Réforme du CMG : l’enquête du S.P.A.M.A.F révèle des effets indésirables
Alors que la réforme du Complément de libre choix du mode de garde (CMG) est censée mieux soutenir les familles et favoriser le recours aux assistantes maternelles, les premières remontées de terrain dressent un tableau bien différent. Certes, l’étude du S.P.A.M.A.F est partielle – 874 assistantes maternelles ont répondu au questionnaire – elle met cependant en lumière des effets inattendus et non souhaités de la réforme.
La récente enquête, menée en ligne auprès de 874 assistantes maternelles, à l’initiative du S.P.A.M.A.F, met en évidence une réalité préoccupante : la réforme du CMG, mise en place en septembre 2025, semble fragiliser la situation économique de nombre d’assistantes maternelles L’enquête s’appuie avant tout leurs perceptions et leurs vécus face à la réforme du CMG. Mais quelques chiffres sont édifiants.
Selon les données recueillies, 43,1% des professionnelles estiment que la réforme a eu un impact négatif sur leur activité, et près d’une sur cinq (19,3 %) a déjà perdu des contrats directement en lien avec ces nouvelles règles. 65,6 % des personnes interrogées déclarent que les informations disponibles sont trop floues pour leur permettre de bien comprendre la réforme.
De nombreuses ruptures de contrats
Au total,186 commentaires détaillent de manière précise les situations de perte de contrats attribuées à la réforme du CMG. Les témoignages se recoupent « et lient directement la baisse des aides à la perte d’emploi », indique l’étude. De nombreuses familles, confrontées à une baisse parfois brutale du montant de leur aide, n’ont d’autre choix que de mettre fin au contrat d’accueil.
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Une pression financière qui pèse sur les assistantes maternelles
Autre conséquence : de nombreuses assistantes maternelles rapportent des demandes de baisse de salaire venant des parents employeurs, qui cherchent à compenser la baisse de leur CMG. « Cette situation place les professionnelles dans un dilemme intenable entre la perte de leur emploi et la dévalorisation de leur travail, certaines se voyant contraintes d’accepter », précise le S.P.A.M.A.F. Le nouveau calcul à l’heure « crée un piège systémique », note l’étude, ajoutant que « les professionnelles ne peuvent compenser les « petits contrats » par un taux horaire plus élevé en raison du « fameux plafond de 8€ », les forçant à travailler pour un salaire moindre ou à refuser des contrats.»
Un désavantage concurrentiel face aux crèches
Dans plusieurs situations rapportées, le nouveau mode de calcul rend l’accueil chez une assistante maternelle moins avantageux financièrement que la crèche, même lorsque son tarif horaire est pourtant bien plus bas. « Cette distorsion s’aggrave lorsque l’on considère que les crèches incluent souvent des prestations comme les repas et les couches, créant une proposition de valeur que l’assistante maternelle ne peut concurrencer, ajoute l’étude. Le résultat est une fuite des familles vers les structures collectives pour des raisons purement financières.»
Appel à un ajustement de la réforme
L’étude met également en lumière des incohérences majeures : des familles modestes perdant totalement leur CMG, tandis que certaines familles à revenus élevés constatent, à leur propre étonnement, une amélioration de leur situation financière. « Ces défaillances ne sont pas des cas isolés, mais les symptômes d’une réforme dont les paramètres doivent être impérativement réexaminés pour restaurer l’équité et la cohérence de la politique familiale.» Pour le S.P.A.M.A.F, « Il est impératif de corriger un mécanisme qui, en voulant simplifier, pénalise les familles aux besoins atypiques et fragilise un maillon essentiel de l’offre d’accueil individuel. Il s’agit de réaligner la politique familiale avec les réalités du terrain et les objectifs d’équité. »
Pour l’heure, l’administration ne prévoit aucun rectificatif, nous avait indiqué le mois dernier, Marion Muscat, sous-directrice à la Direction de la Sécurité sociale (DSS). Une première évaluation officielle de la réforme aura lieu d’ici un an à un an et demi.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 19 novembre 2025
MIS À JOUR LE 20 novembre 2025