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Parentalité : Congé paternité, accueils flexibles, soutien aux familles… les propositions du rapport du HCFEA
Le rapport du Conseil de l’enfance du HCFEA, « Aider les parents à aider les enfants à grandir », adopté le 12 mars 2026 et remis le 7 mai à Stéphanie Rist, s’inscrit dans la continuité des travaux engagés par l’institution sur le soutien à la parentalité. À travers une vingtaine de recommandations, il réaffirme la nécessité de mieux accompagner les parents et d’adapter les temps de vie aux besoins des enfants.
Le rapport s’articule autour de six grands axes : l’égalité entre les parents, l’accès aux droits et aux services, la place des parents et des enfants dans la société, le soutien à l’exercice de la parentalité, une meilleure articulation entre responsabilités familiales et l’emploi, ainsi que le renforcement du tissu associatif et des initiatives locales. Il formule vingt recommandations qui, pour la plupart, ont déjà été portées par le Conseil de l’enfance ou d’autres institutions intervenant sur le champ de l’enfance. Pour Sylviane Giampino, présidente du Conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA, ce rapport s’inscrit dans un contexte de « transformations familiales importantes », évoquant l’évolution des modèles familiaux, des manières « de faire famille » et un « désir d’enfant qui semble fléchir pour les jeunes générations ». Selon elle, ces évolutions interrogent directement les politiques publiques de soutien à la parentalité.
Le rapport débute sur une idée centrale : la nécessité de redonner du temps à l’enfant, dans une société marquée par l’accélération des rythmes de vie et la pression à la réussite. Le HCFEA décrit « un monde sans patience » où l’enfant est soumis à des logiques d’optimisation et de performance, au risque de fragiliser son développement et son bien-être. « Les étapes du développement [de l’enfant] sont notre axe, notre ligne de fond, rappelle Sylviane Giampino. Les politiques doivent s’adapter aux « transformations successives et incompressibles des étapes de l’enfance »
Accompagner plutôt qu’imposer
L’un des apports majeurs du rapport réside dans son refus d’imposer un modèle de « bonne parentalité ». Il rappelle que « les qualités parentales ne sont pas innées » et qu’elles se construisent dans des contextes sociaux et personnels variés. Dans cette perspective, le HCFEA développe les notions d’« épaulement » et de « prévention prévenante », approche déjà évoquée dans le rapport sur la santé mentale des enfants. Ce principe insiste sur la nécessité d’accompagner les familles sans les stigmatiser ni leur imposer de modèle. « Toute aide aux parents pour aider les enfants à grandir se construit en contexte, avec eux et en prenant en considération les enfants et les autres acteurs qui les entourent. », souligne le rapport. Et « en aucun cas, l’aide apportée ne doit, par un effet direct ou indirect, invalider ou infantiliser les parents ».
Plus de temps pour s’occuper des enfants
Parmi ses propositions concrètes, le rapport recommande d’allonger le congé paternité et de rapprocher progressivement sa durée de celle du congé maternité. Le HCFEA estime que l’écart actuel entre les deux congés « ne favorise pas suffisamment le partage de l’accueil et des soins au nourrisson ». Une orientation déjà défendue par de nombreux travaux et notamment un récent rapport parlementaire.
Le rapport remet également en avant le « right to request », déjà évoqué dans de précédents travaux du HCFEA et issu d’une directive européenne de 2019. Ce dispositif permettrait aux salariés de demander des aménagements de leur temps de travail liés à leurs responsabilités familiales. Enfin pour mieux concilier vie professionnelle et vie familiale, le HCFEA recommande également d’étendre les droits à absence des parents aux temps importants de la scolarité des enfants – rentrée, réunions scolaires ou orientation – aujourd’hui souvent difficiles à concilier avec les obligations professionnelles. Deux orientations déjà défendues dans de précédents travaux du Conseil de l’enfance.
Le coût de l’enfant comme frein aux projets parentaux
Le rapport consacre également une partie à la question du coût de l’enfant et à ses conséquences sur les projets parentaux. Le HCFEA souligne que les difficultés économiques, le logement ou encore l’instabilité professionnelle constituent désormais des freins importants au désir d’enfant. Il rappelle que le « coût perçu de l’enfant » pèse en particulier sur les familles aux revenus intermédiaires et peut contribuer au report, voire au renoncement à une naissance.
Pour mieux éclairer les politiques publiques, le Conseil de l’enfance recommande ainsi de renforcer et d’actualiser régulièrement les travaux de la Drees sur les dépenses liées à l’enfance, tant du côté des familles que des dépenses publiques. L’objectif est de disposer d’une vision plus précise du coût réel de l’accueil, de l’éducation et de l’entretien des enfants afin d’adapter plus finement les politiques de soutien aux familles.
Le rapport souligne également que les politiques de soutien à la parentalité reposent encore principalement sur des aides financières, alors qu’une véritable offre de services reste insuffisamment structurée et coordonnée. Et met en garde contre « le marché du coaching parental privé à la fiabilité douteuse. » Le HCFEA appelle ainsi à créer une « offre socle de services » garantissant à tous les parents un accès à des dispositifs de soutien et d’accompagnement, indépendamment de leur situation économique ou de leur lieu de résidence. Cette offre devrait notamment inclure des dispositifs spécifiques pour les parents en situation de handicap ou de vulnérabilité. Le rapport précise que ce point « devrait constituer l’un des enjeux des futures assises nationales de la parentalité et figurer dans la prochaine convention d’objectifs et de gestion entre l’État et la CNAF.»
Soutenir les parents dans les périodes de fragilité
Pour soutenir les parents dans les périodes d’incertitude ou de difficulté, le rapport préconise notamment d’étendre à l’ensemble des départements le recours aux conférences familiales et aux espaces de rencontre. Ces dispositifs permettent à la famille, accompagnée par des professionnels, de définir elle-même des solutions adaptées, notamment en cas de tensions dans la relation parent-enfant.
Ouvrir la cellule familiale
Le rapport insiste également sur la nécessité de « déclore » la cellule familiale et de mieux ouvrir les enfants sur l’extérieur. Sylviane Giampino évoque le risque d’un « huis clos parents-enfants » alimenté par les peurs, la recherche de sécurisation ou la défiance à l’égard du monde extérieur. Le HCFEA plaide ainsi pour une plus grande place des enfants dans l’espace public, la nature, les activités culturelles et les espaces collectifs. « L’enfant n’est pas que l’enfant de ses parents », insiste Sylviane Giampino. Elle soutient une approche plus collective de l’éducation, impliquant aussi bien l’école que les associations, les collectivités et l’ensemble de la société.
Développer les accueils flexibles
Le HCFEA évoque à plusieurs reprises les modes d’accueil, envisagés comme un levier d’égalité et de soutien à la parentalité. « Dans un contexte de manque de places en accueil formel, et alors que 43 % des familles n’y recourent pas ou n’y ont pas accès, le rapport propose de développer et soutenir en particulier des accueils flexibles, gages notamment d’une première socialisation des enfants préscolaires, indépendamment de la situation professionnelle des parents (…) ». Une proposition qui s’inscrit également dans la continuité des travaux du Conseil de l’enfance.
Les associations, acteurs clés du soutien à la parentalité
Le HCFEA souligne à plusieurs reprises le rôle joué par les associations comme espaces de socialisation, de soutien et de médiation pour les familles, en particulier les plus fragiles. Qu’il s’agisse de cafés parents-enfants, de lieux d’accueil, d’activités culturelles, sportives ou citoyennes, elles constituent souvent un premier point d’appui pour des parents en situation d’isolement ou de difficulté. Mais de nombreuses associations sont aujourd’hui fragilisées par des financements précaires et incertains. Le HCFEA alerte sur le besoin de sécurité juridique et de visibilité exprimé par les acteurs associatifs pour pouvoir organiser leurs actions dans la durée. « Les associations non lucratives sont la plasticité cérébrale de notre système d’aide et d’appui à la population », souligne Sylviane Giampino, La présidente du Conseil de l’enfance insiste sur leur capacité « à irriguer et à être au plus près des territoires et des besoins ». Parmi les propositions formulées par l’institution, figure notamment le développement de conventions d’objectifs et de moyens pluriannuelles entre la CNAF, les collectivités et les associations, afin de donner davantage de stabilité aux structures engagées dans des actions d’intérêt général.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 08 mai 2026