Abonnés
Procès de Lyon : « À la crèche j’étais débordée, je venais d’arriver je n’ai pas osé en parler », explique Myriam, l’employée accusée d’avoir tué un bébé dans une micro-crèche
Le procès de Myriam J., employée de la micro-crèche « Danton rêve » à Lyon, accusée d’avoir provoqué la mort de Lisa, 11 mois en juin 2022 en lui faisant ingérer un produit caustique, s’est ouvert hier matin à la Cour d’Assises de Lyon. La première journée de débats a permis de de retracer le parcours d’une jeune femme fragile, immature et affabulatrice, un parcours scolaire et professionnel chaotique, des problèmes personnels importants. Titulaire de justesse d’un CAP-Aepe, elle était employée depuis peu dans des conditions visiblement difficiles, dans une micro-crèche du groupe People&baby. Et si Myriam J. a reconnu les faits qui ont conduit à la mort de la petite Lisa, elle a précisé : « Je n’ai pas donné la mort volontairement ». Alors que s’ouvre la deuxième journée du procès, lumière n’est pas encore faite sur ce qui aurait permis d’éviter ce drame et les responsabilités de chacun.
Cour d’assises de Lyon, ce mardi 1er Avril 2025. Une jeune femme entre dans le box des accusés et prend place derrière ses deux avocates. Elle gardera la tête basse et le dos courbé. Les cheveux châtains mi-longs, vêtue d’un pull vert et d’un jean clair, elle porte des lunettes à monture épaisse noire. Myriam vient d’avoir 30 ans. Elle est célibataire sans enfant, encore domiciliée chez ses parents à Lyon et détenue depuis le 24 juin 2022 à la maison d’arrêt de Lyon Corbas.
Le 22 juin, seule à l’ouverture de la crèche et déjà excédée par les pleurs de Lisa, 11 mois, qu’elle venait d’accueillir quelques minutes auparavant, elle a fait ingérer à la petite fille un produit caustique extrêmement toxique pour la faire taire. Les importantes brûlures internes et externes causées ne permettront pas de sauver Lisa qui décèdera quelques heures plus tard dans d’atroces souffrances. Myriam J. sera arrêtée dans l’après-midi. Après avoir fini sa journée de travail, elle était allée faire du shopping et se promener au parc avec un ami…
Les débats prévus sur trois jours s’annoncent éprouvants et le planning dense des auditions laisse augurer d’un timing assez serré. Au vu de la sensibilité de l’affaire, 3 jurés supplémentaires ont été requis. 5 femmes et 4 hommes ont prêté serment. La salle d’audience est pleine. Ce mardi 1er avril ont témoigné à la barre Marie Sylvestre, enquêtrice de personnalité, puis Gilles J., le père de l’accusée. L’après-midi, les enquêteurs de la police judiciaire.
Une personnalité particulière et fragile
Ils décrivent son enfance difficile malgré une famille stable et protectrice en apparence, mais une mère et un frère en proie à des troubles psychologiques, un père fusionnel à qui elle ne confie pas pour autant ses difficultés. Multi-dys, elle rencontre très tôt des difficultés d’apprentissage et des troubles du langage. Elle poursuit sa scolarité au collège en classe Ulis où elle sera victime de harcèlement. Après de nombreuses otites, elle garde une surdité partielle et doit être appareillée. Elle devient une jeune femme affectivement immature, en décalage avec son âge. Une jeune femme qui manque de confiance en elle, qui a peur d’être dénigrée et peine à s’intégrer, s’entrainant dans le mensonge et la fabulation pour se faire accepter. Un précédent rapport psychologique a relevé une « déficience intellectuelle légère à modérée ». Tous évoquent également « sa relation toxique, sous emprise » de Kevin F., son compagnon qui la harcèle plus qu’il ne l’aime. Ce marginal vient de faire deux ans de détention. Conscient de la faiblesse de la jeune femme, il n’hésite pas à faire du chantage affectif pour qu’elle lui donne de l’argent.
Un CAP-Aepe obtenu difficilement
Et malgré ce parcours chaotique, Myriam réussit à tracer son chemin au sortir du collège. Après l’échec d’un CAP Blanchisserie-Pressing qui ne lui plait pas, elle est réorientée par la mission locale vers un CAP-Aepe : « J’ai toujours aimé les enfants, assure Myriam J. En vacances, ils venaient me voir et je jouais avec eux (…) Ce que j’aime le plus, c’est de les voir évoluer ». « Elle en a toujours parlé, il n’y avait que ça qui l’intéressait ! », confirme son père. Alors, en 2019, elle débute sa formation en alternance avec l’école de Vaulx-en-Velin où elle a fait un Service civique. Le Covid va lui compliquer la tâche, car une partie de l’enseignement se fera à distance. Et bien que Myriam peine à mettre en pratique ses connaissances, l’équipe pédagogique encourage son sérieux et ses efforts. Des signalements seront cependant faits sur ses gestes brusques, sa façon de parler avec les enfants et certains dysfonctionnements. Elle ne sera pas reconduite à l’issue de son contrat.
Qu’à cela ne tienne, Myriam a obtenu son CAP-Aepe sur le fil avec tout juste la moyenne (140,8/280). Elle commence alors à faire des remplacements, le dernier sera chez Babilou en février 2021, révèle le livre-enquête Les Ogres. Mais la crèche la licenciera rapidement. Pour Myriam J. c’était simplement la fin de son contrat, mais selon Me Sannier, avocat d’Innocence en danger qui s’est portée partie civile, l’expérience se serait mal passée. « Est-ce que son employeur ne pouvait pas le savoir ? Bien sûr que si, affirme Me Sannier. Il suffisait de solliciter le précédent employeur ! ».
« Ce contrat c’était le graal ! »
Lorsqu’elle est embauchée en CDI par la crèche « Danton rêve » de People&Baby, en mars 2022, c’est la consécration. « J’étais heureuse, oui », se souvient la prévenue, je devais faire le ménage et m’occuper des enfants ». Au bout de trois mois, elle reçoit un courrier qui l’encourage et lui accorde une revalorisation salariale (elle atteint un salaire mensuel de 1700 € brut). « On m’a récompensée des efforts que je faisais », explique-t-elle. Car Myriam est toujours disponible pour les remplacements : il faut dire qu’elle n’habite qu’à une centaine de mètres de la crèche, et n’hésite pas à se rendre disponible et à décaler à plusieurs reprises ses rendez-vous médicaux pour satisfaire son employeur. Même celui pour ajuster ses appareils auditifs pourtant si nécessaire…
« Ce contrat, c’était le graal, assure son père, au début on a vu que ça allait bien, et puis on l’a sentie de plus en plus fatiguée. (…) Et plus ça allait moins elle en parlait. Quand elle rentrait, elle allait se coucher (…) Mais comme elle avait reçu une lettre de félicitations et d’augmentation, ça lui donnait raison ! On s’est dit qu’elle avait fini par grandir, que sa vie était lancée… ». Et pourtant, les parents de la crèche la décrivent manquant de douceur, ayant de la « difficulté à faire du lien avec les enfants », « un manque de technique et de savoir-faire », « sèche et directive », avec un « comportement inadapté », « dénuée d’empathie »…
Une micro-crèche en difficulté, comme tant d’autres
À la micro-crèche « Danton rêve », les temps sont durs depuis quelques mois. Il y a un gros turn-over dans la crèche, la directrice peine à recruter, trois professionnelles sont parties en quelques mois, le rythme est dense. Une professionnelle est seule à l’ouverture de 7 h 30 à 8 h 15 et pour la fermeture de 17 h 15 à 18 h 30, comme le permet la règlementation. Parfois la crèche est contrainte à des fermetures inopinées pour compenser les absences du personnel. Une professionnelle est en arrêt maladie. « À la crèche, j’étais débordée, témoigne Myriam J. Je n’en ai pas parlé. Je n’osais pas en parler, je venais de commencer ». À ses collègues, elle a raconté qu’elle avait un enfant, pour être comme elles et ne pas être celle qui est toujours disponible…
Tout s’est joué à quelques minutes…
Pour le Major de police Myriam Crotet, qui a mené l’enquête, pour qu’un drame survienne, il faut une histoire de vie, un contexte et un élément déclencheur. Le 22 juin 2022, lorsque Myriam J. arrive à la crèche, elle est déjà à bout, préoccupée : elle a très peu dormi la nuit précédente, car elle s’est disputée avec son compagnon, Kevin F. avec lequel elle a renoué. Fatiguée par des règles douloureuses, elle affirme avoir fait une fausse couche quelques semaines, ou bien quelques mois auparavant, ce n’est pas très clair. Et comme elle n’a pas pris le temps d’honorer son rendez-vous, elle a « des problèmes avec ses appareils auditifs qui la gênent, comme des acouphènes », précise son père. Ce matin-là, elle n’entend pas son réveil et arrive en retard pour ouvrir la crèche, à 7 h 45 au lieu de 7 h 30, quelques minutes après être sortie de son lit. À 7 h 59, le papa de Lisa a déposé sa petite fille. À 8 h 07, Myriam fait une recherche sur son téléphone « Que faire quand un enfant mange du déboucheur pour toilettes ». À 8 h 10, deux mamans arrivent à la crèche. Tout s’est joué à quelques minutes près…
À l’enquêtrice, Myriam dira qu’elle ne voulait pas tuer l’enfant, qu’elle s’est laissée emporter. Mais « je l’ai trouvée très lisse, note le Major de police, j’avais l’impression qu’elle pleurait davantage sur ce qui pouvait lui arriver que sur la petite Lisa. Je ne l’ai pas sentie très affectée. Plus affectée par ce que l’on allait penser d’elle et les conséquences pour elle-même », explique-t-elle. « Faut toujours que ça me tombe dessus ! », se serait exclamée l’accusée. À la question du Président de la Cour, Myriam J. confirmera : « Je reconnais les faits, mais ce n’était pas volontaire, je n’ai pas donné la mort volontairement ».
Si les charges sont suffisantes pour prouver la culpabilité de la jeune femme, elle est aujourd’hui mise en examen pour homicide volontaire sur mineur de (moins de) 15 ans, et encourt la prison à perpétuité. La défense devrait plaider pour que soient seulement reconnues des violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner. Les réquisitoires et plaidoiries auront lieu jeudi matin. « Il n’y a pas un jour sans qu’on ne pense à cette petite, a confié Gilles J. Même si l’on continue à voir Myriam parce qu’elle reste notre fille, il faut qu’elle paye pour ce qu’elle a fait, a-t-il affirmé. C’est une horreur. Il faut que ce soit juste. Maintenant il faut assumer ».
Où sont la crèche et son gestionnaire ?
Il y a pour l’instant deux grands absents dans ces débats : après cette première journée, la crèche et son gestionnaire ont très peu étés évoqués. Les nombreuses confusions dans les termes employés par tel avocat ou tel expert pour désigner cette professionnelle de la petite enfance, tantôt appelée puéricultrice ou assistante maternelle, montrent d’ailleurs leur méconnaissance à ce sujet. Étonnamment, People&baby n’a pas été cité à témoigner, ni par la défense ni par les parties civiles. Le gestionnaire a tenté de se constituer partie civile, mais sa demande aurait été rejetée par le juge d’instruction au motif que People&Baby n’a pas subi de préjudice direct dans cette affaire. Le groupe a fait appel.
Pour Me Sannier, avocat de l’association Innocence en danger (partie civile), « le séisme qui a été ouvert par cette affaire n’a pas aujourd’hui généré chez les mastodontes de l’accueil de la petite enfance dans les micro-crèches, les conséquences, les ouvertures, la bienveillance, l’accueil qui auraient dû être mis en place à partir de ce drame ». Il estime que les deux grands enjeux de ce dossier sont la responsabilité de l’accusée et la législation sur l’encadrement des micro-crèches. « On voit ici l’absence du deuxième salarié ! » pointe-t-il. « Si elle n’avait pas été seule je ne serais pas là pour témoigner aujourd’hui », a confirmé le Major Myriam Crotet dans son témoignage.
Rappelons que le décret qui vient d’être publié au Journal officiel de ce mercredi 2 avril, met fin à certaines dérogations jusqu’à présent accordées aux micro-crèches, sans pour autant interdire qu’un professionnel soit seul auprès d’un à trois enfants, mais précise qu’il doit être condition qu’il soit de catégorie 1 c’est-à-dire titulaire d’un diplôme d’État. Ce qui n’était pas le cas de Myriam J.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 02 avril 2025
2 réponses à “Procès de Lyon : « À la crèche j’étais débordée, je venais d’arriver je n’ai pas osé en parler », explique Myriam, l’employée accusée d’avoir tué un bébé dans une micro-crèche”
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
On donne du poison à manger à quelqu’un sans vouloir donner la mort, maintenant…
Je peux lire dans cet article que la personne que l’on disait « Puéricultrice » n’a en fait qu’un CAP passé de justesse (et peut être sûr internet). Seule le matin, sans expérience et » « fragile » !!! Posez vous les bonnes questions avec l’assouplissant des règles pour les micro crèche qui font du profit au détriment du service public !!!