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À Baugé-en-Anjou, les assistantes maternelles de la crèche familiale accueillent chez elles des enfants de la pouponnière
Depuis 2025, plusieurs assistantes maternelles de la crèche familiale de l’association Galipette accueillent, une à deux journées par semaine, des enfants confiés à la pouponnière de Baugé-en-Anjou. Une parenthèse bienfaisante pour ces petits en quête de relations plus individualisées.
C’est un projet qui mûrissait depuis plusieurs années du côté de la pouponnière. « On souhaitait que les enfants puissent voir autre chose, vivre autre chose, que la pouponnière », explique Marie-Lise Deschamps, responsable de la pouponnière. Une petite fille avait déjà fréquenté la crèche Galipette le mercredi, mais aucun accueil au domicile d’une assistante maternelle n’avait encore été expérimenté. L’association Galipette gère deux structures : une petite crèche et une crèche familiale.
Un enfant qui ne supportait plus la collectivité
Le partenariat prend véritablement forme au début de l’année 2025. La pouponnière sollicite alors l’association Galipette pour un petit garçon de deux ans. Un accueil en petite crèche est d’abord envisagé. Mais les difficultés rencontrées par le petit Léo* au sein du groupe conduisent Céline Sauvaget, responsable de la crèche familiale, à proposer une autre solution. « Il pouvait être agressif avec les plus petits. On sentait qu’il avait vraiment besoin de sortir du groupe, d’avoir un peu plus d’individualité ». La jeune femme s’interroge : « J’ai tout de suite pensé qu’un accueil chez une assistante maternelle pourrait mieux répondre à ses besoins. » Céline Sauvaget pense à Béatrice, assistante maternelle expérimentée de la crèche familiale, dont certains contrats lui laissent des journées moins chargées. La professionnelle pourrait ainsi accueillir l’enfant une fois par semaine. Une initiative qui s’inscrit dans l’esprit du rapport de la commission d’enquête conduite par la députée Isabelle Santiago. Celui-ci recommande de privilégier, pour les enfants de moins de trois ans, les accueils de type familial et de ne recourir au placement collectif qu’à titre exceptionnel.
« J’avais des a priori »
La proposition inquiète d’abord la professionnelle, car le petit garçon lui a été présenté comme pouvant se montrer violent. « J’avais des a priori, j’ai longuement hésité », reconnaît-elle. L’assurance de pouvoir compter sur l’équipe de la crèche familiale finit par la rassurer. Et elle se dit aussi simplement : « pourquoi ne pas lui donner la chance à lui aussi d’avoir un accueil privilégié ». La transition s’organise progressivement : Béatrice rencontre d’abord le petit garçon à la pouponnière, dans son lieu de vie. Au début du mois d’avril 2025, il vient chez elle accompagné de ses éducatrices. Le temps passé à son domicile augmente peu à peu, jusqu’à atteindre une journée entière par semaine. Les professionnels de la pouponnière et de la crèche familiale veillent à préserver les repères de l’enfant. Sa mère est informée et participe à la première rencontre.
« Il n’était pas du tout agressif »
Au domicile de Béatrice, le comportement du garçon surprend rapidement la professionnelle. « Il n’était pas du tout agressif. Il avait juste besoin d’avoir quelqu’un à côté de lui qui le réconforte, raconte-t-elle. Il était même très doux avec les autres enfants. ». Chez l’assistante maternelle, l’enfant découvre le quotidien d’une maison ainsi que la présence d’un couple. Le mari de Béatrice, à la retraite, partage notamment les repas avec les enfants. « Au début, il était étonné de tout. », se souvient l’assistante maternelle avec tendresse. Les autres enfants accueillis par Béatrice s’attachent également à lui. L’accueil se passe bien, le petit garçon apprécie la vie de famille. Pour Céline Sauvaget, ce comportement confirme qu’il « avait besoin de se retrouver un petit peu dans un petit cocon familial ». D’ailleurs, Béatrice avait tenté de l’emmener à un temps collectif organisé par la structure, mais finalement abandonné l’idée. « Il était plus agité et avait manifesté son envie de partir. », relate-t-elle. Quant au retour à la pouponnière, le soir, il ne semble pas avoir provoqué de difficulté particulière. Le petit garçon était content de revoir les éducatrices et celles-ci constatent rapidement les bienfaits de ce temps passé chez l’assistante maternelle. « Les éducatrices me disaient que, quand il rentrait, il était beaucoup, beaucoup plus calme », rapporte Béatrice.
Chaque enfant réagit différemment
Après cette première expérience, deux autres assistantes maternelles se sont engagées dans la démarche. « Il ne s’agit pas juste d’avoir un contrat en plus : c’est un vrai engagement. La démarche implique de comprendre l’enjeu pour l’enfant, insiste Céline Sauvaget. Les réactions des enfants accueillis confirment toutefois qu’il n’y a pas de modèle unique. Un autre petit garçon, que les professionnels de la pouponnière disaient difficile à approcher physiquement, est allé spontanément vers Géraldine, son assistante maternelle, et s’est montré particulièrement enjoué. Il apprécie aussi beaucoup les temps collectifs organisés par la crèche familiale.
À l’inverse, une petite fille très réservée a eu besoin de beaucoup plus de temps. Isabelle l’assistante maternelle qui l’accueille s’est même demandée si ces journées lui faisaient réellement plaisir. Les échanges avec la pouponnière l’ont rassurée. « La référente lui a dit que tous les matins, quand elle se levait, elle demandait si elle allait aujourd’hui chez Isabelle. », rapporte Céline Sauvaget. « Ce n’est qu’au bout de neuf mois qu’elle a commencé à parler de son assistante maternelle, poursuit Marie-Lise Deschamps. Les enfants n’ont pas tous les mêmes besoins ni la même histoire : les choses se mettent en place plus facilement pour certains que pour d’autres ». Dans tous les cas, ce sont les ceux qui manifestent le plus fortement le besoin d’une figure maternante et d’une relation individualisée, qui sont privilégiés.
Préparer l’accueil chez un assistant familial
Le dispositif permet aussi de déterminer si un enfant pourrait s’adapter à une future famille d’accueil. « Les observations recueillies au domicile « donnent des pistes et peuvent appuyer son dossier », explique Marie-Lise Deschamps. C’est ce qui s’est passé pour le petit garçon accueilli par Béatrice. Il a quitté au printemps la pouponnière pour rejoindre une famille d’accueil. Une dernière journée a été organisée chez Béatrice avant son départ, afin de leur permettre de se dire au revoir.
Renforcer les transmissions
Les équipes envisagent désormais de mettre en place un cahier de liaison entre la pouponnière et chaque assistante maternelle. Il permettrait de raconter les événements vécus par l’enfant pendant les jours précédant son accueil, mais aussi de conserver une trace de sa journée au domicile. « Rempli par les auxiliaires de la pouponnière, il serait glissé dans le sac de l’enfant, explique Marie-Lise Deschamps. L’assistante maternelle pourrait, à son tour, y raconter le déroulement de la journée passée à son domicile. Cela permettrait de garder le lien tout au long de la semaine ».
Une expérience qui inspire d’autres professionnelles
Sur les dix professionnelles de la crèche familiale, elles sont aujourd’hui trois, en comptant Béatrice, à pouvoir accueillir un enfant de la pouponnière. Pour Béatrice, l’expérience a modifié son regard porté sur le petit garçon, mais aussi sur son propre métier. « C’est une reconnaissance professionnelle, observe-t-elle. Et puis, cela nous apporte énormément. » Elle retient surtout la possibilité d’avoir offert un autre quotidien à un enfant au début de vie difficile : « J’ai donné à un petit garçon, qui n’avait pas eu beaucoup de chance au début de sa vie, la possibilité de vivre et de découvrir autre chose. Cette expérience renforce mon envie de continuer. ». Cette collaboration a été rendue possible aussi grâce au modèle même de la crèche familiale où des assistantes maternelles sont accompagnées, intégrées à une équipe, à un projet commun. Et ne restent jamais seules face aux difficultés.
Un vrai partenariat
Du côté de la pouponnière, le bilan est aussi très positif. « C’est une belle collaboration qui permet d’adapter l’accueil aux besoins particuliers de chaque enfant », souligne Marie-Lise Deschamps. Elle observe, elle aussi, la force des liens qui se nouent : « On sent qu’il y a une attache très particulière qui se crée entre les enfants et les assistantes maternelles. » Et l’intérêt dépasse le seul bénéfice individuel pour les enfants. Cette collaboration de proximité permet aussi à la pouponnière de trouver toute sa place dans la dynamique locale. « On se sent inscrits dans le projet petite enfance de la ville », ajoute la responsable de la pouponnière. Une manière, pour la structure, de rompre son isolement. À la rentrée, professionnels de la pouponnière et assistantes maternelles doivent se retrouver pour partager leurs observations et poursuivre ce partenariat encore récent. Avec l’ambition de continuer à permettre à ceux qui en ont le plus besoin de passer du temps dans un environnement familial.
* le prénom a été modifié
Candice Satara
PUBLIÉ LE 23 juillet 2026