avec la famille. « Et pour soulager la charge administrative des directrices, il est envisagé, explique Louise de Urtasun, directrice de la performance opérationnelle de Babilou, de développer en interne un outil pour gérer les demandes ponctuelles de complément d’heures ou de jours des familles ayant déjà un contrat avec une crèche de notre réseau ».
Toutes les structures réfléchissent à un dispositif pouvant les soulager dans l’organisation administrative de l’accueil occasionnel.
La digitalisation est une option tentante et certaines sociétés se sont créées pour épauler les structures et aider les parents dans leurs démarches (voir encadré : des plateformes pour booster l’accueil occasionnel) mais les EAJE savent aussi que pour toucher les familles les plus précaires le téléphone reste sans doute la meilleure option !
…mais un taux de facturation amélioré et un équilibre financier stabilisé
Il ne faut pas oublier que le point de départ de l’accueil occasionnel est né d’un constat : des taux d’occupation des structures d’accueil plutôt faibles (aux alentours de 70%), qui étaient donc perfectibles. Dès lors, il fallait trouver un dispositif pour permettre le meilleur usage possible d’un service au même coût. L’idée étant de généraliser les bonnes pratiques sur le plan financier afin d’améliorer les recettes des crèches. C’est donc le deuxième pilier, et pas des moindres de l’accueil occasionnel dont nombre d’EAJE se sont emparés. Il est clair que cette optimisation financière fonctionne parfaitement pour les EAJE qui font 10% ou moins d’accueil occasionnel. Les autres – ceux qui en font une vraie spécificité, un vrai projet – s’y retrouvent moins car quand on travaille avec des populations fragiles, il y a beaucoup plus d’aléas et au contraire l’équilibre financier en pâtit. C’est le cas de la Cigogne par exemple. « Nous avons des familles inscrites, parce que les services sociaux les ont encouragées à le faire. Mais elles ne viennent jamais ou rarement et annulent au dernier moment, ce qui nous met souvent en difficulté », confie Elodie Trovallet.
Mais pour la majorité, cela fonctionne plutôt bien. Karine Baudoin le reconnaît volontiers : « d’un point de vue budgétaire, c’est une vraie aide à l’équilibre financier. C’est clair, nous optimisons notre taux d’occupation et notre PSU augmente. Nous avons en moyenne de 2,5 à 3 enfants inscrits par places c’est ce qu’il faut pour un multi accueil fonctionne bien ».
Même analyse du côté de Louise de Urtasun : « ces 10% de familles accueillies dans nos crèches ont un poids important sans notre équilibre financier budgétaire. Elles nous permettent notamment de combler les absences. »
Comment promouvoir l’accueil occasionnel
Il faut pour qu’il se développe faire connaître l’accueil occasionnel. L’expliquer et convaincre. Tant les parents que les structures. Pour informer les parents, la force des partenariats avec des organismes sociaux éducatifs est essentielle. Mais pas que… Et c’est d’ailleurs ce qu’a fait la Croix Rouge à partir de 2018 en tentant de toucher un maximum de familles via des affiches et même une vidéo expliquant ce qu’est l’accueil occasionnel : les avantages quand il est bien mené tant pour l’enfant que pour les parents. Pour informer les gestionnaires et les structures, le rôle des caf est majeur. En effet dans le cadre de la démarche IDA (Informer-Détecter-Accompagner), initiative née en 2010, elles aident les crèches en difficulté à retrouver une viabilité économique en leur proposant des bonnes pratiques de gestion qui leur permettent d’améliorer leur taux d’occupation et de facturation. Et l’accueil occasionnel est une des actions proposées dans ce cadre. Il y eut aussi en 2019 un projet de guide, piloté par la Cnaf, intitulé « Des solutions pour développer votre accueil occasionnel. Pour favoriser la socialisation des enfants et lever les freins à l’emploi des parents ». Pratiquement prêt sa diffusion a été retardée et il sera probablement peaufiné et remis au goût du jour avant d’être publié.
Aujourd’hui, cet accueil rencontre des difficultés liées au COVID et à la pénurie de professionnels.
La crise sanitaire liée au COVID associée à la pénurie de professionnels de la petite enfance fragilise aujourd’hui l’accueil occasionnel.
Le COVID ? Il y a moins de demandes car nombre de parents sont ou ont été en activité partielle et en télétravail. Sans compter aussi la crainte de la collectivité liée à l’épidémie que nourrissent certaines familles peu ou mal informées.
La pénurie de professionnels, elle, est récurrente et finit par avoir des vraies répercussions sur l’accueil du jeune enfant. Nombre de collectivités sont amenées à réduire les amplitudes horaires de leurs établissements. Et récemment, Steven Vasselin, l’adjoint chargé de la petite enfance à Lyon a expliqué lors de la réunion constitutive du comité de filière Petite Enfance, que Lyon avait renoncé à l’accueil occasionnel dans ses crèches faute de personnel en nombre suffisant.
Illustrations Matthieu Boz
Des plateformes pour booster l’accueil occasionnel
• C’est Babily, un service dédié à l’accueil occasionnel, qui a ouvert le bal en 2018. Son fondateur Nicolas Lorut est parti d’un constat simple : pourquoi construire tant de nouvelles crèches alors même que toutes les places des crèches existantes ne sont pas occupées. Il creuse la question et crée Babily. Une plateforme digitale destinée à mettre en relations parents et EAJE proposant des créneaux de places disponibles.
Évidemment tout cela étant sécurisé il ne s’agissait pas de créer self-service des places en crèches ! « La clef de notre service, explique Nicolas Lorut, c’est la visibilité des places, la facilité d’accès et le confort pour les pros. » Babily, selon lui, est « une sorte de compagnon » bienveillant des crèches destiné à les soulager dans ce qu’il appelle « le tétris des gestionnaires » (comprendre la complexité des plannings dès que l’on s’ouvre à l’accueil occasionnel).
Mais l’intelligence de Babily c’est d’avoir compris que le tout digital n’est peut-être pas adapté à toutes les situations même si la plateforme est « user friendly ». « Le numérique, explique Nicolas Lorut, ne permet pas de toucher certaines familles en situation de déconnexion, de grande précarité ou d’illettrisme, comme il ne permet pas d’atteindre les équipes dans certains espaces de vie où les écrans n’ont pas leur place. Le numérique est un bon outil (d’ailleurs la majorité des réservations Babily sont effectuées en dehors des ouvertures des crèches) mais qui doit être complété par l’humain ». C’est pourquoi Babily a aussi une équipe dédiée qui envoie des mails, passe des appels téléphoniques et accompagne véritablement les structures.
Aujourd’hui Babily qui s’est co construit en partenariat avec des crèches associatives, travaille essentiellement avec des EAJE associatifs et privés lucratifs. La moitié sont de crèches PSU, l’autre moitié des micro crèches paje car l’accueil occasionnel est aussi un axe intéressant de développement et une aide à l’équilibre économique pour les micro crèches. La société a décidé de prendre tous les risques, tant elle croit à son modèle et à la force de son partenariat avec les crèches : elle n’est rémunérée « qu’au résultat ». C’est-à-dire au prorata de ce qu’elle a apporté d’heures supplémentaires en occasionnel aux crèches.
• En 2019, Alban Gamot crée Crèche à la demande. Même idée, même principe globalement. Mais Alban Gamot, lui, qui a « l’ambition d’être d’ici 10 ans le Doctolib des crèches », fait le pari du 100% digital. Car il part du principe que sa plateforme « n’est pas un outil pour les parents mais d’abord et avant tout pour les crèches ». Son part pris : une plateforme en système fermé. Crèche à la demande s’appuie sur une équipe de développeurs hyper capés qui travaillent sans cesse avec ses crèches partenaires pour améliorer la plateforme : facilité d’utilisation et ergonomie maximales. La plateforme est accessible 24h sur 24. « Elle est simple pour les parents même peu familiarisés avec le digital ou la langue française », assure-t-il. Mais il insiste : « Quand une famille recherche une place en accueil occasionnel, elle ne sait pas avec quelles crèches nous travaillons, explique-t-il. En fait ce ne sont pas les familles qui demandent mais les crèches qui proposent et choisissent leurs familles. Elles gardent toujours la main ».
Crèche à la demande travaille essentiellement avec des crèches PSU qu’elles soient associatives ou municipales. Le système tarifaire est basé sur un abonnement mensuel fixe de 50€ HT par mois et par structure ramené à 25€ pour les micro-crèches.
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 24 janvier 2022