Décès d’un bébé dans une microcrèche à Lyon : l’employée rejugée en appel dès mercredi
Demain, mercredi 28 janvier, sera rejugée en appel à Bourg-en-Bresse, Myriam Jaouen l’employée d’une crèche People&baby de Lyon, qui avait tué un bébé en juin 2022. Seule à l’ouverture de la crèche, la jeune femme titulaire d’un CAP AEPE avait fait avaler à Lisa un produit ménager toxique « pour la faire taire ». Mise en examen pour homicide volontaire, elle avait finalement été condamnée à 25 ans de prison par la Cour d’assises, en avril 2025. C’est le parquet qui avait rapidement fait appel de ce jugement.
Si le ministère public avait requis 30 ans de prison, soutenant que l’accusée avait agi « en parfaite conscience », les jurés de la Cour d’assises avaient finalement fait le choix d’écarter la qualification de meurtre pour ne retenir que celle de torture et actes de barbarie ayant entrainé la mort sans intention de la donner. La jeune femme de 27 ans au moment des faits, s’était confondue en mensonges avant d’avouer avoir forcé l’enfant à boire le produit corrosif. Mais bien qu’elle ait reconnu les faits, celle-ci n’avait jamais cessé d’affirmer qu’elle n’avait pas conscience de sa dangerosité. L’analyse psychiatrique avait conclu à son immaturité affective évidente, à ses capacités intellectuelles limitées mais à aucune pathologie mentale. L’avocate de Myriam Jaouen évoquait pour sa part le « moment de bascule » d’une jeune employée dépassée par un métier pour lequel elle n’avait pas les compétences, tandis que la directrice de la crèche admettait « une erreur de recrutement ».
Un procès qui n’a pas été celui du système
En revanche, à aucun moment du procès, la responsabilité du gestionnaire People&baby n’a été engagée, bien que le recrutement de Myriam Jaouen et ses conditions de travail en sous-effectifs interpellent. Et soulèvent la question du régime dérogatoire des microcrèches, de la formation des professionnels et des failles d’un secteur frappé par la pénurie de personnels. Mais les parents de Lisa avaient explicitement souhaité ramener les débats aux faits et à l’accusée, afin que ce procès ne devienne pas celui d’un système mis en cause. Qu’en sera-t-il de ce nouveau jugement en appel ?
Une onde de choc pour tout le secteur
En 2022, ce drame avait suscité une onde de choc dans tout le secteur de la petite enfance. Jean-Christophe Combe alors ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, avait diligenté une mission IGAS sur la qualité d’accueil et la prévention de la maltraitance dans les EAJE, dont le rapport choc, devenu référence, pointait les failles de la règlementation appliquée aux microcrèches. Plusieurs livres-enquêtes, dont celui de Victor Castanet (Les Ogres), ont mis en lumière les pratiques abusives de certains réseaux de crèches privées dont People&baby.
Et concomitance étonnante, le décret mettant fin aux principales dérogations accordées aux microcrèches en termes de taux d’encadrement et de qualification des professionnels – exceptée celle de l’autorisation de l’accueil par une seule professionnelle jusqu’à 3 enfants – était signé le 1er avril 2025, alors que s’ouvrait à Lyon le procès de Myriam Jaouen. Il devrait être appliqué dans les crèches le 1er septembre prochain.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 27 janvier 2026