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 Après un premier échec, Delphine a obtenu sa VAE d’éducatrice de jeunes enfants : « J’ai du accepter de me remettre en question »

Après une première carrière dans la banque, Delphine Schoepff s’est reconvertie dans la petite enfance. Son parcours, semé d’obstacles mais aussi d’apprentissages, l’a conduite à obtenir, grâce à la VAE, son diplôme d’éducatrice de jeunes enfants. Elle revient sur cette expérience.

Après près de vingt ans dans le secteur bancaire, Delphine Schoepff s’est reconvertie dans la petite enfance. « Un jour, pendant une réunion, j’ai réalisé que ça ne m’intéressait plus. Je ne me sentais plus concernée par les problèmes financiers des entreprises. », raconte celle qui a franchi le pas il y a maintenant dix ans. Depuis longtemps pourtant, l’idée de travailler auprès des enfants lui trotte dans la tête.

Elle se souvient de plusieurs remarques de professionnels rencontrés à la naissance de ses enfants. Alors qu’elle donne le bain à son fils pour la première fois à la maternité, l’auxiliaire de puériculture lui glisse : « On dirait une professionnelle. » Quelques années plus tard, c’est une une kinésithérapeute qui lui fait la même réflexion lors d’une séance de kiné respiratoire. En 2016, elle profite d’une restructuration dans son entreprise pour demander un congé de formation. À 44 ans, elle reprend ses études et obtient son diplôme d’auxiliaire de puériculture. « Les cours ne m’ont pas déstabilisée. En revanche, les stages ont été beaucoup plus difficiles, confie-t-elle. On me disait : « Qu’est-ce que tu fais là à ton âge ? » »

Une reconversion plus difficile qu’elle ne l’imaginait

Les premières années en crèche sont loin d’être simples. Delphine découvre le manque de personnel, le turnover, les tensions dans les équipes et des conditions de travail parfois très compliquées. « En formation, on nous vend du rêve. Or, la réalité est plus complexe, observe-t-elle. Pour moi, travailler dans la petite enfance est plus difficile que travailler dans le monde bancaire. Et, en plus, les salaires sont moins élevés. » Malgré les difficultés, elle s’accroche. Au fil de ses expériences, elle apprend son métier et trouve progressivement sa place, notamment dans un jardin d’enfants à Montrouge où elle restera près de quatre ans. « Ça me plaît vraiment. L’âge des enfants me correspond davantage. J’ai une directrice très présente dans l’accompagnement des professionnels. C’est là que j’ai vraiment appris mon métier. »

Entre-temps, elle réussit le concours de la fonction publique territoriale et devient titulaire. C’est aussi durant cette période que sa directrice l’encourage à entreprendre une VAE d’éducatrice de jeunes enfants (EJE). À 50 ans, Delphine se demande si c’est bien raisonnable, mais elle ressent l’envie d’aller plus loin dans son parcours professionnel.

Une première VAE qui se termine par un échec

Elle se lance dans la démarche en 2022. Delphine constitue son livret avec l’aide d’une accompagnatrice. Elle est confiante. Pourtant, lors de l’oral, le jury ne valide aucun domaine de compétences. « Ça m’a complètement déstabilisée, reconnaît-elle. Les remarques du jury sont difficiles à entendre. « Je me suis retrouvée confrontée à des questions qui ont bousculé mes certitudes sur le métier. À leurs yeux, j’étais encore davantage auxiliaire de puériculture qu’éducatrice de jeunes enfants. J’y suis peut-être allée avec un peu trop de confiance, en me disant que mon livret suffirait. » Sur le moment, Delphine comprend mal cette décision. Elle remet le jury en cause. « Mais avec le recul, je me dis que c’était peut-être moi qu’il fallait remettre en cause. », avoue-t-elle.

En disponibilité pour découvrir d’autres pratiques

Plutôt que d’abandonner, Delphine décide de suivre le conseil du jury : découvrir d’autres structures et d’autres pratiques. Elle prend une disponibilité de la fonction publique pendant un an et travaille d’abord en PMI. « Cela peut paraître étonnant, puisqu’il n’y a pas d’éducateurs de jeunes enfants en PMI. Mais c’était une façon de revenir à tout le développement de l’enfant. J’y ai aussi beaucoup travaillé le soutien à la parentalité. Toutes ces expériences et ces compétences, j’ai ensuite pu les retranscrire lors de mon deuxième oral de VAE. » Mais pour l’heure, elle n’y est pas encore.

Cette expérience renforce son envie d’évoluer. En effet, bien que la PMI soit très formatrice, elle ressent rapidement les limites du métier d’auxiliaire. « On s’occupe de l’enfant, mais on participe peu aux décisions. J’avais le sentiment d’avoir atteint un plafond de verre. » Delphine travaille ensuite dans une crèche associative, la VAE reste dans un coin de sa tête, mais elle a peur de se relancer. Jusqu’à ce jour où sa directrice lui propose de lire son livret. « Elle m’a tout de suite dit : « Votre écrit me semble très bon. Je ne comprends pas que vous n’ayez rien validé. Il y a quelque chose qui ne va pas à l’oral. » ». Sa remarque fait office de déclic. En vérifiant les dates, Delphine s’aperçoit que la clôture des inscriptions en Île-de-France est prévue en décembre 2024. « Nous étions fin novembre. Il était encore temps de tenter une deuxième fois. »

Se remettre en question pour réussir

Pour sa deuxième tentative, Delphine ne modifie quasiment rien à son dossier. Elle envoie le même livret, en revanche, elle retravaille entièrement sa préparation à l’oral, avec l’aide d’une nouvelle accompagnatrice en VAE. « Avec le recul, je réalise que ma présentation était beaucoup trop scolaire. Et surtout, je me cachais toujours derrière la directrice. Je disais : « J’ai vu avec la directrice. » On attendait que je parle en tant que professionnelle. » Surtout elle accepte de se remettre en question. « Ça prend du temps, mais c’est important ». Pour elle, l’échec fait aussi partie du parcours. Elle ne comprend d’ailleurs pas les candidats qui choisissent de faire un recours contre la décision du jury. Le 19 mars 2025, elle repasse devant le jury. Quelques jours plus tard, elle apprend qu’elle valide l’ensemble du diplôme. « J’étais super fière. C’était l’aboutissement de deux ans de travail. », glisse-t-elle.

Après la VAE, la réalité du terrain

Si la VAE lui a permis d’accéder au métier d’éducatrice de jeunes enfants, elle ne lui épargne pas les difficultés du terrain. Promue dans sa crèche, puis recrutée comme directrice d’un établissement privé, la jeune diplômée reconnaît avoir parfois brûlé les étapes. « Rétrospectivement, je pense que c’était trop tôt », avoue-t-elle. Après ces expériences, elle fait le choix de revenir sur le terrain. À partir de septembre, elle exercera comme éducatrice de jeunes enfants à la Ville de Paris. Malgré les difficultés qu’elle a rencontrées, Delphine reste convaincue d’avoir fait le bon choix il y a dix ans. « La VAE m’a aussi permis de beaucoup réfléchir. J’ai lu beaucoup de choses, ça m’a fait évoluer dans ma façon de voir le métier, conclut-elle. Oui, il y a des moments où je me dis que c’est fatigant. Parfois, je me dis aussi que je me suis bien compliqué la vie depuis dix ans. Mais finalement, je ne regrette pas. Pour l’instant, j’ai surtout envie de me poser comme éducatrice de jeunes enfants et d’acquérir de l’expérience sur le terrain.»

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 10 juillet 2026

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