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À Caen, une Mamip pionnière réunit quatre assistants maternels passionnés 

À Caen, dans le quartier de la Folie-Couvrechef, la première maison d’assistants maternels a ouvert ses portes le 15 septembre. Et elle a une particularité : il s’agit d’une Mamip (Maison d’assistants maternels à l’Initiative Publique). Derrière ce projet expérimental : Meredith, Élodie, Océane et Emmanuel. Quatre professionnels de la petite enfance décidés à mettre leurs compétences au service des enfants.

L’aventure commence en 2023, lorsque Meredith, assistante maternelle à domicile depuis 2022, rencontre Élodie lors d’une activité au RPE. Ensemble, elles échangent sur leur envie de créer une Mam. « Au départ, les Mamip n’existaient pas encore », observe Meredith. Nous voulions simplement créer une Mam à Caen ». L’assistante maternelle a toujours en recherche de collectif. « Le métier d’assistante maternelle, c’est un rôle très solitaire, confie-t-elle. Travailler en équipe, c’est mettre les compétences de chacun au service des enfants. Pour moi, c’était une évolution naturelle du métier. » Dans leur quartier, la Folie-Couvrechef, la demande est forte. En dix ans, le nombre d’assistantes maternelles est passé de 49 à 19, et la fermeture récente d’une structure de 20 places a encore accentué le besoin.

Du projet de Mam à l’expérimentation Mamip

Les deux professionnelles sont rejointes par Océane qui à l’époque travaille dans une résidence senior. « C’était mon employeur, précise Meredith. J’accueillais son enfant. Je lui parlais souvent de mon envie de créer une Mam. En entendant parler du projet et a songé à  se reconvertir afin de rejoindre l’aventure. » Les fondatrices sollicitent alors la mairie de Caen dès la fin 2023 pour présenter leur projet. L’élue à la petite enfance et le directeur du CCAS deviennent leurs interlocuteurs privilégiés et leurs premiers soutiens. En parallèle, la CAF travaille, à cette période, avec le Schéma départemental des services aux familles sur un nouveau dispositif : les Mamip (Maison d’assistants maternels à l’initiative publique).

Un accompagnement renforcé

Le fonctionnement d’une Mamip repose sur une convention signée entre la mairie, la CAF, le CCAS et l’équipe fondatrice, qui précise les engagements de chaque partenaire et les conditions à remplir. L’accompagnement est renforcé et il y a l’obligation de recourir au dispositif Pajemploi+, qui simplifie les démarches pour les familles et sécurise les paiements pour les professionnels. Les assistantes maternelles exercent leur activité dans un local mis à disposition gratuitement ou avec un loyer modeste par une collectivité, un CCAS ou un bailleur social. La structure doit être implantée dans un quartier prioritaire, identifié par la Caf. Chaque année, les partenaires institutionnels se réunissent avec l’équipe pour faire un bilan sur le fonctionnement de la Mamip. « Nous avions fait une demande classique pour une Mam, et c’est la Caf qui nous a suggéré de passer sous le statut Mamip », souligne Meredith.

En janvier 2024, la mairie et le CCAS lancent officiellement un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour sélectionner l’équipe porteuse du projet. L’association “Caen Mam et moi “y répond, et son projet est donc retenu. En mars 2024, un premier comité de pilotage avec tous les acteurs institutionnels valide la convention Mamip.  C’est à partir de ce moment-là que les dates des travaux et d’ouverture sont fixées.

L’équipe se complète et le projet prend forme

À l’été 2024, Emmanuel, dit Manu, rejoint le groupe. Le jeune homme est en reconversion professionnelle après des expériences dans la boulangerie et l’animation : « J’ai souhaité retourner vers un métier de transmission, confie-t-il.  Le projet met un peu plus de temps que prévu, en grande partie à cause du lieu. « Le bâtiment appartenait au rectorat, donc il a fallu le réaffecter administrativement à la petite enfance », explique Meredith. Les travaux sont financés et gérés conjointement par le CCAS de Caen et la Caf, avec une participation financière de la mairie. Le mobilier reste à la charge de l’équipe.

Les travaux sont terminés au début de l’été. Et le 26 juillet, les clés sont remises à l’équipe, qui ouvre le 15 septembre. Chaque assistant maternel accueille quatre enfants, soit un total de seize places. Meredith, par exemple, a continué à accueillir une petite fille qu’elle gardait déjà à son domicile. Une réunion d’information est d’ores et déjà prévue le 17 octobre pour les familles intéressées par des accueils en 2026.

Des conditions d’exercice facilitées

Le partenariat avec la collectivité change beaucoup de choses. « Sans l’appui de la ville et de la Caf, on n’aurait pas pu ouvrir une Mam à Caen, reconnaît Meredith. Le loyer est modéré : on paie 1 000 € pour 188 m². Dans ce secteur, ce serait plutôt autour de 3 000 €. » Le local, situé près du Mémorial de Caen, appartient à la municipalité, qui en assure l’entretien. « Si on a besoin d’un aménagement, on appelle directement les ateliers techniques, et ils interviennent. C’est vraiment facilitant », ajoute Emmanuel. Le RPE joue aussi un rôle central dans l’accompagnement : il organise notamment les bilans annuels.

Et des temps d’analyse de la pratique obligatoires

Ce partenariat inédit permet aussi aux quatre assistants maternels de bénéficier de temps d’analyse de la pratique, obligatoires dans le cadre du dispositif Mamip. Les APP sont financées par la Caf, mais réalisés hors du temps d’accueil, donc non rémunérées pour les assistants maternels. Tous y sont très favorables. « L’idée, c’est de prendre un peu de recul sur nos pratiques professionnelles et de voir comment on peut continuer d’améliorer les choses. C’est un vrai plus. », insiste Emmanuel. L’équipe doit maintenant trouver un intervenant extérieur pour animer ces temps d’échange.

Une équipe soudée et complémentaire

Travailler à quatre sans hiérarchie n’est pas forcément évident. « Cela reste un défi, reconnaît Meredith, mais nous sommes très complémentaires. ». Emmanuel confirme : « Chacun a ses forces. Mérédith, c’est l’organisation, la motivation, celle qui lance la dynamique. Moi, je viens du monde de l’animation, donc j’apporte peut-être un autre regard sur le collectif, et je peux aussi être une personne ressource pour le groupe.»  Un mois à peine après l’ouverture, le bilan est prometteur. « C’est un projet qui nous ressemble, sourit Emmanuel. Je suis heureux de venir travailler. »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 08 octobre 2025

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