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Crèches familiales : un groupe de soutien créé à Bordeaux

Un groupe de travail réunit, depuis près de deux ans, des directrices de crèches familiales du département de la Gironde. Un groupe de soutien et d’entraide créé à l’initiative Marie Pailhes-Holzach, elle-même directrice de crèche familiale, avec une ambition plus grande : alerter sur les difficultés des crèches familiales et sauver ce mode d’accueil que tous reconnaissent comme le plus qualitatif et équilibré.  

Depuis avril 2023, les directrices des crèches familiales de Bordeaux, sa métropole et bientôt plus largement du département de la Gironde, sont rassemblées au sein d‘un groupe de travail pragmatique et ambitieux qui apporte soutien et solutions aux directrices de crèches familiales. Infirmière-puéricultrice et directrice de crèche familiale, Marie Pailhes-Holzach est à l’initiative de ce nouvel élan, qui a remis en mouvement ces professionnelles isolées, pour tentent de relever un mode d’accueil en difficulté mais reconnu par tous pour ses qualités.  

Un Conseil Départemental investi pour les crèches familiales 

Il y a une dizaine d’années déjà, le Conseil Départemental de Gironde avait saisi l’importance de valoriser les crèches familiales. En 2011, Marie Pailhes-Holzach avait travaillé à ses côtés, afin de valoriser les atouts des crèches familiales auprès des professionnels, des élus, de la Caf, des parents. Les problématiques étaient déjà les mêmes qu’aujourd’hui, la crèche familiale était un mode d’accueil méconnu et confus dans les esprits. « Ce projet était le résultat des rencontres de directrices de crèches familiales qu’organisait le Conseil Départemental de Gironde presque tous les mois. L’idée était de pouvoir faire ressortir les atouts des crèches familiales, de mieux faire comprendre leur fonctionnement, qui était déjà très disparate à l’époque. Ces rencontres entre directrices avaient permis d’avancer, d’échanger, de se sentir moins isolées, de co-construire ensemble quelque chose de plus cohérent et de valoriser ce mode d’accueil », se souvient Marie Pailhes-Holzach.  

Des directrices isolées dans leurs problématiques

Quelques années plus tard, alors directrice de crèche familiale, Marie Pailhes-Holzach constate que ses collègues – également directrices de crèches familiales – sont trop souvent isolées et démunies. « Je recevais beaucoup de mails de mes collègues confrontées à un certain nombre de difficultés, qui demandaient souvent les mêmes choses : des éléments comparatifs en termes de salaires, se plaignaient d’avoir des problèmes de recrutement, des inquiétudes sur leur devenir… Au fil de ces échanges, il est apparu que des rencontres étaient nécessaires pour dresser un état des lieux, confronter et mettre en commun nos difficultés et surtout y apporter des solutions et des ressources ». Elle prend alors l’initiative de relancer un groupe de travail entre directrices de crèche familiales, qui se réunit désormais une journée entière, une fois par trimestre. Et selon l’ordre du jour, des instances peuvent être invitées à les rejoindre (PMI, formation). 

Des ressources et un soutien essentiel dans les difficultés

En lançant ce groupe de travail, les directrices de crèche familiale avaient trois objectifs. Dans un premier temps, avoir accès à des ressources immédiates pour être aidées concrètement au jour le jour, dans leurs difficultés de fonctionnement. A moyen terme, trouver du soutien dans leurs projets. Enfin, pouvoir alerter avec plus de poids le Conseil départemental sur la situation des crèches familiales et lui faire comprendre qu’elles ont besoin de leur soutien. Ce 3e point sera finalement rapidement résolu :  au même moment, le Conseil Départemental de Gironde a mis en place une nouvelle organisation : la PMI a été scindée en deux avec une branche dédiée aux modes d’accueil et une autre dédiée à la santé de l’enfant. Les référentes « Modes d’accueil » ont donc enfin pu travailler réellement aux côtés des lieux d’accueil dont les crèches familiales, avec une plus grande disponibilité et une meilleure connaissance du secteur. « Cette nouvelle équipe étant constituée de puéricultrices et d’éducatrices qui pour certaines arrivaient de crèche familiale et connaissaient bien notre mode d’accueil, les difficultés et les atouts des crèches familiales étaient donc bien identifiées ce qui a facilité le partenariat », reconnait Marie Pailhes-Holzach. 

La crèche familiale au même niveau que les autres modes d’accueil 

Si les directrices de crèche familiale travaillent maintenant dans un partenariat équilibré avec la PMI, ce n’a pas toujours été le cas et le groupe de travail a permis de renouer le dialogue et de rééquilibrer les modes d’accueil sur le territoire. « Lorsque sont apparus les RPE dans le champ de la petite enfance, les crèches familiales sont restées dans leur discrétion routinière. L’émergence des relais étant parfois crainte ou perçue sous une forme de rivalité à tort, reconnait Marie Pailhes-Holzach. Il faut garder à l’esprit qu’une crèche familiale et un RPE n’ont pas du tout les mêmes missions, même s’il y a pu avoir des confusions. La collaboration avec la PMI a toujours été précieuse même si les profils adressés n’étaient pas toujours en adéquation avec nos attentes : on ne  nous envoyait que les assistantes maternelles en grande difficultés, et le reflexe a été peu à peu d’orienter systématiquement les ass’mat’ nouvellement agréées vers le RPE… Aujourd’hui, ce discours a changé. Les référentes de la PMI ont bien compris qu’il y avait de la place pour tout le monde. Qu’il y avait des profils d’assistante maternelle autonome, des profils RPE ou et des profils pour les crèches familiales, et lesquels elles pouvaient nous adresser », insiste Marie Pailhes-Holzach, qui dit militer aujourd’hui pour que la crèche familiale soit considérée et proposée « au même niveau que les autres structures » dès la formation et l’agrément des assistantes maternelles. 

Soutenir les effectifs et renforcer la visibilité des crèches familiales 

Aujourd’hui, les directrices de crèches familiales, réunies dans ce groupe de travail, ont deux inquiétudes : soutenir les effectifs des crèches familiales et renforcer leur identification. « Partout les effectifs baissent, note Marie Pailhes-Holzach. Sur le territoire nous avons des crèches familiales assez anciennes. Par exemple, la crèche où j’exerce a pu accueillir jusqu’à 120 assistantes maternelles n’en accueille plus que 20. Les plus grandes au sein de notre groupe en comptent 25. Et nous réalisons qu’aujourd’hui, les parents ne comprennent toujours pas qui nous sommes ! Il y a peut-être déjà un problème de dénomination… Les crèches familiales ne sont toujours pas identifiées par les politiques, les parents et les assistantes maternelles, ou bien avec des préjugés. Elles restent à part, hybrides certes, mais pas reconnues. Le travail qu’il reste à faire est de travailler sur ces préjugés ». 

Le groupe de travail a donc pris le taureau par les cornes, se rapprochant des équipes de France Travail, des forums des métiers pour faire connaitre le modèle des crèches familiales et le métier d’assistante maternelle. Elles ont également édité des plaquettes de communication pour faire connaitre la crèche familiale aux professionnels qui pourraient être intéressés et organisé des sessions de formation pour rester bien informées sur les règlementations, les statuts et les évolutions au niveau national. 

Soutenir les expérimentations et les projets

Le groupe apporte également son soutien aux différents projets des crèches familiales, aide à trouver des solutions. Deux projets émergents, inspirés des expérimentations des nids maternels, sont d’ailleurs en train d’être mis en place, portés par deux membres du groupe. Ces lieux proposeraient des accueils d’assistantes maternelles à la journée. « Nous sommes toutes partantes dans le groupe de travail pour expérimenter cette solution à plus ou moins long terme, affirme Marie Pailhes-Holzach. Nous travaillons pour cela avec les référentes Modes d’accueil de la PMI et espérons, avec le soutien du Conseil Départemental, des évolutions nécessaires pour les crèches familiales qui doivent se mobiliser et évoluer ». Les projets d’expérimentation de Mam SAF sur le territoire ont en revanche été arrêtés par les exigences de la PMI. 

Asseoir la nécessité des crèches familiales dans le Service public de la petite enfance  

S’il ne porte pas encore de nom, le groupe de travail a permis à ces professionnelles investies de rompre l’isolement, de se mettre ne mouvement et de faire bouger les lignes pour les crèches familiales sur leur territoire. « Nous sommes en train de rattraper un retard qui n’a pas lieu d’être ! Comment se fait-il que ce mode d’accueil plébiscité soit si méconnu ? Je pense que nous n’avons pas su renforcer notre identité et nos différences à l’arrivée des RPE », se questionne encore Marie Pailhes-Holzach. Aujourd’hui, de plus en plus de directrices les rejoignent, elles sont maintenant une quinzaine. Toutes espèrent le voir se développer pour petit à petit étendre leur action, pourquoi pas au niveau national. 

Mais quid du Collectif National des Assistantes Maternelles en Crèche Familiale (CNAMCF) qui s’investit déjà depuis plus de deux ans pour les crèches familiales et le statut des assistantes maternelles ? Si le contact a bien sûr été pris, Mairie Pailhes-Holzach regrette que le CNAMCF n’ait pas une vision plus large des problématiques : « Le collectif a une vision centrée sur le statut des ass’mat’. Un point très important à porter vers un statut unique de l’assistante maternelle de la crèche familiale. Mais je pense qu’il faut qu’on ait une vision plus large que cela pour le moment sur la crèche familiale, pour en priorité bien asseoir la nécessité et les atouts de ce mode d’accueil au sein du Service public de la petite enfance. Et dans un second temps, travailler sur le statut des assistantes maternelles ». 

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 28 février 2025

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2 réponses à “Crèches familiales : un groupe de soutien créé à Bordeaux”

  1. Bouquet Annick dit :

    Je souhaitais juste souligner que le groupe de travail avec le collectif national des assistants maternels de la crèche familiale et d’autres acteurs (crèches familiales associatives, élus petite enfance et directeurs de communes et inter communalités….) qui oeuvrent depuis plusieurs mois à travailler non seulement sur les statuts mais aussi sur différents thèmes comme le financement, les projets innovants…. Nous serions ravis de partager nos travaux pour s’enrichir des uns des autres avec comme seule finalité sauver la crèche familiale.

  2. Caro Geneviève dit :

    Bonjour j ai dirigé pendant 10 ans une crèche familiale municipale,,soit gérée par la mairie, pas d echange d argent entre parents et assistante maternelle, les 1e payant la crèche en fonction de leur revenu, les seconds rémunérés par la mairie
    Deux puéricultrices et 4 éducatrices , j en suis partie quand le maire a fait un changement. Je suis retournée en service de pédiatrie et prendre ma retraite

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