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Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam : « La formation initiale des assistantes maternelles est insuffisante, on manque d’ambition pour cette profession »

Dans un communiqué publié ce 10 avril, l’Ufnafaam déplore le peu de moyens et d’ambition accordés à la professionnalisation des assistantes maternelles. Alors que la formation et le diplôme d’assistant familial viennent d’être renforcés, dans cet entretien, Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam, demande que la formation initiale des assistantes maternelles soit enrichie, et que la profession soit plus soutenue afin de gagner en attractivité.

Les Pros de la Petite Enfance : Un décret vient de renforcer enfin la formation et le diplôme d’assistant familial. Où en est-on et qu’espérez-vous pour les assistantes maternelles ? 

Sandra Onyszko : En octobre 2023, la ministre Aurore Bergé avait fait des annonces pour l’accueil individuel et promis une augmentation de la formation initiale à 180 heures au lieu de 120h actuellement, mais cela n’a toujours pas été mis en place, ni même amorcé. Aujourd’hui, les assistants familiaux ont une formation beaucoup plus riche en termes de nombre d’heures. Pour les assistantes maternelles, il n’y a rien de neuf depuis 2005 ! 

Pour autant, on ne cesse d’entendre qu’il faudrait que les assistantes maternelles soient formées sur la question des écrans, du syndrome du bébé secoué etc. On va également avoir un socle de connaissances commun pour tous les professionnels avec le nouveau référentiel qualité. Mais avec aussi peu d’heures de formation initiale, on n’arrivera pas à intégrer ces nouvelles connaissances. C’est bien d’être exigeant et tant mieux pour la profession, mais il faut des moyens ! Si l’on n’augmente pas le nombre d’heures dans la formation initiale ce n’est pas possible : on ne peut toucher toute une profession si on ne reste que sur la formation continue qui reste facultative. Or, aujourd’hui on tente de nous rassurer en nous disant « Votre formation initiale est moindre ? Ne vous inquiétez pas vous irez vous former le samedi en formation continue ! ». Qui depuis 2 ans vit des troubles majeurs…

Je pense qu’on devrait directement s’aligner sur les assistants familiaux en rehaussant le niveau de diplôme et de compétences pour aller jusqu’à la possibilité de passer la totalité du CAP AEPE, dont les assistantes maternelles passent déjà les deux premières unités. Avec la possibilité pour celles qui ne l’ont pas de rester agrées 5 ans et pour celles qui l’obtiennent d’être agréés 10 ans. Il ne faut laisser personne de côté mais, pas non plus freiner celles qui souhaitent aborder ce métier avec des diplômes. Je trouve qu’on n’a pas assez d’ambition pour cette profession !

La formation des assistantes maternelles n’est donc pas adaptée aux exigences de leur métier ? 

Le socle de connaissances communes, apporté par la formation initiale est insuffisant, et cela fait des années qu’on le dit ! Actuellement, la formation initiale d’assistante maternelle, c’est 80 heures de formation de base puis 40 heures supplémentaires qu’elles peuvent effectuer dans un délai maximal de 3 ans à partir de l’accueil du premier enfant. Mais c’est bien trop long ! il faudrait qu’elles reviennent dans les 6 à 8 mois en formation. Avec ces 120 heures, on leur donne juste le minimum. C’est quand même fou : ce sont des professionnelles qui sont très autonomes dans leur travail et c’est à elles que l’on dit « vous avez moins besoin de connaissances » !

Les assistantes maternelles elles-mêmes trouvent que ce n’est pas assez riche. Nous demandons que la deuxième partie soit réévaluée a minima à 100 heures, quitte à les lisser jusqu’au premier renouvellement d’agrément, cela aurait du sens pour elles. En revanche, il ne faut pas plus de 80 heures au départ sinon on risque de perdre en attractivité. 

Pour renforcer l’attractivité du métier, vous expliquez qu’il faut davantage soutenir la qualité de l’accueil par le soutien aux assistantes maternelles elles-mêmes. Quels sont leurs besoins ?

Pouvoir échanger, prendre du recul, sortir de l’isolement… Dans une profession que l’on vit seul, on a encore davantage besoin de prendre du recul et se libérer de ce que l’on a vécu, que les professionnels qui exercent en équipe. Il faut que l’Analyse de Pratiques Professionnelles (APP) devienne obligatoire, c’est encore une compétence non obligatoire pour les RPE. Si les assistantes maternelles peuvent accéder à la formation partout en France, il suffirait de dédier une personne formée à l’APP au même endroit. 

Et il faut être ferme : les assistantes maternelles doivent pouvoir être formées sur leur temps de travail. C’est à l’État d’apporter des solutions à cela, ce n’est pas aux assistantes maternelles de se débrouiller avec les parents ! Les départements, les RPE pourraient organiser les remplacements s’il le faut… C’est déjà le cas quand les assistantes maternelles doivent faire leur deuxième partie de formation. 

Sur les métiers de la petite enfance, on n’entend parler que de renforcer les contrôles, ce n’est pas très rassurant et attractif ! Il faudrait plutôt renvoyer l’image d’un métier qui a du sens. Et pour cela, nous réclamons depuis des années une étude pour explorer la véritable qualité du mode d’accueil individuel : pas une seule ne s’y est réellement intéressée et ne la démontre, même si nous en sommes intimement convaincus. 

Les assistantes maternelles sont toujours statistiquement le premier mode d’accueil en France. Comment expliquer que les pouvoirs publics n’y soient pas plus attentifs ? 

Petit point historique. Au départ, ce métier était un métier de nourrices, qui donnaient leur lait et n’étaient pas spécialement formées. Ensuite en 1977, on les a sorties de l’invisibilité en reconnaissant que cela pouvait être un métier. Ce n’est qu’en 1992 qu’il y a eu le début d’une intention de professionnalisation, avec une formation qui n’était même pas obligatoire à la discrétion des départements. Ce n’est qu’en 2005 que la formation est devenue obligatoire. 

Et aujourd’hui encore, lorsqu’on parle d’assistantes maternelles, on a toujours la perception d’une nourrice, alors que les profils ont changé. On a de moins en moins de jeunes mamans qui viennent exercer ce métier pour concilier vie professionnelle et vie familiale. Mais des profils qui viennent des crèches ou de reconversions professionnelles. Dans le secteur de la petite enfance, on a également beaucoup plus d’exigences, alors que l’on considère encore les assistantes maternelles comme de bonnes petites nourrices qui savent faire de bons gâteaux… et ce n’est pas envisageable ! 

Espérez-vous que le rapport attendu sur l’accueil individuel puisse apporter des réponses, un nouvel élan, de nouvelles mesures pour les assistantes maternelles ? 

Oui, je pense que l’État attend aussi ce rapport, et je serai la première à dire que s’il y a des choses à modifier – car je suppose que tout ne sera pas exceptionnel dans l’accueil individuel – cela doit passer en priorité par la formation ! On ne peut pas faire un constat négatif sans améliorer… Le rapport de l’Onape le dit : on n’arrivera pas à augmenter la totalité des places d’accueil même si on augmente l’accueil collectif, en raison de la baisse de l’accueil individuel. Statistiquement, on ne peut pas se passer des assistantes maternelles ! Or elles s’épuisent, il faut en agréer 15 000 chaque année. On n’y arrivera pas si on ne reste que sur des procédures de communication, il faut également améliorer l’existant. 

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 10 avril 2025

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