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Marion et Valérie, mère et fille à la tête de deux microcrèches : « On a besoin l’une de l’autre »

À Vitry-en-Perthois et Couvrot, dans la Marne, Marion et sa mère Valérie dirigent ensemble deux microcrèches Paje. La première pilote le quotidien sur le terrain, l’autre veille aux ressources humaines et aux équilibres budgétaires. Mère et fille l’assurent, elles n’auraient pas pu se lancer sans l’autre.

Quand Marion et Valérie se retrouvent en famille, elles essaient parfois de faire l’impasse sur le travail. « On se donne souvent une règle : tout se dire en 15 minutes, mais après, c’est terminé. Mais même celle-ci, généralement, on ne s’y tient pas… », reconnaissent-elles. Pourtant, mère et fille n’étaient pas si fusionnelles au départ : « Ce sont les microcrèches qui les ont rapprochées.», avouent-elles.

Une des première microcrèche de la Marne

Tout commence en 2009. À l’époque, Valérie est agricultrice et adjointe au maire de La Chaussée-sur-Marne. Les familles de ce territoire rural lui font régulièrement part de difficultés pour faire garder leurs enfants. La première grande ville se trouve à 15 km. Valérie participe alors à la création d’une microcrèche associative, l’une des premières du département. Marion n’a que 16 ans, etudiante bac professionnel Services en milieu rural, elle y effectue un stage et participe à l’élaboration des projets. Lorsqu’elle devient mère et cherche un mode d’accueil pour sa fille, elle se heurte à nouveau au manque de structures, relevé par Valérie quelques années plus tôt. C’est la crèche de la Chaussée-sur-Marne qui accueillera sa fille.

C’est ainsi que l’idée d’une micro-crèche familiale commence à faire son chemin. Une occasion se présente à Vitry-en-Perthois, quartier très recherché. Une maison de famille construite par le grand-père de Marion est désormais disponible après des années de location, elle peut être transformée pour accueillir la future structure. Valérie joue un rôle déterminant grâce à son expérience dans la crèche associative et ses les liens tissés au niveau local. L’autorisation d’ouverture est finalement délivrée le 20 juillet 2020 et une semaine plus tard, le premier enfant est accueilli « Aux 3 Petits Chats ». Côté organisation tout se met en place assez facilement, Marion est la directrice de la structure : titulaire d’un BTS Services et prestations des secteurs sanitaire et social, elle obtiendra sa VAE d’EJE en 2021. Quant à Valérie, elle en est la gestionnaire, elle prend principalement en charge les ressources humaines, les contrats et les décisions budgétaires. La société leur appartient à toutes les deux.

Une seconde micro-crèche en famille

Moins d’un an après l’ouverture d’« Aux 3 Petits Chats », les deux femmes sont sollicitées par la commune. Marion raconte : « Connaissant notre expérience, ils sont venus à notre rencontre, pour nous demander comment ils devaient faire pour ouvrir une microcrèche. Ils ne voulaient pas avoir à la gérer mais souhaitaient vraiment apporter le service sur leur territoire. »  Ce nouveau projet n’était pas forcément dans leurs plans, mais la mère et la fille décident de dire oui. « Je ne pense pas que je me serais lancée sans l’aide de ma maman. Mais en même temps, elle, elle ne l’aurait jamais fait non plus sans moi. On avait besoin l’une de l’autre », poursuit Marion. La nouvelle microcrèche ouvre à Couvrot en octobre 2023.

Alignée sur les décisions, complémentaires dans les missions 

Travailler en famille ne leur paraît pas difficile. « Généralement, on sait ce que va dire l’autre avant même d’en avoir parlé », reconnaît Marion. Les deux femmes conduisent ensemble les entretiens d’embauche. « C’est très rare qu’on ait un avis divergent », ajoute Valérie. Au fil des années, l’équilibre a évolué. Marion a pris de l’assurance et sollicite moins souvent l’avis de sa mère. Valérie, de son côté, tient à lui laisser toute sa place auprès des équipes et des familles. Et elle mène aussi d’autres activités : maire du village de Massiges et vice-présidente d’une communauté de communes chargée du scolaire, du périscolaire et de l’extrascolaire. « Mon seul regret c’est que les parents et les enfants ne me connaissent pas, souligne-t-elle. Mais je suis présente aux fêtes. »

S’il y a bien un sujet sur lequel mère et fille sont alignées c’est la qualité d’accueil. Celle-ci passe d’abord par le respect du rythme de chaque enfant, autant que le permet la vie en collectivité. Mais elle dépend tout autant des conditions de travail offertes aux équipes. « Parce que si on veut que les enfants soient bien, il faut que le personnel soit épanoui », insiste Marion. D’ailleurs, chez elles, l’accompagnement des équipes dépasse parfois la stricte fiche de poste. Valérie se souvient que dans la première crèche on l’appelait « un petit peu Mère Thérésa » lorsqu’elle aidait des jeunes en difficulté à poursuivre une formation ou à obtenir un diplôme.  « Il n’y a pas longtemps, j’ai dit à ma fille : “tu prends la relève, on va pouvoir aussi t’appeler Mère Thérésa” », raconte-t-elle. Marion suit le même chemin, elle accueille de nombreux stagiaires, contrats pro, accompagne de jeunes professionnelles et refuse jamais un coup de main.

Préserver la proximité

Une troisième commune a déjà pris contact avec Marion et Valérie. Mais la fille ne s’imagine pas à la tête d’un réseau de dix établissements. « Je préfère être disponible plutôt que tout survoler, insiste-t-elle. Moi ce qui me plaît, c’est quand je passe la porte de la crèche et que j’entends les enfants dire aux professionnelles :  “ il y a Marion qui est arrivée ! “ ». Pour autant, l’équilibre financier de leur entreprise reste fragile : investissements pour adapter les locaux, difficultés de recrutement en zone rurale, arrivées d’enfants plus étalées dans l’année et baisse de la natalité. Marion et Valérie ne cachent pas ces tensions. Soudées, elles continuent d’arbitrer ensemble les décisions importantes. « La communication est l’une des choses les plus importantes, terminent-elles.  Il faut savoir compter l’une sur l’autre, entendre et comprendre les contraintes de chacune. »

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 28 septembre 2026

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