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« Il faut renforcer l’importance du contact avec la nature dans la formation initiale des pros de la petite enfance », alerte la députée Florence Hérouin-Léautey

La proposition de loi « visant à reconnaître l’éducation au-dehors et en contact avec la nature et à réaffirmer la place de la transition écologique à l’école » a été déposée le 24 juin par les députés Graziella Melchior (Ensemble pour la République), Jérémie Iordanoff (Écologiste et Social) et Florence Hérouin-Léautey (Socialiste). Le texte prévoit aussi de nouvelles missions pour les structures d’accueil du jeune enfant. Le point avec Florence Hérouin-Léautey.

Les Pros de la petite enfance : Aviez-vous dès le départ l’intention d’inclure la petite enfance dans cette proposition de loi ? 

Florence Hérouin-Léautey : Au départ, la proposition de loi ne portait que sur l’école. Quand j’ai rencontré Graziella Melchior, j’ai tout de suite voulu élargir à la petite enfance, au périscolaire et à l’extrascolaire, parce qu’il faut que l’on ait un continuum éducatif et que les bonnes initiatives se retrouvent dans tous les temps de l’enfant. Nous devons intervenir sur ce sujet du contact avec la nature, qui est source de multiples bienfaits, et ce dès la prime enfance. Les trois premières années de vie laissent des marqueurs indélébiles chez les enfants, notamment dans leur développement. Intégrer la petite enfance, c’est aussi l’occasion de réinterroger un certain nombre de dérives que l’on a pu constater : vouloir faire évoluer les enfants dans des environnements stériles, aseptisés, où le moindre risque est exclu, ce qui est totalement contradictoire avec leurs véritables besoins.

Il me semble que les professionnels de la petite enfance ne sont pas encore suffisamment sensibilisés aux bienfaits du contact avec la nature. Ce sujet est un peu sorti des radars. Je l’ai constaté personnellement à Rouen, où nous avons engagé des démarches de renaturation : des espaces extérieurs de crèches, des cours d’école… Nous avons même porté l’idée d’une crèche de plein air dans un projet à venir.

Cela nous a permis de prendre conscience des vraies difficultés sur le terrain : avec des tout-petits, pas encore autonomes, il faut du temps pour les habiller, les chausser, les déshabiller… Ce sont des temps de vie incompressibles. Mais il existe des astuces, des façons de faire, que certaines équipes ont déjà expérimentées. Et puis, il ne faut pas oublier que les bénéfices ne concernent pas seulement les enfants. Si un enfant est mieux dehors, les adultes le sont aussi.

Cela concerne aussi les assistantes maternelles, qu’il faut légitimer dans leurs pratiques. Quand on les voit promener plusieurs enfants dans leur grande poussette, elles peuvent parfois être confrontées à des réticences de la part de certains parents, inquiets ou peu informés. Il est important de reconnaître que ces sorties sont bénéfiques et nécessaires pour les enfants, et de rassurer les familles sur leur bien-fondé.

Vous insistez sur la formation des professionnels…

Nous souhaitons qu’un module de sensibilisation aux bienfaits des activités en contact avec la nature soit impérativement intégré à la formation initiale des professionnels. Le problème, du côté des assistantes maternelles, c’est que ces dernières années, plusieurs ajustements ont été faits sur leur formation… mais à volume horaire constant. Et ça, ce n’est plus envisageable. Il faut que le nombre d’heures de formation augmente. Cela nécessitera sans doute un échange avec la ministre. Quand on ajoute de nouveaux modules de sensibilisation, le volume horaire de la formation doit évoluer, sinon, on dégrade la qualité.

Lire aussi : Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam : « La formation initiale des assistantes maternelles est insuffisante, on manque d’ambition pour cette profession »

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous entrons dans une phase déterminante. Pour que la proposition de loi puisse être examinée lors d’une « semaine transpartisane », nous devons respecter des critères précis : équilibre entre les groupes politiques, seuil de signataires, etc. L’objectif, maintenant, est de recueillir un nombre significatif de signatures de parlementaires pour soutenir la proposition de loi. Nous allons directement solliciter les élus, tout en mobilisant la société civile : chacun sera invité à écrire à son député pour l’inciter à signer ce texte. Environ 150 parlementaires ont déjà été contactés, et une vingtaine, provenant de tous les horizons politiques, se sont dits prêts à soutenir l’initiative. Le calendrier est serré : l’idée est que le texte puisse être examiné d’ici la fin de l’année ou tout début de l’année prochaine, une fois l’exercice budgétaire passé.

L'article 2 de la proposition de loi qui précise les dispositions pour les lieux d'accueil

Le code de l’action sociale et des familles est ainsi modifié :

1° Le chapitre IV du titre Ier du livre II est ainsi modifié :

a) Après le 6° du II de l’article L. 214‑1‑1, il est inséré un 7° ainsi rédigé :

« 7° Contribuent à l’éveil à la nature et à la biodiversité par la mise en place d’activités en extérieur et en contact avec la nature. » ;

b) Le I de l’article L. 214‑1‑3 est complété par un 5° ainsi rédigé :

« 5° Prévoir la formation des personnes assurant l’accueil du jeune enfant aux bienfaits pour celui‑ci des activités pratiquées en contact avec la nature. » ;

c) Le II de l’article L. 214‑7 est complété par un alinéa ainsi rédigé :

« Le projet d’établissement détermine les conditions d’organisation des sorties et activités en contact avec la nature prévues au II de l’article L. 214‑1‑1. » ;

2° Après le premier alinéa de l’article L. 421‑14, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Cette formation comprend notamment un module de sensibilisation aux bienfaits pour les enfants des activités en contact avec la nature. »

Voir la proposition de loi dans son intégralité

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 02 juillet 2025

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