Crèches Infans : malgré des fermetures ordonnées, certaines structures continuent d’accueillir des enfants
Un mois après la décision du tribunal de commerce de Lyon imposant la cessation immédiate d’activité de plusieurs micro-crèches du groupe Infans, certaines structures seraient encore en fonctionnement, alerte le SNPPE. Cette situation soulève des inquiétudes juridiques et des questions sur la sécurité des enfants comme sur les droits des salariées.
À la suite des jugements rendus les 30 juin et 3 juillet 2025, le tribunal de commerce de Lyon a acté la dissolution de plusieurs micro‑crèches du groupe Infans, faute de repreneur. La fermeture de ces établissements devait être immédiate et exécutoire. Pourtant, un mois plus tard, les cinq structures continuent à accueillir des enfants, révèle dans un communiqué le syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE).
Des fermetures repoussées qui interrogent
Cette poursuite d’activité, potentiellement sans couverture d’assurance, met en danger aussi bien la sécurité juridique que la sécurité matérielle des enfants et des professionnels. Les salariés, qui n’ont pas été officiellement licenciés, continuent à travailler dans un climat d’incertitude totale. Une situation qui soulève de graves interrogations, alerte le syndicat : « Les structures ouvertes disposent‑elles encore d’un agrément PMI valide ? Des embauches sont‑elles en cours dans des établissements juridiquement fermés ? Qui engage la responsabilité pénale, sanitaire et assurantielle en cas d’accident ?»
Contactée, une responsable de crèche, dont la structure était censée fermer, confirme, sous couvert d’anonymat, cette situation incompréhensible. « Ce maintien d’activité semble lié à la liberté laissée au gestionnaire de fixer la date effective de fermeture quand bien même la cessation d’activité est actée par le jugement au 3 juillet, précise-t-elle. Résultat : il a décalé au 1er août, pile au moment des congés, et ça passe inaperçu. En fermant à cette date, il facture tout le mois d’août aux familles, puisque les contrats courent jusqu’au 24 août. »
Manque de transparence
Le SNPPE, inquiet, dénonce également le manque de transparence autour d’éventuels repreneurs et pointe des risques d’atteinte aux droits fondamentaux des salariés. Le syndicat annonce avoir alerté les autorités compétentes – PMI, inspections du travail, juge commissaire, cabinet de la ministre Catherine Vautrin – pour qu’elles interviennent rapidement. «Cette situation illustre les dérives du secteur privé lucratif de la petite enfance : fermeture brutale, maintien d’activité hors cadre, et pression sur les professionnel·les, résume le SNPPE. Le modèle marchand montre ses limites, comme le soulignent les récents appels à subventions supplémentaires par les fédérations du secteur privé.» La situation d’Infans est loin d’être un isolée. Les procédures collectives dans les crèches privées sont en forte augmentation depuis janvier 2025. Selon la FFEC, les projections anticipent 333 faillites d’ici la fin de l’année, soit plus du double de 2023 (108) et largement au-dessus des 154 enregistrées en 2024.
Dans un courrier adressé au SNPPE, que Les pros de la petite enfance a pu consulter, Olivier Combe, directeur d’Infans confirme que suite au jugement du 3 juillet, « la décision a été prise de ne pas fermer les établissements concernés du jour au lendemain et d’assurer le service aux familles jusqu’au 1er août qui coïncidait avec la date de fermeture annuelle et permettait ainsi aux parents de se retourner.» Il ajoute ensuite : « Depuis, l’ensembles des contrats – baux et assurances notamment – ont été résiliés et le licenciement économique de l’ensemble des salariés concernés a été engagé (…)» Le patron dénonce « un acharnement aveugle et destructeur » de la part du syndicat.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 01 août 2025
MIS À JOUR LE 05 août 2025