Élodie a dû renoncer à créer sa micro-crèche : « On ferme la porte aux petites initiatives ! »
Elodie Baud est encore sous le choc. Ce projet de micro-crèche dans sa ville, Vénissieux, elle l’avait pensé dans les moindres détails. Mais elle a dû abandonner, faute d’avoir trouvé un local adapté et des financements suffisants. Elle dénonce le manque d’accompagnement de la municipalité et le nouveau cadre réglementaire qu’elle juge dissuasif. Voici son témoignage.
Je me suis lancée dans ce projet de micro-crèche parce que j’ai vu trop de professionnels de la petite enfance en souffrance. À la Maison Bleue, où mon fils était accueilli, j’ai rencontré des salariées incroyables, prêtes à tout donner pour les enfants, mais aussi beaucoup qui ont fini en burn-out, en dépression, ou qui ont quitté le métier. Ça m’a bouleversée. Je me suis dit qu’il fallait créer une structure où l’on prenne vraiment soin des équipes.
Dans une ville où il y avait de réels besoins
Avec mon mari, nous avons donc décidé de monter un projet de micro-crèche à Vénissieux. Le besoin est réel : dans le quartier où je souhaitais m’implanter, il y a une place pour 13 enfants. Certaines structures ferment, et nous-mêmes avons eu des difficultés à trouver un mode d’accueil pour nos deux enfants. Pour le deuxième, nous avons dû passer par un « berceau entreprise » via la société de mon mari, faute de solution. Suite à une mauvaise expérience avec une assistante maternelle, nous avions renoncé à ce mode d’accueil.
Dès le départ, nous voulions créer une micro-crèche PSU, même si c’est plus complexe. On nous a clairement fait comprendre que pour obtenir des financements et une validation, il fallait aller dans ce sens. Nous avons donc travaillé un business plan solide, réfléchi à une organisation. Je comptais conserver mon emploi, afin de ne pas alourdir les charges de la structure. Je pouvais très bien gérer moi-même les factures et les contrats en dehors de mes heures de travail. Nous avions déjà trouvé une directrice et des auxiliaires de puériculture prêtes à nous suivre. C’était un vrai projet humain.
Les obstacles se sont accumulés
J’ai d’abord envoyé mon étude de besoins et mon business plan au service économie de la mairie de Vénissieux. Ils devaient les transmettre à la direction Petite Enfance… sauf que le mail n’est jamais parti. Résultat : j’ai perdu trois mois pour rien. J’ai aussi essayé d’obtenir un contact avec l’urbanisme, pour savoir quels locaux pouvaient convenir. Je n’ai jamais eu de réponse. Pourtant, même si mon projet était privé, il avait un intérêt général. Mais je n’ai eu aucun accompagnement, rien. J’ai cherché de mon côté un local. Un promoteur nous a proposé un rez-de-chaussée ré aménagable avec un extérieur, mais ça a bloqué parce que les lieux étaient classés en habitation. Chaque fois qu’on trouvait une piste, elle se refermait aussitôt.
Désintérêt de la municipalité
Quand j’ai enfin réussi à décrocher un rendez-vous avec la direction Petite Enfance, on m’a expliqué que pour que le projet soit présenté en conseil municipal, il fallait déjà avoir un local, une adresse précise, des plans d’aménagement et même un avis de la PMI. En clair, il fallait que je loue un local et que je commence à payer un loyer, avant même d’avoir la moindre validation. Quand nous avons commencé à travailler sur ce projet, les règles étaient différentes. À l’époque, il fallait simplement obtenir un avis favorable de la PMI pour lancer une micro-crèche. C’était déjà exigeant, mais accessible. Désormais, tout projet doit désormais être validé en conseil municipal*. À Vénissieux, le conseil municipal se réunit tous les deux mois.
La banque n’a pas suivi
J’ai appelé notre banquier. Déjà, il a tiqué quand j’ai expliqué que je n’avais pas d’expérience dans la petite enfance et que je ne comptais pas travailler dans la crèche. Mais quand il a compris que je devais louer un local avant d’avoir les validations administratives, il m’a dit très clairement : « C’est impossible. » Nous avions estimé le besoin entre 60 000 et 80 000 euros, selon l’état du local, pour les travaux, l’architecte, l’équipement. C’est à ce moment-là que nous avons décidé d’abandonner.
À la fin, j’ai écrit à la mairie, je leur ai rappelé que le système ne fonctionnait pas et qu’il ne laisserait la place qu’aux grosses structures, celles qui ont les reins financiers assez solides pour attendre, même déficitaires. La réponse que j’ai reçue ? Que les banques seraient « moins frileuses » une fois qu’elles auraient pris l’habitude de la nouvelle procédure…
Un immense gâchis !
Ce que je retiens : un immense gâchis ! Nous avions une équipe prête à nous rejoindre, des personnes qui auraient fait un travail formidable. Et moi, j’ai eu l’impression de les abandonner. J’aurais aimé avoir un vrai accompagnement de la mairie. Pas juste des services qui se renvoient la balle, mais une personne référente qui puisse me guider pas à pas dans les démarches. Je précise que j’ai contacté la Caf à quatre reprises, je n’ai pas réussi à voir d’interlocuteurs sérieux. J’aurais aussi eu besoin d’un soutien sur la question du local. C’est ce qui a tout bloqué. La mairie aurait pu m’aider à identifier des lieux adaptés, à me mettre en relation avec des bailleurs. Au lieu de ça, je n’ai jamais eu de contact avec l’urbanisme, malgré mes demandes. J’aurais aimé aussi qu’on me donne des informations claires et rapides. J’ai perdu trois mois parce qu’un mail n’a jamais été envoyé entre deux services, c’est aberrant. Enfin, j’aurais espéré qu’on me parle de financements ou de subventions possibles. Aujourd’hui, je garde ce projet dans un coin de ma tête : pas à Vénissieux, il y a trop de lourdeurs, trop de freins. Mais peut-être dans une plus petite ville, où les besoins existent aussi.
*Que prévoit le décret autorisation
Le décret du 2 avril 2025, pris en application l’article 18 de la loi plein emploi votée en décembre 2023, introduit, deux grandes nouveautés : l’avis de l’autorité organisatrice,c’est-à-dire la commune, est nécessaire sur tous les projets privés ; le président du Conseil départemental donne les autorisations d’ouverture pour tous les projets, y compris les projets publics. Un arrêté publié le 31 juillet 2025 est venu préciser la liste des pièces à fournir dans les dossiers de demandes d’avis à envoyer aux maires. Pour les porteurs de projets ou gestionnaires, il faut désormais compléter un formulaire CERFA pour accompagner leur demande.
Propos recueilli par Candice Satara
PUBLIÉ LE 06 octobre 2025
3 réponses à “Élodie a dû renoncer à créer sa micro-crèche : « On ferme la porte aux petites initiatives ! »”
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Bonjour
Ce n’est pas comme çà qu’il faut vous y prendre pour créer une micro crèche. J’en ai ouvert 22 en 7 ans. N’hésitez pas à me contacter. Je comprendrai mieux vos difficultés et je pourrai, le cas échéant, vous épauler (tout à fait bénévolement). Je suppose que la rédaction peut vous donner mes coordonnées. En tous cas, je l’y autorise.
Bon courage, ne vous découragez pas.
Gilbert Mellinger
Et oui c’est ça entreprendre… 5 ans de galère et de persévérance, avant la réussite du projet et l’ouverture de la structure. Les règles sont strictes effectivement mais c’est les règles du jeu et il faut faire avec. Et c est certainement les meme difficultés pour pleins d autre entreprise
Bonjour Elodie
Ne vous découragez pas il y a toujours des alternatives
Je suis propriétaire d’un bon local à 100m du metro Parilly idéal pour une crèche
Il y a une forte demande de crèche dans le quartier c’est vrai alors si vous êtes intéressé contactez moi