« Les Gestes Invisibles » : la campagne choc du SNPPE sur la pénibilité dans les métiers de la petite enfance
le Syndicat National des Professionnel·le·s de la Petite Enfance (SNPPE) dévoile en exclusivité chez les Pros de la petite enfance, les premières images et chiffres de sa campagne « Les Gestes Invisibles ». Le syndicat alerte, une nouvelle fois, le gouvernement, sur l’usure physique et émotionnelle des professionnelles de la petite enfance. La campagne sera lancée mercredi prochain.
Avec « Les Gestes Invisibles », le SNPPE met en lumière ces gestes répétés et banalisés qui rythment le quotidien des professionnelles de la petite enfance : porter, s’accroupir, rassurer, courir, se relever, et recommencer. Véronique, auxiliaire de puériculture, plus de 30 de carrière et déclarée inapte à 52 ans, nous avait confié il y a quelques semaines comment son corps avait un jour dit « Stop ». Elle déplorait l’absence de prévention et de formation adaptée tout au long de sa carrière.
Derrière ces métiers essentiels se cache une réalité que les politiques publiques continuent d’ignorer : l’usure accélérée des corps et l’épuisement psychique des métiers de la petite enfance, exercés à 97 % par des femmes. Cette campagne s’inscrit dans la continuité des alertes déjà lancées par le syndicat au moment de l’ouverture de la Conférence nationale sur le Travail et les Retraites au début du mois de novembre. Le SNPPE avait alors constaté que la petite enfance ne figurait dans aucun dispositif de reconnaissance de la pénibilité. « Les critères du compte professionnel de pénibilité correspondent à des métiers plutôt d’extérieur (bâtiment etc.) et masculins. Ils ne prennent pas en compte l’usure des métiers de la petite enfance, documentée par les ergonomes et confirmée par les observations de terrain », souligne Cyrille Godfroy, co-secrétaire général du SNPPE. La lettre envoyée à deux reprise au premier ministre pour alerter sur cette situation est restée sans réponse.
5 000 tonnes portées au cours d’une carrière
Dans le livret explicatif qui accompagne la campagne, le SNPPE a fait des estimations édifiantes. Dans la petite enfance, le portage d’enfants constitue l’une des principales sources de pénibilité physique. Entre les accueils, les changes, les repas ou les couchers, une professionnelle effectue en moyenne 70 manipulations d’enfants par jour. « Sur une base prudente de 200 jours travaillés par an, la masse cumulée atteint 168 tonnes par an, soit plus de 5 000 tonnes au cours d’une carrière d’exposition de 30 ans », précise le livret. « Des postures identifiées comme des facteurs majeurs de TMS par les ergonomes », ajoute-t-il.
Au-delà du portage des enfants, les professionnelles manipulent chaque jour une grande quantité de matériel : chaises, poussettes, barrières, jouets, tapis, repas, linge… soit 40 à 60 manutentions quotidiennes, et plus de 300 tonnes déplacées sur une carrière. Enfin, dans la petite enfance, les professionnelles réalisent chaque jour 80 à 140 accroupissements ou flexions, pour ramasser, consoler, chausser, intervenir ou jouer au sol. Sur une carrière de 30 ans, cela représente 700 000 à 1 million de gestes en posture basse.
56 000 heures de bruit
En crèche, les professionnelles évoluent dans un environnement sonore très intense : pleurs, cris, jeux collectifs, chocs, repas… Les niveaux dépassent régulièrement 85 dB, exposant une professionnelle à plus de 56 000 heures de bruit sur une carrière, souvent dans des espaces réverbérants et mal isolés. « Cette exposition prolongée affecte non seulement l’audition mais aussi la fatigue cognitive, l’attention, la concentration et la disponibilité émotionnelle.», écrit le SNPPE. Pourtant, malgré ces risques documentés, « l’exposition au bruit en petite enfance n’est pas reconnue comme un facteur de pénibilité.»
+44 % des maladies professionnelles en un an
D’autres données se révèlent tout autant inquiétantes. Celles des caisses d’assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) révèlent une hausse alarmante de +44 % des maladies professionnelles en un an dans la petite enfance, l’une des plus fortes du secteur social. Les TMS — tendinites, lombalgies, sciatiques, syndromes canalaires — en constituent l’essentiel, liés aux gestes répétitifs, aux postures contraignantes et aux manutentions quotidiennes. Cette augmentation de +44 % le rappelle clairement : l’usure physique du secteur a franchi un seuil critique et exige une reconnaissance urgente de la pénibilité. « À cette exposition mécanique s’ajoute une fatigue multifactorielle : bruit continu, vigilance accrue, charge mentale forte, gestion d’urgences multiples, interventions imprévues », ajoute le livret.
Les données 2023 de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) pour 2023 mettaient en évidence cette même tendance : 3 089 accidents du travail (+9 %), 930 accidents de trajet (+16 %), 166 maladies professionnelles reconnues (+44 %), près de 300 000 journées d’arrêt cumulées. Des chiffres probablement sous estimés car ne couvrant que le secteur privé.
Un message clair au gouvernement
« La petite enfance peut et doit servir d’exemple pour repenser la prise en compte de la pénibilité dans les métiers à prédominance féminine », insistait le SNPPE dans sa lettre envoyée à Matignon. Le syndicat formule ainsi plusieurs demandes :
- reconnaître la petite enfance comme métier à pénibilité élevée
- intégrer enfin les métiers du secteur dans le Compte Professionnel de Prévention (C2P)
- financer des aménagements ergonomiques dans toutes les structures
- déployer un plan national de prévention des tms et at/mp
- garantir des effectifs suffisants pour réduire la charge physique et mentale
- assurer un suivi médical renforcé pour les professionnelles exposées
- reconnaître l’usure professionnelle par une revalorisation salariale
- faciliter les reconversions et sécuriser les fins de carrière
Candice Satara
PUBLIÉ LE 29 novembre 2025
MIS À JOUR LE 03 décembre 2025
Une réponse à “« Les Gestes Invisibles » : la campagne choc du SNPPE sur la pénibilité dans les métiers de la petite enfance”
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Effectivement la réalité du port de charge et des contraintes sur la colonne vertébrale des professionnelles de la petite enfance est largement sous estimée. Il y a la charge portée (5000 Tonnes) et il y a surtout les conséquences que cela entraîne au niveau des disques intervertébraux lombaires car la pression a chaque port de charge est énorme…. Voici un article qui complète celui ci : :https://www.dosetpetitenfance.fr/debat/les-rachialgies-dans-le-secteur-de-la-petite-enfance-sont-largement-sous-estimees.html