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Le Canap’, un « LAPE » itinérant qui s’intéresse avant tout aux parents

Lieu d’accueil parents enfants atypique, Le Canap’ est une structure mobile sur trois quartiers de Villers-lès-Nancy et Nancy. Un lieu ressource inspirant et engagé, qui place volontairement les parents au cœur de son acronyme « LAPE » : au Canap’ on prend soin des enfants en soutenant avant tout les parents dans leur rôle.

A l’origine, il existait à Villers-lès-Nancy un LAEP géré par la Croix Rouge, qui a fermé ses portes lorsque l’organisme a choisi de recentrer son activité sur les crèches. Avec une volonté politique affirmée, « la commune de Villers-lès-Nancy n’a pas voulu laisser les familles sans réponse de ce type. Ainsi est né le Canap’, en avril 2022 » se souvient Nathalie Dutilleul, directrice du Pôle petite enfance. Pour s’adapter aux contraintes démographiques et géographiques de la ville et toucher le plus grand nombre, la municipalité a renoncé à ouvrir un lieu d’accueil unique. « Notre ville est conçue de telle manière qu’il y a trois quartiers vraiment distincts, dont un dépend d’un quartier prioritaire de la ville de Nancy, limitrophe.  Nous avons donc opté pour un lieu d’accueil itinérant afin que chacun puisse avoir accès à ce dispositif », explique-t-elle.

Un lieu d’accueil sur trois sites

Le Canap’ est une seule et même structure d’accueil qui ouvre alternativement le mardi, le jeudi et le vendredi matin sur trois sites distincts : la ludothèque, le RPE et le Centre Social. « On sent que les parents ont bien compris ce qu’ils venaient chercher dans chaque lieu selon le jour de la semaine, il n’y a pas de confusion. Des familles viennent à la ludothèque le mercredi pour être en jeu avec leur enfant. Mais elles reviennent le jeudi matin dans le même site pour être dans le partage avec les accueillantes et les autres parents. » Une mutualisation des locaux qui permet d’être mieux identifié par les familles et de limiter les coûts pour les municipalités de Villers-lès-Nancy et Nancy qui subventionnent la structure, avec l’aide du Conseil départemental, de la Métropole du Grand Nancy et de la CAF Meurthe-et-Moselle.

Un LAPE résolument tourné vers les parents

Le nom du Canap’ est né de la vocation première de ce lieu : « ici, les parents s’installent, se posent, laissent un peu les enfants en activité libre car nous concentrons vraiment notre action et notre écoute sur les parents et sur les échanges qu’ils peuvent avoir ensemble », résume Nathalie Dutilleul. Un mot d’ordre, la convivialité et l’accueil. « On propose toujours un café, un thé, quelque chose à grignoter. Certains LAEP ne fonctionnent pas comme ça mais chez nous c’est la base ! On ne leur propose pas un jus de fruits, on les identifie vraiment comme parents. (…) Tout ne tourne pas autour de leur enfant », fait remarquer à juste titre Nathalie Dutilleul. Une attention marquée jusque dans la dénomination du lieu d’accueil. « La CAF a voulu nous imposer le nom LAEP Canap’ qui était soi-disant réglementaire, explique-t-elle. Mais ce n’est pas le cas. Alors nous avons volontairement choisi l’acronyme LAPE – Lieu d’Accueil Parents Enfants – parce que dans notre co-animation avec le Centre Social, nous estimons que d’abord on s’enquiert que le parent va bien, et puis dans un même temps on porte un regard sur l’enfant et comment ça se passe pour lui. Dans notre philosophie, on estime que le parent est au centre ». Pendant la trêve estivale, l’équipe entend bien renforcer encore cette convivialité et cet accueil inconditionnel en soignant la décoration, en ajoutant des plantes et des magazines variés dans ces lieux d’accueil qui sont vraiment leur point d’accroche.

Des accueillantes, professionnelles en activité

Chaque lieu dispose de sa propre équipe d’accueillantes en binômes mixtes : une professionnelle issue du centre social et l’autre du secteur petite enfance. « On a voulu mixer les équipes pour qu’elles soient complémentaires dans leurs compétences, pour pouvoir répondre aux parents sur des champs d’activités différents », précise la directrice. Ces accueillantes sont toutes des professionnelles en activité recrutées en interne, qui bénéficient d’un temps dédié pour le LAPE, organisé dans leur emploi du temps. « Etre EJE ou auxiliaire en crèche, c’est un travail vraiment très physique et très dur. Lorsqu’on choisit des accueillantes, c’est bien évidemment pour leurs qualités relationnelles, leur écoute mais également parce que ça leur permet d’avoir une journée plus souple et moins fatigante, admet Nathalie Dutilleul. Ça ne change pas leur salaire mais elles y trouvent un autre rôle, une relation individuelle et privilégiée avec chaque parent, chose qu’elles ne peuvent pas faire dans une crèche de 25 ou 30 berceaux. » Revenir à l’observation, à l’écoute, à l’essence même de leurs métiers redonne un bel élan et une véritable motivation à la plupart de ces professionnelles de la petite enfance.  Pour la directrice du Pôle petite enfance, cela soulève des questions essentielles : « je pense qu’il faut que l’on réfléchisse très sérieusement au vieillissement de notre personnel, témoigne-t-elle. Des auxiliaires et éducatrices qui soulèvent des enfants de 15 kilos trente fois par jour, à cinquante ans ce n’est plus la même chose qu’à trente ! »  

Accueil inconditionnel et mixité sociale

Le Canap’ n’a qu’une année d’existence et les équipes manquent encore de recul sur les besoins de leurs familles cibles. Les accueillantes se questionnent encore sur ce que viennent vraiment chercher ces familles qui fréquentent parfois les trois lieux au fil de la semaine. « On voit aussi venir des papas, ce qui est assez rarissime en petite enfance, constate Nathalie Dutilleul. Deux pères viennent régulièrement accompagnés de la maman et de l’enfant. Ils viennent chercher de la réassurance (…), ils observent beaucoup leur petit avec les autres. On a quand même beaucoup de mamans qui n’ont que le contact de leur enfant. Clairement, elles sont là pour avoir un dialogue entre adultes, sortir de leur solitude, échanger sur des choses et d’autres du quotidien, pas seulement de parentalité, et ne pas seulement parler à leur enfant toute la journée ! » Sur les trois lieux, le Canap’ accueille une population d’une grande mixité sociale, où niveaux de langage et d’éducation de mélangent avec facilité. Sur l’un des sites, le bouche à oreille a permis une petite concentration de familles avec des modes éducatifs alternatifs, proches de la pédagogie Montessori.

« Nous n’avons rien à apprendre aux parents »

Pour la rentrée prochaine, le Canap’ va davantage solliciter les écoles des quartiers. Avec ses équipes, Nathalie Dutilleul va présenter le LAPE lors des conseils de classe de maternelle et ainsi essayer de tisser des liens plus forts avec les enseignants. « Mais c’est difficile, avoue-t-elle. Comme au LAPE nous n’avons rien à apprendre aux parents qui viennent juste pour échanger, je crois que parfois les enseignants ont du mal à percevoir les objectifs… » Les équipes doivent parfois faire face à beaucoup de scepticisme de la part des enseignants de maternelle qui ne comprennent pas toujours les missions de ce lieu d’accueil atypique : au Canap’ les parents apprennent entre eux ; les accueillantes leur proposent seulement l’écoute attentive et le soutien dont ils ont besoin, et c’est déjà beaucoup !

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