S’abonner
S'inscrire aux newsletters
Espace
Abonnés

Catherine, responsable de RPE depuis 28 ans : « On s’est professionnalisés en même temps que les assistantes maternelles » 

Éducatrice de jeunes enfants, Catherine Goutagny exerce depuis 1998 au relais petite enfance Les Matrus, à Veauche, dans la Loire. Des premiers temps d’éveil organisés pour rompre l’isolement des assistantes maternelles à l’accompagnement des familles et la formation des assistantes maternelles, elle a vécu les transformations des RPE de l’intérieur. Elle nous partage ses réflexions sur l’évolution de ses missions et la place des RPE dans l’accompagnement des assistantes maternelles et des familles.

Deux pièces dans un ancien garage réhabilité, une petite salle d’attente et des fenêtres hautes. Lorsque Catherine Goutagny prend ses fonctions en 1998, le relais de Veauche est loin du bâtiment petite enfance où elle exerce aujourd’hui. Au départ tout est à construire, il faut d’abord faire connaître ce nouveau lieu. « Je me souviens que j’avais contacté toutes les assistantes maternelles, les unes après les autres, pour leur dire que j’ouvrais un local et que la mairie mettait à disposition pour elle des temps avec les enfants, raconte-t-elle. L’objectif alors, c’était vraiment de rompre l’isolement. ».

Quitter la crèche pour découvrir l’accueil individuel

Avant le relais, Catherine a exploré plusieurs univers professionnels. Elle a effectué des remplacements à l’hôpital, dans des services de pédiatrie et d’oncologie, travaillé en crèche hospitalière puis dans différentes structures associatives. Lorsqu’elle postule au RPE de Veauche, elle souhaite découvrir une autre manière d’exercer et, ayant elle-même employé une assistante maternelle, l’accueil individuel l’attire. Pour se préparer, elle va à la rencontre de collègues déjà en poste dans la Loire. « Il a fallu que je me forme toute seule, car il existait encore très peu de formations pour les personnes qui ouvraient ou animaient un relais », ajoute-t-elle.

Des assistantes maternelles moins seules

Dans son nouveau lieu de travail, elle organise alors des temps d’éveil. « On faisait des activités, puis les assistantes maternelles rentraient chez elles, se rappelle-t-elle. Je recevais aussi les parents pour leur expliquer comment établir un contrat de travail. C’étaient encore les débuts : les assistantes maternelles étaient payées au réel, en fonction des heures effectuées. », se rappelle-t-elle. Pour Catherine, le RPE n’a jamais été un lieu destiné seulement aux assistantes maternelles. D’ailleurs, elle tient rapidement à faire apparaître les parents et les enfants dans sa dénomination. « Nous avons voulu faire comprendre que nous étions là aussi pour accompagner les familles et les enfants. On s’est tout de suite fait appeler relais assistante maternelle parents-enfants », poursuit-elle.

En route vers la professionnalisation

La professionnalisation du métier n’en est qu’à ses débuts lorsqu’elle commence à travailler au RPE. L’arrivée de la convention collective de 2004 constitue un moment important. Catherine s’en souvient bien : « C’était encore très précaire. Il a fallu que nous, les animatrices de relais, organisions des réunions entre nous pour la comprendre et aider les parents à l’appliquer. Nous avons pas mal tâtonné. Puis la Caf nous a accompagnés avec un référent RAM, avec lequel nous avions une réunion chaque mois. » Au fil des années, elle voit évoluer la manière dont chacun envisage sa place. Les parents prennent davantage conscience de leurs responsabilités d’employeurs. Les assistantes maternelles disposent d’un cadre plus structuré pour exercer et faire valoir leurs droits. À ses yeux, les relais ont contribué à rendre ce cadre compréhensible et à faire reconnaître leur métier. « Avant, chacun faisait un peu comme il voulait dans son coin. Nous étions là pour rappeler le cadre juridique et les règles du contrat de travail, souligne-t-elle. Avant d’ajouter : nous nous sommes professionnalisés en même temps que les assistantes maternelles. C’est en tout cas comme ça que je le ressens. »

Des missions qui s’élargissent, un métier qui se renouvelle

Après l’ancien garage, le relais s’installe dans une grande maison située dans un parc à côté d’un point rencontre-emploi et des assistantes sociales du département, pendant plusieurs années. Depuis 2013, elle exerce dans un bâtiment petite enfance, qui abrite également une crèche associative et un jardin d’enfants. En 2021, les RAM deviennent des relais petite enfance : ils informent désormais les familles sur l’ensemble des modes d’accueil, individuel comme collectif. « Ce métier est extrêmement intéressant parce qu’il a évolué avec le temps et qu’on nous demande différentes choses, souligne-t-elle. Les actions et les projets, pour moi, c’est mon cœur de métier. » 

Après avoir choisi le guichet unique comme mission renforcée pendant deux ou trois ans, le RPE de Catherine s’est orientée vers la promotion du métier d’assistante maternelle. « Nous travaillons en partenariat avec le pôle enfance jeunesse de Veauche. Des jeunes viennent découvrir le métier lors des temps collectifs : ils peuvent voir concrètement ce que font les assistantes maternelles et échanger avec elles. Nous prévoyons aussi d’accueillir des élèves d’écoles de services à la personne pour leur présenter les métiers exercés dans notre bâtiment. »

Une reconnaissance professionnelle qui change aussi les attentes

En 28 ans, Catherine a vu évoluer les professionnelles qu’elle accompagne. Parmi les nouvelles assistantes maternelles, elle rencontre parfois des personnes venues de l’accueil collectif, avec « un réel projet très bien ficelé, très professionnel, mais en accueil individuel ». Elle souligne aussi les difficultés qui persistent dans le métier : « Ce n’est pas toujours très simple d’avoir affaire à des employeurs différents, et de ne pas avoir des collègues en direct. Les parents sont aussi plus exigeants : les assistantes maternelles doivent avoir un projet d’accueil bien construit et le mettre en pratique. Cette professionnalisation a été difficile pour certaines personnes, qui ont arrêté. »

La reconnaissance du métier se traduit également par de nouvelles attentes en matière de formation. L’EJE se souvient des conférences organisées par les relais, auxquelles les assistantes maternelles participaient sur leur temps personnel, puis de leur intérêt pour la formation continue. « C’est une évolution sociétale, reconnaît-elle. Aujourd’hui, elles estiment, à juste titre, qu’elles sont salariées comme tous les autres. Donc, elles veulent se former sur leur temps de travail. C’est une demande que je comprends. »

Des missions valorisantes, mais une surcharge administrative

Si les nouvelles missions continuent de l’enthousiasmer, Catherine concède que l’inflation administrative lui pèse.  « Nous recevons de l’argent public : il est donc normal que la CAF nous demande un bilan annuel pour rendre compte de son utilisation. En revanche, tout ce qu’on fait doit être tracé. C’est cela qui est lourd. » Définir les objectifs d’une action, décrire sa mise en œuvre, en établir le bilan, renseigner le logiciel : ces tâches prennent une place qu’elle aimerait pouvoir consacrer davantage aux rencontres. « Ce qui me plaît le plus, c’est de faire des actions concrètes. Quand je reçois des familles pour leur expliquer le contrat, même si je réexplique mille fois les mêmes choses avec mille autres parents, ça me plaît de les accompagner. » Catherine travaille avec les relais voisins, le département, la CAF, mais aussi les médiathèques et les ludothèques. « On a la chance d’avoir un budget pour faire venir des intervenants. On fait de la médiation animale, de l’éveil musical, de l’éveil au sport, des sorties culturelles. C’est passionnant. »

Accompagner les parents, tout en tenant sa place

Interrogée sur ARPEDA, le dispositif d’accompagnement administratif des parents employeurs qui suscite des tensions dans le secteur, Catherine précise que les RPE ont toujours accompagné les parents. « Les familles ne viendraient plus au relais si nous ne les aidions pas un minimum. Pour moi, accompagner, ce n’est pas seulement donner une adresse ou un numéro de téléphone. Cela ne suffit pas », insiste-t-elle.

Elle revient toutefois sur un point important. « On ne fait pas à leur place. » Cette position exige de savoir où mettre les limites.  La responsable du RPE rappelle régulièrement aux familles qu’elle n’est ni juriste, ni comptable. Lorsqu’une question dépasse ses connaissances, elle sollicite les services compétents ou oriente les personnes vers eux. « Je suis là pour expliquer le contrat et éventuellement recevoir les deux parties en expliquant ce contrat. Mais je leur dis : la négociation, ce n’est pas au relais que ça va se faire. C’est entre vous. »  Pour exercer sereinement, elle estime que les responsables de relais ont besoin de formation, d’un encadrement et de ressources juridiques sur lesquelles s’appuyer. Elle suit régulièrement des webinaires juridiques.

À un an et demi de la retraite, Catherine reste attentive aux missions qui pourraient être confiées aux relais : « Avec quels moyens et dans quelles conditions ? », insiste-t-elle. Et complète : « Les relais vont devoir évoluer parce que les assistantes maternelles sont de moins en moins nombreuses. Ils l’ont toujours fait et ont réussi à s’adapter. Mais je préférerais que nous soyons associés à la réflexion sur les nouvelles missions, pour construire quelque chose de faisable, plutôt que de nous les voir imposer. »

ARPEDA : « S’il y a de nouvelles missions pour les RPE, il faut aussi la formation et les compétences correspondantes », affirme Constance Bensussan

Les Relais petite enfance : des missions toujours plus larges, un équilibre qui reste fragile

Joyeux Baz’Arts, le super projet du RPE Premiers Pas de Lille autour de la créativité

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Candice Satara

PUBLIÉ LE 13 octobre 2026

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire