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Dérèglement climatique : quelles solutions et quelles aides pour adapter les lieux d’accueil ?

Protéger les bâtiments du soleil, réorganiser l’accueil et… financer les transformations : après la canicule de l’été 2026, l’adaptation aux fortes chaleurs se prépare dès aujourd’hui. Lors des Rencontres nationales Écologie et Petite Enfance, organisées le 14 octobre 2026 à Paris par Label Vie et Les Pros de la Petite Enfance, les intervenantes ont partagé leurs expériences de terrain et les solutions pour adapter les lieux d’accueil aux fortes chaleurs. La CNAF a également présenté les aides pour accompagner ces transformations.

Quelles sont les meilleures solutions pour s’adapter au changement climatique et préserver les conditions d’accueil des enfants comme les conditions de travail des professionnels ? Pour en discuter, la table ronde a réuni Delphine Bonvalet, conseillère politiques familiales et sociales à la CNAF, Laure Le Bihan, directrice de la crèche familiale Septimousses, à Lyon, Lucie Le Foch, cheffe de projet Adaptation Bâti Confort à l’ADEME, Mélanie Urvoy, directrice de la crèche semi-plein air Rigolo Comme la Vie à Châteaubourg et Solène Roisin, chargée de mission auprès du directeur de la Direction des familles et de la petite enfance de la Ville de Paris (DFPE). La rencontre s’est notamment appuyée sur les constats de l’enquête de la CNAF sur les canicules de 2026, présentés par Delphine Bonvalet.

De Lyon à Paris, des réponses différentes aux fortes chaleurs

À la crèche familiale Septimousses, en plein centre de Lyon, l’accueil collectif a été maintenu cet été sans fermeture ni réduction d’horaires. Pourtant, la structure occupe un bâtiment du XIXᵉ siècle et ne dispose pas de climatisation. À Châteaubourg, la crèche semi-plein air Rigolo Comme la Vie bénéficie, à l’inverse, d’un bâtiment récent et climatisé. « Nous avons été privilégiés, avoue Mélanie Urvoy, sa directrice. Nous avons presque accueilli plus d’enfants que d’habitude, parce que les familles savaient que nous étions climatisés. »

Quant à Paris, une dizaine de crèches ont fermé totalement et, lors de la dernière semaine de juin, entre 150 et 200 établissements ont dû adapter leurs horaires ou le fonctionnement de leurs sections, selon Solène Roisin. « Le réseau a tenu grâce à une très forte mobilisation et à un engagement conséquent des professionnels. Mais les conditions n’étaient pas satisfaisantes ».

À Septimousses, des brise-soleil et une aération nocturne pour limiter la chaleur

Laure Le Bihan, directrice de la crèche familiale indique avoir fait installer dès 2024 des brise-soleil orientables extérieurs sur une façade très exposée. Une dépense prise en charge par la municipalité. « Elles sont très efficaces. On peut les orienter électriquement pour conserver de la lumière. Cet été, la partie du bâtiment concernée était presque devenue l’endroit le plus frais l’après-midi », témoigne-t-elle.  Elle explique également que la partie haute de certaines fenêtres a pu rester entrouverte de manière sécurisée pendant la nuit, les locaux étant situés au premier étage. Ces aménagements ont été complétés des rideaux intérieurs épais avec des propriétés thermiques, fermés avant l’arrivée des premiers rayons. L’équipe a aussi utilisé des brasseurs d’air de plafond, complétés par des ventilateurs sur pied lors des après-midi les plus chauds. « On a reçu les nouvelles familles au mois de juin. Elles nous ont demandé si on n’avait pas la climatisation. Elles nous disaient : “On respire, on est mieux que chez nous”, alors que nous étions plusieurs personnes dans la pièce », raconte Laure Le Bihan.

Des équipements efficaces à condition de savoir les utiliser

Lors du premier épisode de chaleur, l’équipe de la crèche de Châteaubourg a beaucoup utilisé la climatisation et privilégié l’intérieur. Les enfants, habitués à passer plusieurs heures dehors, supportaient mal ce changement. Lors de l’épisode suivant, Mélanie Urvoy a sollicité l’installateur : « J’ai fait intervenir la personne qui avait installé la clim pour nous expliquer les bonnes pratiques. » L’équipe a ensuite ciblé les périodes d’utilisation pour rafraîchir les espaces avant le retour des enfants et les chambres avant la sieste. « Elle était éteinte la plupart du temps sur les autres moments », précise la directrice. Par ailleurs, à Châteaubourg, le jardin végétalisé offre des espaces plus agréables pour les temps dehors et le préau protège les vitres du soleil direct et limite ainsi l’échauffement des locaux. La directrice indique que les repas dehors ont été interrompus deux fois lors des journées les plus chaudes.

Lire aussi : Rafraichir les crèches : comment bien utiliser la climatisation ?

Paris : anticiper les fermetures et adapter le fonctionnement des crèches

« Beaucoup de bâtiments peuvent tenir vingt-quatre heures en vigilance rouge canicule, mais pas soixante-douze, ni une semaine en rouge », alerte Solène Roisin. La collectivité cherche donc à identifier les établissements les plus vulnérables et à préparer l’accueil des enfants et des professionnels dans d’autres structures. La Ville prévoit notamment de poursuivre le développement des crèches Oasis et d’installer des brasseurs d’air lorsque les locaux le permettent.

« Nous n’avons pas toutes les capacités nécessaires et les entreprises non plus. Il faut aussi intervenir dans les écoles, les EHPAD, les établissements de l’aide sociale à l’enfance et les hôpitaux. Nos services techniques ne peuvent pas tout faire simultanément », précise la chargée de mission. En parallèle, la Ville examine les pratiques qui contribuent à chauffer les locaux, notamment en cuisine et en buanderie.« Nous essayons d’identifier tout ce qui produit de la chaleur. La question à se poser est : si le bâtiment est le même l’année prochaine, qu’est-ce que nous avons pu changer pour que les journées soient mieux vécues ? », résume Solène Roisin.

Protéger du soleil et évacuer la chaleur : des actions à combiner

Lucie Le Foch, cheffe de projet Adapt Bâti Confort à l’ADEME, a présenté le programme qui accompagne 50 établissements du sud de la France : EHPAD, logements, bureaux, crèches et écoles. L’objectif est d’élaborer des plans d’action et de mesurer leurs effets, en comparant les températures avant et après les travaux, mais aussi en recueillant le ressenti des usagers. Une dimension essentielle, souligne-t-elle : « La température, c’est un paramètre, et ça ne suffit pas à caractériser le confort. »

Parmi les équipements nécessaires, elle met en avant les brasseurs d’air de plafond, dont le fonctionnement diffère de celui des ventilateurs sur pied. En créant un mouvement d’air, ils peuvent améliorer le confort sans faire baisser la température de la pièce. Lucie Le Foch évoque un gain de deux à trois degrés sur la température ressentie. Une solution qu’elle qualifie d’« achat sans regret ». Autre priorité : repérer et protéger tous les vitrages exposés au soleil. « Un mètre carré de vitrage exposé représente, selon le repère que je donne, environ 500 watts, l’équivalent d’un petit radiateur. », explique-t-elle.

Volets, brise-soleil ou voiles d’ombrage permettent d’intercepter le rayonnement avant qu’il ne pénètre dans les locaux. Les protections extérieures sont à privilégier : avec un rideau intérieur, le soleil a déjà traversé la vitre. L’équipement doit aussi être utilisé au bon moment, en suivant l’exposition des façades : fermer avant l’arrivée du soleil, puis rouvrir lorsque la fenêtre revient à l’ombre. « Il faut bien utiliser les protections existantes. Une fenêtre orientée à l’est doit être protégée dès le matin, avant que le soleil ne frappe. Lorsque la façade revient à l’ombre, on peut rouvrir. Le but, ce n’est pas de rester toute la journée dans le noir, c’est vraiment d’empêcher le soleil de rentrer au moment où il tape. »

Évacuer la chaleur accumulée pendant la journée

Protéger ne suffit toutefois pas : il faut aussi permettre au bâtiment de se décharger de la chaleur accumulée. « Ventiler la nuit et toute la nuit, c’est hyper important », insiste Lucie Le Foch. Lorsque l’air extérieur devient plus frais, l’ouverture des fenêtres peut favoriser ce rafraîchissement. « Ces ajustements supposent de vérifier les équipements existants et de définir une organisation : quelles ouvertures utiliser, qui les actionne et à quel moment ? Parfois, un obstacle très simple bloque une possibilité prévue dans le bâtiment », insiste Lucie Le Foch qui évoque le cas d’une école équipée de fenêtres de toit, mais qui ne disposait plus de la perche nécessaire pour les ouvrir. Elle rappelle enfin que la climatisation n’est pas la panacée. « Un bâtiment très vitré peut rester inconfortable malgré le refroidissement de l’air, lorsque le rayonnement solaire continue de chauffer les personnes et les parois. Protéger du soleil, ventiler et brasser l’air permet aussi de limiter les besoins de climatisation. »

Pour les crèches, des financements renforcés

Comment financer les changements ? Delphine Bonvalet rappelle la mobilisation de la branche Famille : « Les travaux, l’isolation, le rafraîchissement, cela fait vraiment partie de nos objectifs prioritaires. Nous voulons permettre aux crèches de rester ouvertes et aux professionnels de travailler dans de bonnes conditions, sans malaise et sans devoir s’arrêter. »

Pour aider les gestionnaires à identifier les actions à engager, Delphine Bonvalet rappelle qu’une boîte à outils est diffusée depuis septembre 2025 aux structures financées par les CAF, dont les crèches, les relais petite enfance et les centres sociaux. Elle associe des autodiagnostics sur le bâtiment, l’eau, l’énergie ou la mobilité, des fiches sur les notions clés de la transition écologique et des exemples d’actions. Les résultats permettent de visualiser les marges de progrès. Après les canicules de l’été, ces documents ont été réexaminées : « Vous pouvez même vous en saisir pour travailler spécifiquement sur la question du confort thermique », souligne-t-elle, notamment à travers les questions portant sur le bâtiment et le contact avec la nature.

Les aides à l’investissement : PIAJE ET FME

Deux dispositifs doivent être distingués. Le Plan d’investissement pour l’accueil du jeune enfant (PIAJE) accompagne notamment les projets de création ou d’extension. Le Fonds de modernisation des établissements (FME) soutient la rénovation des structures existantes. Pour les EAJE financés par la PSU, la majoration « développement durable » du PIAJE est passée de 3 500 à 7 000 euros par place. Elle concerne les projets bénéficiant de la majoration « gros œuvre » et obtenant, à l’issue des travaux, un label ou une certification figurant sur la liste reconnue par la CNAF.

Dans le cadre du FME, le plafond de base reste fixé à 4 800 euros par place pour les EAJE PSU. « Le label intervient pour la majoration, pas pour l’accès général au financement de base. », précise Delphine Bonvalet. En revanche, le plafond majoré, porté de 6 800 à 8 000 euros par place, concerne les projets comportant des travaux de gros œuvre permettant l’obtention d’un label ou certificat reconnu par la CNAF. Ces revalorisations du PIAJE et du FME s’appliquent aux décisions de financement prises à compter du 1ᵉʳ janvier 2026.

Les microcrèches PAJE peuvent également bénéficier d’aides, sous des conditions spécifiques. « Toutes les crèches qui le demandent ne sont pas forcément éligibles », précise la conseillère politiques familiales et sociales à la CNAF, qui évoque notamment le taux de couverture du territoire. Selon elle, les microcrèches PAJE ayant déjà bénéficié des aides à l’investissement pourront également solliciter un financement pour s’équiper en dispositifs de rafraîchissement thermique, avec une prise en charge pouvant atteindre 50 %, sous réserve des conditions d’éligibilité.

Delphine Bonvalet annonce également la levée des délais habituels entre deux financements – dix ans pour le PIAJE et cinq ans pour le FME – pour les projets de rénovation thermique. Elle conseille aux gestionnaires de contacter leur CAF pour identifier le dispositif adapté à leur projet.

La délicate question du versement des aides

Quid des délais de versement des aides ? Concrètement, la demande de financement est présentée à la CAF sur la base d’un devis, puis les fonds sont versés sur présentation des factures. Le gestionnaire doit donc avancer les dépenses. Pour des travaux qui s’étalent sur plusieurs mois, Delphine Bonvalet précise que les versements peuvent intervenir progressivement : « Vous pouvez être financés à mesure que vous apportez les factures. »

Mais encore faut-il disposer de la trésorerie nécessaire. Laure Le Bihan témoigne aussi du décalage entre l’accord de financement et le versement effectif. Pour des travaux concernant l’éclairage de sa structure, elle explique avoir obtenu une validation et transmis les pièces demandées, mais être toujours dans l’attente des fonds au moment de la rencontre. Une difficulté pour cette petite association, qui doit continuer à assurer ses dépenses courantes. « Le montage de ces dossiers s’ajoute à toutes nos autres responsabilités dans la gestion de la crèche, insiste-t-elle. On ne fait pas que ça. »

Des aides pour les assistantes maternelles et les MAM

L’accueil individuel est également concerné. La prime d’installation des assistantes maternelles passe de 1 200 à 1 400 euros pour les décisions prises à compter du 1ᵉʳ octobre 2026. L’aide au démarrage des MAM passe de 6 000 à 7 000 euros pour les maisons créées à compter de cette même date. Cette dernière n’est pas cumulable avec l’aide à l’investissement pour un même bénéficiaire.

Pour les MAM, le plafond majoré du FME atteint 1 700 euros par place, contre 1 000 euros pour le socle, avec une prise en charge maximale de 80 % des dépenses éligibles. Delphine Bonvalet rappelle aussi la création d’une prime d’équipement permettant aux assistantes maternelles de renouveler leur matériel et d’acquérir des dispositifs de rafraîchissement. Elle évoque une demande individuelle auprès de la CAF et une périodicité de dix ans. Les modalités restaient en cours de formalisation : « Il y a un formulaire qui va être créé. La circulaire est en cours de rédaction. »

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 29 octobre 2026

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