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Copil de la mission qualité : une réunion mi-figue mi-raisin
Le Comité de pilotage de la mission qualité, avec 20 membres en présentiel et 29 en distanciel, s’est retrouvé le mardi 14 mai sous la houlette de l’Igas Nicole Bohic. Plus qu’une matinée de travail, ce fut une réunion de reprise de cette mission un temps interrompue au cours de laquelle chacun a pu s’exprimer et faire remonter ses points de vigilance. Débrief de ce qui s’y est dit et calendrier des travaux à venir.
Quiproquo autour d’une pièce jointe
L’ambiance fut quelque peu tendue en début de réunion. La faute à… un document que Nicole Bohic, le jugeant intéressant, avait joint à son mail invitant le Copil à se rencontrer le 14 mai. Que contenait-il ? « les éléments qui avaient été préalablement soumis aux discussions des différents groupes », indiquait clairement Nicole Bohic dans son mail. Mais certains ont cru qu’ils avaient à faire au document finalisé sur lequel ils allaient travailler lors de cette matinée. Un texte très loin d’être parfait (ce n’était qu’une base de travail) et qui a crispé certains membres du Copil. « Je m’étais dit qu’il était bien que tout le monde ait l’intégralité des éléments de départ », explique Nicole Bohic. Une fois le quiproquo levé, la réunion a pu finalement se dérouler sur un mode plus serein. Ouf !
Une réunion de reprise plus que de travail
Un mode plus serein en effet, mais il n’en demeure pas moins que plusieurs participants pensaient avoir été conviés pour travailler sur le tant attendu document de synthèse et sont donc un peu restés sur leur faim. Une impatience entendable puisque que les différents groupes se sont beaucoup investis et attendent maintenant d’avoir un retour sur leurs travaux. « Comme une réunion de reprise c’était bien, sauf que nous étions tous en attente du document, suite aux groupes de travail, pour pouvoir travailler », souligne Philippe Dupuy, directeur général de l’Acepp. « En fait, c’était juste une réunion de reprise, nous n’avons pas travaillé », abonde Matthieu Menguy de la Fneje. Mais pour le pilote de la mission, ce temps était important voire indispensable. « Je pense que c’était nécessaire de se réunir car chacun avait besoin de faire remonter, arrivé à ce stade du travail, ses points d’attention », affirme ainsi Nicole Bohic.
Les points essentiels soulevés par les membres du Copil
Parmi les points fondamentaux signalés lors de la rencontre, le fait que tous les modes d’accueil doivent être concernés. « C’est une préoccupation que nous avons, mais c’est vrai que les participants nous ont clairement dit qu’il ne fallait pas seulement que ce soit un principe énoncé, mais bien une réalité. D’ailleurs, un groupe de travail (professionnels et qualité organisationnelle) spécifique accueil individuel s’est créé », rappelle Nicole Bohic. A ce sujet, Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam, met en garde : « On part souvent des crèches, façon silo, pour ensuite faire des liens très vagues avec les assistantes maternelles, alors qu’il faut travailler dans la dentelle pour l’accueil individuel. Attention à ne pas hiérarchiser les modes d’accueil ! ». Et reconnaît dans un même temps : « Tout le monde a bien compris qu’il ne fallait oublier aucun mode d’accueil. »
Des participants ont aussi insisté sur la nécessité d’une « culture partagée de ce qu’est la qualité de l’accueil de la petite enfance », indique Nicole Bohic. « Le référentiel doit être pensé avec des éléments de connaissance et de pratique pensés pour l’ensemble des acteurs : les décideurs, les financeurs, les autorités organisatrices, les gestionnaires, les associations, les directions, les professionnels, le comité départemental des services aux familles… C’est très important. Il faut une culture partagée qui porte et donne les moyens à ceux qui sont près de l’enfant de pouvoir réellement être dans une qualité de relation », précise-t-elle.
Autre point mis en exergue : ne pas oublier la charte nationale de l’accueil du jeune enfant et ses dix principes sur laquelle il convient de prendre appui ainsi que sur les différents référentiels existants. « Nous avons été plusieurs à dire qu’il ne fallait pas forcément réinventer la roue et réécrire un nouveau cadre pour l’accueil du jeune enfant, mais potentiellement compléter, améliorer ce qu’avait fait Sylviane Giampino », indique Elsa Hervy, déléguée générale de la FFEC. Et Nicole Bohic de souligner : « En effet, nous ne partons pas de rien, nous en avions bien conscience, chaque groupe a ainsi travaillé en se référant au(x) principe(s) au(x)quel(s) il était rattaché. C’est d’ailleurs une des premières choses que j’ai vérifiée dans les travaux des groupes, que l’on ait bien abordé les principes de la charte. Mais c’était bien de le rappeler car cela m’a permis de repréciser ce point. »
Un référentiel « utile », « souple », « lisible »… Oui, mais pas « simple » ou « simpliste ». « Il a été soulevé le fait que la relation à l’enfant, aux parents, est complexe et qu’il ne faut donc pas aller vers quelque chose de réducteur. J’ai bien entendu le message de ne pas trop simplifier et j’en retiens que le premier jet de pré-référentiel que nous pourrons travailler pourra donc avoir un format un peu long », commente Nicole Bohic.
Le Copil a également souligné l’importance de « ne pas perdre de vue les conséquences structurelles des principes que l’on énonce. Pour l’accueil collectif, plusieurs groupes de travail, notamment celui sur le développement de l’enfant et celui sur les professionnels et la qualité organisationnelle, ont insisté sur l’impact de la taille des groupes d’enfants. Ce qui est ressorti des échanges, c’est qu’un groupe d’enfants de 6 à 8, (après il faut bien sûr adapter en fonction des âges), cela paraît optimal du moins plus favorable à la qualité. Et donc l’assemblée a réagi en disant qu’elle était d’accord mais qu’il ne fallait pas que ça soit déceptif pour les équipes sur le terrain qui dans la réalité travaillent dans des groupes de 20. Il convient donc d’être vigilant à ne pas présenter les choses comme impossibles, mais à ne pas non plus s’empêcher de préciser les éléments qualitatifs qui sont d’ailleurs reconnus internationalement », explique Nicole Bohic. Un point qu’Elsa Hervy avait mis en exergue : « J’ai insisté sur le fait qu’il ne fallait pas envoyer, dans toutes les crèches de France, un référentiel de la qualité parfaite dans un monde idéal afin de ne pas mettre les professionnels en échec, mais que l’on ait plutôt un référentiel de la qualité aujourd’hui et puis que potentiellement il y ait un deuxième document avec les objectifs d’amélioration de la qualité à moyen-long terme. »
Toujours dans les conséquences structurelles, mais cette fois du côté de l’accueil individuel, Nicole Bohic note : « Lorsque cela nécessite de travailler en équipe dans le sens d’analyser sa pratique, de se former, de travailler en partenariat, régulièrement, pour l’accueil individuel, il est fait au travail avec les Relais petite enfance ou encore avec la Pmi. Et il a été exprimé quelques limites ». Ainsi, Sandra Onyszko de l’Ufnafaam, souligne : « Nous comprenons difficilement dans le document qui a été produit, qui certes n’est pas le document finalisé, l’articulation des compétences entre les services de Pmi, les Rpe et les autorités organisatrices de demain. Et ensuite, nous remarquons que dans ce document, de nombreuses solutions en termes d’organisation sont renvoyées vers le Rpe. Or, le Rpe ne peut pas être compétent sur tout, et il faut rappeler que dans une majorité de communes, il n’y a pas de Rpe. » Rassurante, Nicole Bohic précise : « Il y a des réalités de terrain. Il faut donc l’avoir en tête, sans s’empêcher non plus de donner des pistes, ce sur quoi il faudrait tendre. Et c’est bien pour ça que ce référentiel s’adresse à tout le monde, des décideurs aux professionnels qui prennent soin de l’enfant. »
Référentiel qualité : les prochaines étapes
« Les participants ont souhaité pouvoir se réapproprier l’ensemble de la démarche et s’inscrire dans un suivi rapproché. C’est vraiment un Copil très engagé, se réjouit Nicole Bohic. Il nous a été demandé de bien retracer la comitologie, c’est-à-dire toute la composition des groupes de travail, afin de préciser les acteurs qui étaient dans tel ou tel groupe… » Comme convenu, les membres du Copil (tout comme les participants aux groupes de travail) vont recevoir sous peu une compilation de ce qui est ressorti des 7 groupes de travail, que Nicole Bohic est en train d’harmoniser en termes de présentation. Et début juin, la fameuse synthèse leur sera envoyée afin qu’ils puissent y réagir. « J’ai proposé au Copil de travailler par mail, mais il a insisté sur le fait que c’est important de se réunir, même si on mixe visio et présentiel. Il est donc possible qu’un nouveau Copil soit organisé assez rapidement, probablement avant l’été pour pouvoir réagir à la synthèse », ajoute Nicole Bohic. Car l’idée est toujours d’envoyer rapidement aux professionnels de terrain un « pré-référentiel afin que les équipes puissent s’organiser. Si on pouvait l’adresser la 2e quinzaine de juin, début juillet ce serait parfait, mais si ce n’est pas possible, il ne faudra pas forcer », rassure-t-elle. Juillet un timing qui paraît irréalisable pour nombre de membres du Copil comme Elsa Hervy, Philippe Dupuy (« la partie test est impossible à faire d’ici l’été ») ou encore Matthieu Menguy qui affirme : « En juillet, il y aura du personnel en vacances, et puis c’est une période où l’on prépare la rentrée. Quant à septembre, ce n’est clairement pas le bon moment, car nous serons focus sur les nouveaux arrivants. Nous avons proposé octobre, mais cela semble trop tard pour Madame Bohic. »
Concernant les expérimentations terrain en tant que telles, « il va falloir véritablement être très vigilant à ce que ce soit testé dans tous les modes d’accueil, estime Nicole Bohic. Avec les assistantes maternelles, c’est un travail qui sera du type des focus groupe, il faudra créer une dynamique pour pouvoir analyser les choses. J’essaierai de me rendre sur le terrain pour être présente et soutenante, pour rendre possible ce travail. Il y a aussi la question des salariés à domicile, il va falloir voir comment on peut les réunir… Tout cela est à bien réfléchir pour que ça ne soit pas seulement le secteur des crèches qui teste. »
Embrayer rapidement sur le socle commun de compétences
En parallèle, comme prévu, un travail va être conduit sur le socle commun de compétences. « Un certain nombre de personnes ont dit qu’il ne fallait pas trop tarder sur la formation, en partant sur ce document de synthèse, qui ne sera effectivement par parfait car pas encore testé sur le terrain, mais qui permettra de commencer tout de même à travailler », indique Nicole Bohic. La méthodologie sera identique à celle utilisée pour le référentiel. Un premier socle, à partir de la synthèse, sera rédigé avec un comité scientifique qui sera élargi. Il sera ensuite soumis à des groupes de travail, lesquels incluront des personnes du champ de la formation et il sera également testé. « Ce que j’espère, réagit Véronique Escames, cofondatrice du SNPPE, c’est qu’il y aura plus de professionnels de terrain, pas seulement dans les groupes miroirs, qui puissent exprimer leurs ressentis et parler des façons de faire qui existent déjà car dans la formation actuelle il n’y a pas que des mauvaises choses. » Sandra Onyszko pour sa part remarque : « Nicole Bohic nous a dit que pour la formation, il fallait être ambitieux. Je rappelle quand même que cela fait des années que l’on réclame l’augmentation du temps de la formation initiale qui est toujours à 120 h. » Quant à Matthieu Menguy, il se demande : « Mais pourquoi faut-il travailler hyper vite ? J’ai participé aux travaux de la réforme du DE d’EJE, ça a pris deux ans donc ça ne va pas changer du jour au lendemain et à côté de ça, la ministre dit qu’il faut sortir de la logique du diplôme. Il y a plein de choses qui m’inquiètent, je ne vois pas trop vers où on va. »
Encore de nombreuses interrogations
Au final, des membres du Copil très mobilisés sur cette mission, désireux maintenant de donner leur avis sur la synthèse afin d’aboutir au premier jet du référentiel. Toutefois certains relèvent un manque de clarté sur certains points. Philippe Dupuy se dit ainsi « un peu perdu concernant la méthodologie ». De même quelle forme prendra le référentiel ? Quand sera-t-il effectivement testé ? Quel est exactement le calendrier ? Des questions demeurent encore. « Je suis en attente de ce qui va ressortir, de l’organisation des futurs groupes de travail. Il y a une forte attente et un espoir qu’il y ait quelque chose de vraiment opérationnel qui en ressorte dont tout le monde puisse se saisir », exprime de son côté Véronique Escames. Bref, beaucoup d’attentes, de besoins de précisions de la part de tous qui, il faut le dire, saluent unanimement le courage de Nicole Bohic d’avoir repris cette mission, son engagement et sa volonté de bien faire.
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 20 mai 2024