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Crèches : « Il faut des places, mais pas à n’importe quel prix », défend Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance

Lors de l’ouverture de la Rentrée de la petite enfance, la Haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, nommée en mars 2025, a rappelé ses priorités pour la mise en œuvre du Service public de la petite enfance (SPPE). Pragmatique, elle fixe un cadre clair, mais reconnaît que le dispositif « patine ».

Le décret relatif à la répartition des 86 millions d’euros prévus pour accompagner financièrement les communes dans leur rôle d’autorité organisatrice a été publié en juillet dernier. Un point central dans le déploiement du SPPE, officiellement amorcé le 1ᵉʳ janvier 2025. Pour autant, la Haute-commissaire admet que sa mise en œuvre peine à se mettre en place.

Un dispositif ralenti par le calendrier électoral

« On ne va pas se mentir, aujourd’hui, on patine », déclare Sarah El Haïry. Non pas par manque de volonté des communes, mais parce que le calendrier électoral retarde le lancement des délégations de service public et des appels à projets ». Pour elle, d’ici aux élections municipales de mars 2026, peu d’initiatives concrètes devraient voir le jour.

Pour préparer le terrain, elle annonce un « tour de France du SPPE » qui débutera après l’installation des nouvelles équipes municipales, soit en mars 2026. « Mon objectif est d’aller à la rencontre des équipes municipales fraîchement élues ou réinvesties, pour placer au cœur de leur mission et de leur projet le service public de la petite enfance », explique-t-elle. Et d’ajouter : « Avec mes équipes, nous commençons déjà à mobiliser la presse spécialisée destinée aux élus afin de rappeler l’importance de bâtir un véritable SPPE, accueillant pour les familles et répondant à leurs besoins. »

Place en crèches : Préserver et réactiver l’existant

Plutôt que de se focaliser sur l’ouverture de nouvelles places d’accueil, Sarah El Haïry insiste sur la nécessité de réactiver des places déjà existantes, aujourd’hui gelées pour des raisons économiques ou organisationnelles. « Mon obsession n’est pas de créer des lieux pour créer des lieux, mais de préserver et d’optimiser ce que nous avons déjà », souligne-t-elle.

La Haute-commissaire appelle également à sensibiliser les collectivités qui lancent des DSP et appels à projets : « Les nouvelles obligations en matière de qualité, de taux d’encadrement et de réponse aux besoins des familles ne peuvent pas être ignorées. » Un soutien particulier doit être apporté aux petites communes et intercommunalités, souvent démunies, qui doivent, selon elle, « pouvoir s’appuyer sur des solutions variées : accueil individuel, maisons d’assistants maternels (Mam), projets familiaux ».

La qualité d’accueil au cœur des priorités

Au-delà du nombre de places, la Haute-commissaire rappelle que la qualité d’accueil demeure l’axe central du SPPE. « Il faut des places, mais pas à n’importe quel prix, ni n’importe comment, insiste-t-elle. Cette qualité reste ma priorité et elle a un coût, puisqu’elle passe aussi par la formation des hommes et des femmes et par leur parcours. »  Interrogée sur la place de la petite enfance dans ses missions avec le haut-commissariat à l’Enfance, elle estime que « les enjeux du haut commissariat sont un peu comme la vie de parents », et que, de fait « la petite enfance en est la pierre angulaire ».

Concernant le rapport IGAS sur l’accueil individuel qu’elle avait elle-même commandé, Sarah El Haïry a rappelé que l’accueil individuel est « une richesse de notre modèle français », soulignant ensuite l’importance du libre choix des parents dans le choix du mode d’accueil. La Haute-commissaire a jugé plusieurs mesures du rapport positives. Elle insiste insiste sur la nécessité de faciliter l’accès au métier. Cela passe, selon elle, par une meilleure communication au niveau local et surtout par la simplification des parcours d’agrément. La partie sur la rémunération est également pour elle le « nerf de la guerre ». « Il faut améliorer les conditions de rémunération et la prise en charge des frais pour rendre la profession plus attractive. Nous devons aussi mieux prendre en compte la question des impayés », souligne-t-elle. Sarah El Haïry a cité deux autres recommandations qui ont retenu son attention : « la 13 sur la gouvernance nationale qui a vocation à être clarifiée » et la 22 sur le soutien aux crèches familiales. « Un modèle intéressant qui répond aux besoins de certains territoires. » Enfin, La haute commissaire reconnaît que certaines mesures du rapport la laissent dubitative, mais ajoute qu’elle réserve la primeur deses observations aux inspecteurs de l’IGAS…

Vers un ministère de l’Enfance ?

Quant à un Ministère de l’Enfance dans le prochain gouvernement, Sarah El Haïry explique que ce serait « une belle opportunité si ce n’est pas un effet d’affichage. Mais est-ce vraiment possible aujourd’hui ? interroge-t-elle. C’est une énorme organisation qui demande des administrations pleines et entières. L’avenir dépend de l’intelligence et de l’autonomie des parlementaires… »

Candice Satara et Laurence Yème

PUBLIÉ LE 17 septembre 2025

MIS À JOUR LE 18 septembre 2025

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