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Accueil des jeunes enfants et simplexité !

Par Monique Busquet

Psychomotricienne, formatrice petite enfance

« Saisir une framboise entre ses 2 doigts sans l’écraser », cela parait si simple. Pourtant, derrière cette grande délicatesse, se cache une réelle complexité des processus mis à l’œuvre : regarder, sentir avec ses doigts la forme et la consistance, coordonner les mouvements du bras, de la main, des doigts, ajuster de façon très fine la pression exercée, et ensuite déguster cette framboise.
C’est un des exemples utilisés par Alain Berthoz, pour expliquer ce terme, dans son livre « La simplexité », livre passionnant mais un peu complexe à lire !
La vie, la nature, l’humain sont ainsi : une simplicité apparente qui recouvre une grande complexité.

Il en est de même pour l’accueil des jeunes enfants. L’apparente simplicité du « prendre soin » (donner un biberon, changer une couche, faire un câlin, porter, jouer, interagir…) repose sur une ajustement complexe et profond de multiples facteurs. 
Accueillir et soutenir en qualité le développement des jeunes enfants demande de prendre en compte, d’associer, de combiner, divers processus : ce qu’est un enfant : ses perceptions, sa vie psychique, ses mécanismes cérébraux, ses besoins ; ce qui se joue entre l’enfant et l’adulte, dans leurs interactions, relations, modes de communication, circulation des émotions ; ce que mobilisent et mettent en œuvre les professionnels individuellement, collectivement et institutionnellement.

Ainsi, il ne suffit pas « de faire comme avec ses propres enfants », d’appliquer des modes d’emploi ou des méthodes, de répéter une liste de paroles toutes faites… L’enfant ne perçoit pas seulement la partie visible des gestes et des mots mais il perçoit la partie non visible et profonde des intentions, des émotions, des situations dans leur globalité.

Alors à nous tous d’apprendre à rendre plus visible ce travail invisible et expliciter cette simplexité.
A nous aussi d’éviter, dans l’ébullition actuelle de notre secteur, des visions qui pourraient être simplistes et réductrices.
Il me semble que nous avons à naviguer entre une double nécessité :
Continuer à dénoncer, à exprimer et crier notre colère devant tout ce qui ne va pas, devant les difficultés, devant les manques de personnel, de formation, de temps de pensée, de reconnaissance du travail fait par les professionnels, devant des choix budgétaires. Dénoncer des situations qui font désespérer et partir de nombreux professionnels compétents et engagés.
ET regarder ce qui va bien, montrer tout ce qui est mis en œuvre, rendre visible le travail des professionnels toujours consciencieux, motivés, créatifs, dynamiques. Rendre visible tout ce que les jeunes enfants vivent de beau et de bon dans nos lieux d’accueil. Parce que oui, nous sommes nombreux à être témoin de la richesse de ce que les enfants y vivent.
Il s’agit bien d’un ET et non d’un ou, comme le dit Danielle Rapoport, qui a tant œuvré pour à la fois dénoncer les conditions d’accueil des enfants dans les crèches et les pouponnières et pour construire de la bien-traitance pour tous dans ces mêmes lieux.

Alors je souhaite à chacun de pouvoir naviguer dans cette simplexité et dans ces ET.
S’émerveiller chaque jour devant la simplicité apparente des sourires, des joies, des jeux, devant la créativité des enfants et des professionnels, et mettre en valeur la complexité de ce qui doit être mis en œuvre pour cela.

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PUBLIÉ LE 06 juillet 2023

MIS À JOUR LE 22 août 2023

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