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Jimmy Dacquin, fondateur d’Ô P’tit Mômes, auteur de la pétition je soutiens ma crèche : « Nous sommes très inquiets pour la gestion de nos crèches et micro-crèches »
À l’origine de l’une des deux pétitions qui espère mobiliser le secteur et alerter sur les risques du projet de décret qualité dans les micro-crèches, Jimmy Dacquin, fondateur du réseau et de la franchise Ô P’tit Mômes, revient sur les raisons qui l’ont poussé à devenir le chef de file de cette initiative, et ses revendications profondes pour le secteur privé lucratif.
Les Pros : Vous êtes à l’origine de l’une des deux pétitions en soutien aux crèches et micro-crèches privées. Dans quel but, et pourquoi deux initiatives parallèles ?
Jimmy Dacquin : Quand le décret a été porté à notre connaissance, j’ai rédigé une pétition que j’ai transmise à la FFEC et nous avons continué d’avancer ensemble. Il y a ensuite eu le changement de gouvernement, et le projet de décret est resté en suspens. Aujourd’hui, je suis juste le chef de file d’un collectif d’une multitude d’enseignes – avec notamment les adhérents de la FFEC et de la Fedesap – et nous sommes très inquiets pour la gestion de nos crèches et micro-crèches. Oui, c’est une pétition qui devait être inter-fédérations mais c’était visiblement compliqué de trouver un accord. La Fesp a préféré faire une pétition de son côté. Mais les combats de chapelle ne m’intéressent pas. J’ai décidé de passer à l’action plutôt que d’attendre des semaines. Qu’il y ait deux pétitions ? Tant mieux, cela fera plus de bruit ! Plus il y aura de signataires sur ces deux pétitions, plus nous aurons du poids pour que ce décret ne passe pas.
Voir la pétition :
https://www.change.org/p/je-soutiens-ma-crèche
Qu’espérez-vous en mobilisant tout le secteur ?
Nous espérons une rencontre, nous espérons que l’on nous écoute et que l’on nous concerte avant de publier ce décret. Nous sommes des professionnels de terrain, nous connaissons nos équipes, comment les former et les faire grandir. Depuis deux ans, nous subissons l’inflation, l’augmentation du prix de l’énergie, des loyers et les équilibres deviennent vraiment précaires, surtout pour les petits gestionnaires qui n’ont qu’une ou deux crèches. Il y a aussi les attaques sur le Cifam alors qu’il est la « bouffée d’oxygène » qui nous permet de viser la qualité… Stop ! Nous voulons être reçus et expliquer tout cela de vive voix.
Dans votre pétition, vous déplorez des réformes injustes pour votre secteur…
Oui, il y a un gros sentiment d’injustice. On sent qu’il y a une idéologie, un contexte médiatique anti-privé qui perdure depuis un moment et fait l’amalgame entre « des ogres » et nous les petits… Il suffit de nous comparer aux Mam – que l’on ne qualifie même pas d’accueil collectif alors qu’il le faudrait – avec quatre professionnelles à120h de formation, sans direction, sans Eje, sans infirmière puéricultrice, sans directrice. Et nous, on nous explique que les CAP AEPE « ce n’est pas assez », et que nous allons devoir les remplacer par des professionnels qui n’existent pas… Pauline Domingo affirmait dans une interview aux Pros de la petite enfance que sa boussole était la qualité d’accueil. Je suis totalement d’accord, c’est noble, mais il ne faut pas que la boussole pointe de façon systématique sur les crèches et micro-crèches privées !
Pourtant dans cette même interview, Pauline Domingo rappelle qu’il n’y a « aucune surprise dans ce projet de décret » qui « reprend in extenso les propositions du rapport Igas-Igf »…
Non, du tout. J’ai été auditionné par l’Igas sur la qualité d’accueil et nous avons beaucoup échangé. Il y aussi eu une Commission d’enquête parlementaire qui a fait un gros travail et fait ressortir des beaucoup de choses. Mais ce projet de décret a été fait sans concertation et ce n’est pas du tout ce qui a été écrit dans les différents rapports.
Mais avec la mise en œuvre du SPPE, tous reconnaissent qu’on ne pourra se passer du privé, et que le SPPE ne se fera pas sans…
Tout à fait, mais il faudrait juste le renommer ! Service universel de la petite enfance, cela aurait été dès le départ beaucoup mieux. Et l’on aurait peut-être évité cette petite guerre de chapelles qui ne sert à rien…
Propos recueillis par Laurence Yème
PUBLIÉ LE 15 janvier 2025