Abonnés
L’UFAC d’Alençon offre un mode d’exercice hybride aux assistantes maternelles
Un nouveau lieu d’accueil expérimental ouvrira ses portes au printemps 2026 à Alençon. Entre l’EAJE et la MAM, l’Unité Familiale d’Accueil Collectif (UFAC) sera un lieu d’accueil au fonctionnement hybride, installé au sein de la crèche familiale. Il permettra aux assistantes maternelles d’exercer ensemble, en dehors de leur domicile, mais de bénéficier de l’accompagnement de la crèche familiale dont elles sont salariées pour trouver l’équilibre qui leur convient.
Sur le territoire de la Communauté urbaine d’Alençon, on compte 290 assistantes maternelles dont certaines exercent en MAM. Mais si le chiffre parait conséquent, il traduit pourtant une baisse inquiétante du nombre d’assistantes maternelles : depuis une dizaine d’années, le nombre de professionnelles de l’accueil à domicile a baissé de 30%. Au-delà des départs à la retraite, leurs besoins et leurs pratiques semblent avoir également évolué. De nombreuses MAM ont été ouvertes sur le territoire avec le soutien du Conseil départemental, on en compte 13 nouvelles depuis 2008. « Le nombre de places proposées en MAM équivaut désormais au nombre de places proposées en structures collectives, soutenues par la collectivité, précise Cécile Buffler, responsable petite enfance de la Communauté Urbaine d’Alençon.
Du coté des familles, la pression s’est accentuée avec une forte demande d’accueil sur le territoire qui crée des tensions, tant sur l’accueil individuel que collectif, mais une demande particulièrement ciblée sur l’accueil collectif. Forts de ces constats, les élus communautaires ont cherché des solutions pour soutenir et renforcer l’offre d’accueil sur le territoire de la Communauté urbaine d’Alençon…
Une crèche familiale historique qui ne séduit plus
A Alençon, la crèche familiale à gestion communautaire est une structure historique qui dispose de ses propres locaux vastes et récents. Mais après quelques départs à la retraite, celle-ci ne compte plus que quatre assistantes maternelles depuis janvier 2026. Bien décidé à étoffer l’équipe et ne pas laisser s’éteindre la structure, le service de RH de la Communauté Urbaine d’Alençon a mené une campagne de recrutement et quelques opérations de promotion portées par le RPE et France travail. En vain. Alors qu’est-ce qui ne rebute les assistantes maternelles ?
D’une part, il y a la proximité géographique. « Notre difficulté est d’arriver à recruter des assistantes maternelles qui soient proches d’Alençon et de sa première couronne. Il faut qu’elles puissent venir régulièrement, chaque semaine pour des temps d’ateliers et que la Communauté urbaine soit assurée de pouvoir orienter les familles vers elles », indique Cécile Buffler. Et puis une certaine liberté. « Les assistantes maternelles indépendantes trouvent un intérêt à exercer à domicile ou en MAM pour avoir le choix de leurs contrats, de leurs tarifs et conditions de travail », explique-t-elle.
Un lieu d’accueil hybride et expérimental
La Communauté Urbaine d’Alençon a donc fait le choix d’ouvrir une Unité Familiale d’Accueil Collectif (UFAC), un projet librement inspiré de l’expérimentation mise en place à Pau depuis quelques années, mais dont certains points diffèrent cependant. Les deux équipes ont pu échanger afin de s’inspirer de ce qui fonctionne bien et de retenir des points d’attention.
L’UFAC d’Alençon, qui devrait ouvrir au printemps prochain, sera installée dans des locaux indépendants au sein de la crèche familiale, permettant d’optimiser cet espace jusqu’ici trop vaste. 4 assistantes maternelles agréées, salariées de la crèche familiale, pourront accueillir jusqu’à 16 enfants, de 7 heures à 19 heures, du lundi au vendredi. L’UFAC proposera 16 places d’accueil, soit 12 places pour un accueil régulier et 4 places réservées pour assurer les remplacements à l’occasion des absences de toutes les assistantes maternelles salariées de la crèche familiale (exerçant au sein de l’UFAC ou à domicile) comme des absences pour motif de formations professionnelles, congés annuels , arrêt maladie.
Les professionnelles seront sous la responsabilité d’une éducatrice de jeunes enfants, directrice de la structure et de la crèche familiale. Les couches et les repas seront fournis et préparés sur place. Les familles peuvent demander une place au sein de l’UFAC en suivant la démarche classique d’inscription en lieu d’accueil collectif. Et pour ce qui est du contrat établi, il est le même que celui établi avec les familles qui emploient une assistante maternelle de la crèche familiale. « Les parents bénéficient donc des barèmes de la Caf appliqués dans le cadre de la PSU », précise Cécile Buffler.
La délégation d’accueil pour plus de souplesse
Pour apporter plus de souplesse dans le fonctionnement quotidien de la structure, la délégation d’accueil sera mise en place entre les assistantes maternelles de la structure, sur les conseils du Conseil départemental de l’Orne. « Une assistante maternelle peut par exemple aller coucher un enfant dont elle n’est pas référente. Cela permet d’ajuster les plannings pour que les professionnelles se relaient pour assurer l’ouverture ou la fermeture de la structure, pour plus de confort », indique Cécile Buffler.
En revanche, l’assistante maternelle qui prend des congés ou un arrêt maladie sera remplacée de manière classique, sans que n’intervienne la délégation d’accueil. Une souplesse que n’accordent pas les PMI de tous les départements, dont les recommandations ne sont pas homogènes sur la question. Pratiques que le grand chantier d’harmonisation des pratiques de PMI lancé par la DGCS fin 2025 pourra peut-être faire évoluer…
Un nouveau dynamisme pour la crèche familiale
Avec l’ouverture de cette nouvelle structure expérimentale, la Communauté Urbaine d’Alençon cherche un nouveau dynamisme pour l’accueil individuel de son territoire et pour la crèche familiale. Les assistantes maternelles à domicile ont été associées de près à la création de l’UFAC et à la définition de son projet d’établissement. Elles continueront à profiter des matinées d’éveil à la crèche familiale et vont pouvoir retrouver les nouvelles assistantes maternelles de l’UFAC à ces occasions pour une convergence de pratiques.
Il est également prévu que le projet d’établissement soit retravaillé avec les nouvelles assistantes maternelles de l’UFAC, notamment sur les volets conditions d’accueil et projet éducatif, afin qu’il puisse y avoir « un travail partagé avec l’ensemble des assistantes maternelles sur les valeurs qu’elles partagent, le sens qu’elles donnent à leur pratique, la façon dont elles envisagent l’accueil des parents et des enfants… », précise Cécile Buffler.
Accompagnement proximal et cadre rassurant
Pour Cécile Buffler, il y a également « la volonté d’aller chercher une plus grande qualité d’accueil » dans l’accueil individuel. En étant intégrée au sein de la crèche familiale, l’UFAC assurera à ses assistantes maternelles indépendance et proximité soutenante avec leur direction. « Les professionnelles qui postulent pour l’UFAC recherchent cette proximité d’une direction et la possibilité d’exercer dans un cadre, pour l’accompagnement et la médiation qu’il promet entre collègues ou avec les familles », souligne Cécile Buffler. Un critère déterminant pour nombre d’entre elles.
Une Référente santé et accueil inclusif (RSAI) sera également présente, les professionnelles pourront donc bénéficier de séances d’analyse de la pratique en sus de la formation continue.
Un recrutement exigeant et des partenaires attentifs
Ce projet innovant a reçu un accueil favorable et une écoute attentive de la part des professionnelles qui ont postulé en nombre. Cécile Buffler explique que le recrutement s’est effectué en deux temps : s’assurer des connaissances professionnelles puis de la capacité à travailler en équipe, à penser les relations, lors d’un entretien de motivation, assez proche des entretiens menés pour exercer en crèche. Certaines seront peut-être nouvellement agréées.
Les partenaires institutionnels également. « La Caf a été très soutenante dès le départ, note Cécile Buffler. Le projet a été inscrit dans le Schéma départemental des services aux familles (SDSF) ». Comme tout projet expérimental, l’évolution et le fonctionnement de l’UFAC seront suivis de près par un comité de suivi – constitué de la direction de la crèche familiale, de la Caf et de la PMI – qui fera le point à échéances régulières, pendant les trois prochaines années, afin de pouvoir réévaluer et réajuster le projet si besoin.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 29 janvier 2026