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Procès de Lyon : l’employée de la micro-crèche People&baby condamnée à 25 ans de prison pour avoir provoqué la mort de Lisa, 11 mois

À la Cour d’Assises du Rhône, au troisième jour du procès de la jeune femme employée dans une micro-crèche, accusée d’avoir empoisonné un bébé de 11 mois en juin 2022, on cherchait encore des réponses pour comprendre l’innommable. Et le verdict est tombé, les jurés ont finalement reconnu Myriam J. seule coupable de « torture et actes de barbarie ayant entrainé la mort sans intention de la donner », la condamnant à 25 ans de réclusion criminelle. Son employeur People&baby n’a pas été poursuivi.

Jeudi 3 avril. Il ne reste qu’un témoin à entendre au troisième jour d’audience du procès de Myriam J. Mise en examen pour homicide volontaire, la jeune femme employée d’une micro-crèche du groupe People&baby à Lyon, avait reconnu dès sa garde à vue, être responsable de la mort de la petite Lisa, 11 mois qu’elle avait accueillie seule ce matin-là, sans avoir eu l’intention de la donner. Excédée par ses pleurs, seulement 8 minutes après son arrivée à la crèche, Myriam J. avait forcé la petite fille à ingérer un produit caustique extrêmement corrosif. La petite fille était décédée quelques heures plus tard, des suites de ses brûlures internes et externes, dans d’atroces souffrances. Et bien que les débats soient bientôt clos, il reste quelques questions en suspens. Quid de l’intentionnalité du geste de la jeune femme ? Était-elle pleinement consciente de ce qu’elle faisait ?

« Un court-circuit psychique »

Incapable d’expliquer la violence de son geste, Myriam J. a seulement dit vouloir « la faire taire », parce que les pleurs de l’enfant l’avaient « énervée » et provoquaient des stridences dans ses appareils auditifs. Appelé à la barre, le Dr François Renault, psychiatre qui avait reçu Myriam J. en 2022, a tenté de « mettre des mots sur l’innommable », pour « mettre du sens à l’insupportable ». Il décrit une jeune femme aux nombreuses fragilités et faiblesses, cumulant un certain nombre de retards psycho-intellectuels, cognitifs et psycho-affectifs. Et si elle est « vite débordée dans un registre qui n’est pas forcément conscientisé », elle semblait jusqu’ici avoir « trouvé des manières de compenser » ce déséquilibre psychique. Mais le jour du drame, lorsque Myriam J. « pête un plomb », comme elle le racontera elle-même, il y a « quelque chose qui la déborde, une espèce de court-circuit psychique, qui n’est pas conscientisé ». Un débordement interne, absolument pas proportionnel à la difficulté réelle à laquelle elle est confrontée : s’occuper d’une enfant, dans une crèche calme et vide, de bon matin. Pourquoi, ce jour-là, son trouble mental a pris cette gravité, l’expert n’a pas la réponse. « Il y a une part qui nous échappe, admet-il. J’ose à croire que c’est bien parce que des choses l’ont mise en difficulté, qu’elle était débordée pour avoir ce type de comportement et que ce n’était pas une journée ordinaire ou tout allait bien ! ». Mais le psychiatre est formel : Myriam J. n’a pas de maladie mentale, aucune altération du discernement du contrôle de ses actes. Pas de troubles qui impactent sa capacité pénale.

Insensibilité ou déni protecteur ?

Pendant ces deux jours de procès, la jeune femme a montré une grande froideur, peu d’empathie pour la victime et pour ses parents. Le dos vouté, le regard hagard, essuyant quelques rares larmes seulement à l’évocation de sa famille, Myriam J. a choqué par la façon dont elle a menti avec aplomb depuis le premier jour du drame et jusqu’à aujourd’hui, est allée faire du shopping après avoir fini sa journée de travail comme si de rien n’était, et ne s’est pas une seule fois préoccupée de l’état de Lisa alors qu’elle agonisait à l’hôpital… Pour le Dr François Renault, l’accusée s’est enfermée dans un déni qu’il considère comme « un mécanisme ultra puissant (…) pour s’auto préserver ». Et « plus vous êtes narcissiquement fragile plus les mécanismes qui se mettent en place sont forts », précise l’expert.

Une vocation contrariée

Si Myriam J. était psychiquement si fragile, avait du mal à supporter le bruit, les pleurs d’un bébé, que faisait-elle donc là ? La petite enfance semblait pourtant être sa vocation, elle qui ne parlait « que de ça » à son père, elle qui disait tant aimer les enfants….  « 8 minutes seule avec un enfant, quand on est diplômée d’un CAP-Aepe est-ce insurmontable ? », interroge l’avocat général, sarcastique.Comment se fait-il que ses fragilités n’aient pas été mieux signalées et prises en compte au fil de sa formation en CAP-Aepe et de son bref parcours professionnel ? « Vu son profil et ses fragilités, était-il vraiment adéquat qu’elle soit confrontée à ces responsabilités ? interroge le Dr. François Renault. Quand on peine à réguler ce qui nous est propre, il est difficile d’être confrontée à des situations dans lesquelles on doit pouvoir adopter une posture de soin, de protection, de régulation de l’émotion… ».

Une peine maximale et des regrets, enfin

Au terme d’un long réquisitoire, s’adressant directement aux jurés, l’avocat général Me Godreau a requis à l’encontre de l’accusée, la réclusion criminelle à perpétuité pour homicide volontaire sur mineur de (moins de) 15 ans : 30 ans de prison, avec une période de sureté de 20 ans, l’interdiction de toute activité en lien avec l’aide à la personne à titre définitif, et un suivi socio-judiciaire de 10 ans. « J’estime que les faits ont été faits en parfaite conscience, a-t-il justifié. Elle ne présente pas de troubles psychiatriques, sa responsabilité pénale est aujourd’hui pleine et entière,» a-t-il rappelé.

En fin d’audience, juste avant que ne tombe le verdict, Myriam J. a pris la parole une dernière fois, elle qui s’était si peu livrée pendant ces débats. « Je voudrais encore m’excuser auprès de la famille de Lisa. Auprès de la Cour. Aujourd’hui, je suis là parce que j’ai tué quelqu’un j’ai tué un bébé et je sais que c’est très grave, a-t-elle reconnu. Du plus profond de mon cœur je regrette. Je n’ai jamais voulu la tuer. Ce n’était pas dans mon intérêt. Je sais la souffrance des parents et je comprends aussi leur colère, tous les jours j’y pense, j’aimerais tellement revenir en arrière… ».

Un verdict plus clément qu’attendu

Après trois heures de délibérés, visiblement sensibles à la ligne de défense de l’accusée, les jurés de la Cour d’Assises du Rhône ont reconnu Myriam J. coupable « d’actes de torture et barbarie ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner », écartant la qualification de meurtre (et donc l’intention de donner la mort) qui avait été requise par l’avocat général. Myriam J. a été condamnée à 25 ans de réclusion criminelle sans période de sureté. Elle est également définitivement interdite d’activité dans le secteur de l’aide à la personne et de toute activité bénévole ou professionnelle en contact avec des mineurs. Une peine bien plus clémente, donc, que celle qu’avait requis l’avocat général. Selon leur avocate, les parents de Lisa ont été « choqués », « dévastés une seconde fois » à l’annonce du verdict, a-t-elle assuré à Actu Lyon. Ils envisagent une procédure aux civils afin de réclamer d’importants dommages et intérêts.

Ce n’est pas le procès du système

Et, bien que cette affaire sordide ait provoqué un séisme dans le secteur de la petite enfance et déclenché un certain nombre de rapports et d’enquêtes que nous avons longuement cités, ne nous y méprenons pas : ce procès n’a été ni celui des micro-crèches, ni celui du secteur privé et de la crise des modes d’accueil. La Cour d’Assises a jugé un crime, c’est le procès de Myriam J., seule coupable. « Aujourd’hui, on n’est pas là pour débattre des crèches, on est là pour débattre de l’acte d’un monstre. Le sujet des crèches ne se pose pas », déclarait Sophie B., la maman de Lisa d’une voix ferme, à la barre. « Parler de Lisa est la seule chose qui soit importante aujourd’hui », a imploré Me Bourgade, l’avocate de la famille. Sans nier les dérives du secteur de la petite enfance, les difficultés observées, la charge de travail incontestable, « ce n’est pas à cause de la privatisation des crèches que ce drame s’est produit, c’est faux, martèle l’avocat général. Je ne pense pas qu’elle était épuisée. Je pense qu’elle n’était pas faite pour ce travail, ajoute-t-il. D’autres employés ont été usés, fatigués et n’ont pas été violents… ».

Dans la salle des pas perdus, nombreux sont ceux qui se posent la question : pourquoi le groupe People&Baby n’était-il ni cité ni poursuivi ? C’est à peine si le nom du groupe a été mentionné… Le gestionnaire a bien tenté de se constituer partie civile, mais en vain, n’ayant pas subi de préjudice direct dans cette affaire. « Je ne pense pas que cela aurait été possible pour les parents, ajoute Me Sannier. Mais pour moi People&Baby a une part énorme de responsabilité, non pas sur le plan juridique parce qu’ils ont respecté les règles, mais sur le plan moral (…) La directrice n’a pas mesuré les responsabilités qui étaient les siennes… », regrette-t-il.

Un professionnel seul avec les enfants, c’est la question fondamentale

Et pourtant. Les associations Innocence en danger et l’Enfant bleu, constituées parties civiles dès la première heure, n’ont pas résisté à tenter de tirer des leçons de ce drame. Pour Me Leblanc, qui représente l’association Enfant Bleu, « la formation des professionnels, ce n’est pas seulement savoir s’occuper d’un enfant. C’est aussi savoir que la maltraitance existe », pour ne pas la nier par naïveté et être capable d’alerter, se questionner et rester vigilant. « Pour nous, ajoute-t-elle, cette femme n’aurait pas dû être recrutée seule, il y aurait dû avoir plus de signaux d’alerte ».

Pour Me Sannier, qui représente l’association Innocence en danger, « la règle fondamentale qui semble diriger tout cela, c’est la rentabilité de la crèche. (…) Le fait qu’un professionnel puisse aujourd’hui être seul avec les enfants, c’est une question fondamentale parce qu’on joue quand même la sécurité des enfants ! Pourquoi ne sommes-nous pas allés jusqu’au bout (avec ce décret) ? Je crois que toute la filière est à revoir. L’attractivité des métiers également. Les CAP passés en e-learning, c’était totalement invraisemblable ! ».

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 04 avril 2025

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