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Pénurie de professionnels : en crèche, le recours à l’intérim est inévitable mais délicat
Il y a un an la DGCS lançait un questionnaire sur l’intérim. Avant de renoncer au printemps tant les résultats obtenus n’étaient pas assez nombreux, donc peu représentatifs et non exploitables. Dans cet article, nous avons tenté de comprendre quand et pourquoi les crèches ont recours à des intérimaires, les difficultés ou risques liés à ce type d’embauche et la place et le rôle des agences d’intérim dans le secteur de la petite enfance. Une photographie de l’intérim à un instant T, dont chacun s’accorde à dire que c’est un pis-aller, mais en aucune façon une solution viable et pérenne pour résoudre la crise de recrutement liée à la pénurie de professionnels qualifiés.
Quand la DGCS a lancé, il y a un an, à l’automne 2025, une grande enquête sur le recours à l’intérim en petite enfance, elle souhaitait pouvoir établir un état des lieux précis et éventuellement dégager des pistes permettant d’encadrer le recours à cette pratique. C’est ainsi qu’elle demandait aux gestionnaires d’y collaborer : « De façon complémentaire à l’enquête récemment réalisée par la CNAF portant sur les postes vacants (…) et à la disposition (…) qui prévoit que les EAJE transmettent chaque année aux CAF (…) le montant des sommes versées au titre du recours à du personnel intérimaire en contact avec des enfants, la DGCS souhaite évaluer au sein de vos réseaux la part des établissements qui ont recours à l’intérim pour l’encadrement des enfants, la part des effectifs que le personnel intérimaire représente lorsqu’il y est fait appel, et les enjeux, limites et opportunités identifiés par les gestionnaires à ce sujet (…). Il serait utile de restituer ces éléments pour le 31 octobre 2025. »
Mais plus de six mois après avoir sollicité les gestionnaires, la DGCS a décidé de ne pas poursuivre ses réflexions et investigations, nous expliquant : « Cette consultation n’a pas été conclusive, au regard du très faible nombre de retours obtenus et de la nature très variable, dans la forme, de ces derniers : à la lumière de ces éléments, la DGCS n’a pas été en mesure de déterminer avec plus de précision l’intensité du recours à l’intérim en EAJE .»
Enquêtes UNIOPSS et FFEC menées en 2025 : avoir recours à l’intérim le moins souvent et le moins longtemps possible
Pourtant, à cette époque, nombre de gestionnaires ont fait le job. Ainsi l’UNIOPSS et la FFEC, ont produit un document assez synthétique émanant de leurs adhérents et l’ont transmis à la DGCS, dès leurs enquêtes terminées. Celles-ci reprenaient la trame des questions envisagées par la DGCS, mais allaient aussi plus loin en demandant des points d’amélioration et en recueillant des verbatim sur les avantages et les inconvénients du recours à l’intérim.
L’UNIOPSS a diffusé son questionnaire du 13 octobre au 5 novembre 2025.
Cent établissements – majoritairement associatifs et mutualistes – ont répondu au questionnaire. Un échantillon relativement faible mais avec des réponses assez significatives. Les structures les moins représentées ont été les très grandes crèches (7%) puis les microcrèches PAJE ou PSU (19%). En 2023, 2024 et 2025, 64 d’entre elles ont eu recours à l’intérim. Avec un taux record de 89,1% en 2024. Les personnels les plus concernés sont ceux auprès des enfants avec 75% de catégorie 1 et 87,5% de catégorie 2. En catégorie 1, sans surprise, ce sont les auxiliaires de puériculture qui sont les plus recherchées en général et donc pour lesquelles il a fallu avoir recours à l’intérim : 97,9% vs 45,8% pour les EJE. Quant aux catégories 2, le recours à l’intérim concerne à 100% les titulaires de CAP-AEPE.
On le verra, nombre de gestionnaires nous l’ont dit au cours de notre enquête, l’intérim n’est pas une solution en soi mais une roue de secours à un moment donné, il ne s’inscrit donc pas dans la durée. Ainsi les répondants au questionnaire de l’UNIOPSS déclarent avoir eu recours en 2024 entre un mois et quatre mois à l’intérim. Pourquoi ? Parce que selon plus de 76% des répondants « c’est la solution la plus rapide pour remplacer les absences de dernière minute », à égalité avec la réponse : « c’est la solution pour éviter de réduire la capacité d’accueil voire éviter la fermeture de l’EAJE ».
Quant aux principaux enjeux de ces recours à l’intérim, arrive largement en tête le maintien de la qualité d’accueil puis « le maintien de la cohésion de l’équipe ». Et assez logiquement, parmi les limites du recours à l’intérim « la qualité d’accueil » arrive juste derrière « le coût financier » pour la structure.
La FFEC a mené son enquête du 8 au 30 octobre 2025.
Le questionnaire adressé aux établissements financés tant par la PSU que par la PAJE a recueilli 89 réponses émanant de 2027 EAJE. 36,95% des répondants ont eu recours à l’intérim et quand ils y font appel, les intérimaires représentent 15,32% de leurs effectifs. Environ 2% de plus dans les microcrèches PAJE. Ce sont la continuité des services pour les familles, la rapidité du remplacement et la non-réduction de la capacité d’accueil qui sont appréciées dans l’intérim, mais évidemment les principaux enjeux relevés sont le maintien de la qualité d’accueil et de la cohésion d’équipe. Enfin les limites se retrouvent dans le coût pour la structure et la sécurité émotionnelle des enfants face aux changements d’équipe. On le voit, peu importe le statut des EAJE, les mêmes avantages et inconvénients sont relevés.
L’UNIPOSS et la FFEC ont aussi recueilli des verbatim illustrant à la fois une certaine résignation (on ne peut pas faire sans) et une certaine méfiance (il faut prendre des précautions et poser des limites) face à l’intérim. Nous les reprendrons tout au long de cet article.
L’intérim aux mains d’agences plus ou moins spécialisées
Dans le contexte actuel de pénurie, l’intérim est un business qui se porte bien. Néanmoins, les agences très spécialisées petite enfance ne sont pas pléthore même si les plus grosses, JBM et Appel médical (deux agences du groupe Randstad) et Adecco médical ont une branche petite enfance. L’agence la plus spécialisée est Mila Intérim. C’est d’ailleurs la seule qui a accepté de nous rencontrer et de répondre à nos questions. Appel médical et JBM ont décliné. Adecco médical a consenti à répondre à nos questions par écrit, ce qui nous a évidemment empêché de les challenger.
Alors, comment les agences d’intérim fonctionnent-elles vraiment ? Comment recrutent-elles les professionnels ? Prennent-elles toutes les précautions nécessaires ? C’est la question que nous nous sommes posé après qu’une enquête de Mediapart a révélé en mars 2026 qu’un EJE intérimaire a pu retravailler en crèche alors même qu’il avait été licencié par son précédent employeur pour suspicion d’agressions sexuelles sur les enfants de la crèche où il travaillait. Il n’avait pas été condamné… et disposait de son attestation d’honorabilité.
La loi Valletoux ne s’applique pas à la petite enfance.
En petite enfance, les entreprises de travail temporaire – comme on appelle les agences de placement et d’intérim – ne sont pas soumises à la loi Valletoux qui ne concerne que les établissements de santé et services médico sociaux. Elle interdit aux hôpitaux, aux établissements médico-sociaux (Ehpad…) et aux laboratoires de biologie d’embaucher en intérim des professionnels médicaux, paramédicaux ou socio-éducatifs récemment diplômés. Et un décret de novembre 2025 précise que les intérimaires doivent avoir, a minima, deux ans d’expérience.
MILA Intérim : entretien en présentiel et prise de référence
Pour rappel, Mila Intérim est une petite agence travaillant principalement en Île-de-France mais aussi à Lyon et Bordeaux. Elle est spécialisée dans des métiers de l’accueil du jeune enfant et travaille avec des EAJE, des écoles maternelles et des pouponnières. Il se trouve que l’EJE au cœur de l’article de Médiapart, avait été placé par l’agence Mila Intérim. La responsable de l’agence, Stéphanie Gautun, elle-même éducatrice de jeunes enfants et ancienne directrice de crèche, a accepté de répondre à nos interrogations. Et sur le cas de cet EJE elle tient à préciser : « Cette personne nous a présenté son attestation d’honorabilité, nous ne pouvions pas savoir. Néanmoins depuis cette affaire, nous demandons à l’issue de l’entretien en présentiel avec le candidat, s’il nous autorise à prendre des références auprès de son ou ses précédents employeurs. Nous ne pouvons légalement le faire sans son autorisation. Parfois, certains employeurs refusent de nous répondre … »
Chez Mila Intérim tous les recruteurs sont des professionnels de la petite enfance et le processus de recrutement est clairement identifié. Dès qu’un professionnel s’inscrit sur le site de l’agence, son CV est vérifié, notamment la conformité des diplômes, et pour être validé il doit faire état « de deux expériences significatives en crèche ». Puis il est contacté par téléphone pour une nouvelle vérification orale du CV « avec notamment une discussion sur l’expérience annoncée ». Enfin, il y a toujours un entretien en présentiel, au cours duquel, précise encore Stéphanie Gautun, « le candidat doit nous présenter ses diplômes, son attestation d’honorabilité (de moins de 6 mois) et une pièce d’identité. ». Quand le profil est validé, d’autres documents telle la carte vitale lui seront demlandés.
« Par ailleurs, ajoute la directrice, nous procédons toujours à un suivi de qualité des intérimaires. Et nous leur proposons des formations sur le savoir-être, la bienveillance, la communication etc. ».
Adecco, branche petite enfance : des entretiens principalement en présentiel
Le numéro 1 de l’intérim en France nous a décrit son processus de recrutement : « Le recrutement repose sur des entretiens, principalement en présentiel. C’est un échange essentiel, au cours duquel nous cernons les savoirs, savoir-faire, savoir-être et savoir-devenir des candidats, afin d’être en capacité de leur proposer les solutions emploi qui répondent le mieux à leurs attentes. Lors de cet échange, nous vérifions également l’ensemble des éléments administratifs : diplôme éventuel et attestation d’honorabilité, obligatoire pour travailler en crèche, qui permet de s’assurer que la personne n’a commis aucune infraction au contact de jeunes enfants. Nous pouvons par ailleurs effectuer des prises de référence auprès des précédents employeurs pour nous assurer du comportement professionnel des candidats ».
Les deux agences sont d’accord sur un point : dans le contexte actuel, les demandes sont plus nombreuses, elles proviennent d’établissements de touts statuts et concernent en priorité les auxiliaires de puériculture, les EJE et les accompagnant éducatifs petite enfance (titulaires du CAP-AEPE).
Pour les gestionnaires et les RH : un pansement pas un remède
Les répondants aux deux enquêtes de l’UNIOPSS et de la FECC l’ont tous dit : en ces temps de pénurie, impossible de se passer de l’intérim ! Mais surtout, ils insistent sur un point : ce ne peut être une solution pérenne, et il ne faut pas considérer que c’est la réponse à la crise de recrutement que connait le secteur. « L’intérim est aujourd’hui indispensable mais son recours doit être réduit au maximum et préparé pour limiter ses effets insécurisants sur l’accueil du tout-petit (…) », c’est le sentiment général qui ressort des verbatim recueillis.
Pour les absences non prévues
Muriel Gasco, gestionnaire du réseau Poussy crèches à Marseille résume la situation par cette formule : « L’intérim, c’est un pansement pas un remède ». C’est d’ailleurs pourquoi elle « limite l’intérim aux absences non prévues (maladies, etc.) pour éviter les fermetures et également pour les départs en formation ». La gestionnaire de ces crèches associatives explique : « Je fais appel à des agences soit pour de l’intérim soit pour des remplacements plus longs en CDD. Je travaille avec de grosses agences (Appel médical, Adecco) mais aussi avec des agences plus petites qui, c’est vrai, mettent plus de cœur dans le recrutement ». Elle confesse qu’elle a eu parfois quelques déboires avec les intérimaires et qu’il lui arrive de prévenir « qu’on ne veut plus de tel ou tel intérimaire et les agences en tiennent compte »
Le dernier recours
Aurélie Lainé, directrice des ressources humaines de Babilou, que nous avons contactée à la suite à d’un article du Figaro faisant état d’une véritable valse des intérimaires dans la crèche Vauban de Versailles explique : « Pour nous, l’intérim c’est le dernier recours. Et principalement dans deux cas : l’absentéisme et l’attente de poste à pourvoir. » Mais ajoute-t-elle « 30% du turnover est concentré dans 5% de nos crèches ».
Sur l’absentéisme, Aurélie Lainé explique : « On le subit de façon immédiate et malgré le pool de professionnels volants de chaque secteur, destinés aux remplacements, nous devons faire appel à des agences d’intérim (Adecco, JBM et quelques partenaires locaux comme à Versailles) auxquelles nous avons, dans le cadre d’un partenariat, donné un cahier des charges très précis. De ce fait, leur responsabilité est engagée ».
Quant à la seconde cause, l’attente de poste à pourvoir, le groupe, ayant constaté que 30% des départs avaient lieu au cours des trois premiers mois, a renforcé son parcours d’intégration. Avec un effet positif, ces départs prématurés ont chuté de 15% durant la période d’essai. Et un soutien de la DRH aux directrices lors de leurs embauches a aussi porté ses fruits : les postes à pourvoir ont diminué de 20%.
La difficile intégration des intérimaires
Muriel Gasco constate : « Les intérimaires débarquent, ils ont les diplômes conformes aux textes, mais parfois ils sont plus problématiques qu’aidants, me disent les équipes. Quand l’intérim couvre une courte période, elles préfèrent faire des heures supplémentaires. Évidemment au-delà d’un jour ou deux ce n’est pas possible ». Et d’ajouter : « Oui, j’ai eu de mauvaises expériences avec des profils pas adaptés sur la posture ou le vocabulaire. »
Aurélie Lainé confirme, « effectivement ce n’est pas facile d’intégrer des intérimaires. D’autant que parfois le choix de la personne est un choix par défaut ». Pour elle, il est essentiel de présenter la nouvelle venue aux parents.
Si c’est compliqué d’accueillir une intérimaire qui ne restera peut-être que deux ou trois jours seulement dans la structure, l’une d’elle, Kaur Amargit (voir ci-dessous), a insisté sur la nécessité d’être « accueillie » : « L’important quand on arrive, c’est d’être accueilli : qu’on nous donne toutes les informations nécessaires pour que nous puissions bien faire notre travail et intégrer les pratiques et habitudes de l’équipe et de la structure. »
Une solution insécurisante pour les enfants et les parents
Évidemment, au-delà de ces difficultés organisationnelles ou financières (voir encadré), les structures considèrent que le recours aux intérimaires menace la qualité d’accueil. Car une professionnelle aussi compétente soit-elle (et imaginez quand elle est débutante !) qui ne reste que trois jours dans une crèche, ne peut faire de miracles. Elle permet d’être en règle avec la réglementation (taux d’encadrement et qualification des personnes auprès des enfants), mais permet-elle de sécuriser affectivement les enfants pour qui l’on connait l’importance d’avoir des figures d’attachement stables, d’où le système de référence mis en place dans de nombreuses crèches ? Enfin comment ne pas donner aux parents l’impression de confier leurs enfants à des « inconnus » ?
Illustration avec quelques verbatim :
« L’intérim nuit à la qualité du service. Les enfants sont perturbés. »
« (…) C’est une solution qui n’est pas idéale pour la sécurité émotionnelle des enfants et la cohésion d’équipe. »
« Je trouve l’appel à des intérimaires non opportun dans la petite enfance : la multiplication des adultes dans l’encadrement ne permet pas aux enfants une sécurité affective et la stabilité nécessaire à cet âge. En outre, dans une période où notre image est écornée, les intérimaires nuisent à notre image et à la confiance que les familles peuvent nous accorder ».
« Les conséquences sur la qualité d’accueil et sur la cohésion d’équipe peuvent être importantes. Recruter une personne inconnue de tous, qui ne connaît ni les enfants, ni les familles, ni les pratiques professionnelles de la structure, ni même l’organisation matérielle des lieux, entraîne inévitablement une baisse de qualité d’accueil et une surcharge de travail pour les professionnels en poste. »
Ce que signifient ces témoignages : globalement quand une structure fait appel à l’intérim pour pallier des absences, la direction a tout intérêt à bien préparer l’équipe et les parents, et à travailler l’intégration de la nouvelle venue. C’est d’ailleurs le sens d’un article de notre experte en management Marie Defrance qui expliquait que « loin de se limiter à une réponse organisationnelle, l’intégration des intérimaires engage pleinement la responsabilité managériale. Elle questionne le cadre, la posture, les exigences professionnelles et, surtout, la qualité d’accueil offerte aux enfants et à leurs familles. ».
Qui sont les intérimaires ? Des jeunes et des moins jeunes qui aiment la liberté !
Difficile d’avoir un profil très défini des professionnels qui choisissent l’intérim, celles que nous avons rencontrées ne correspondent pas vraiment à ce que les directeurs de structure ont pu nous dire ou aux verbatim recueillis par l’UNIOPSS et la FFEC lors de leurs enquêtes.
Des mercenaires !
« Les intérimaires sont parfois juniors et manquent d’expérience, d’agilité et de compétences (…). »
« (…) Nous sommes confrontés à des intérimaires mercenaires qui refusent toute embauche et qui choisissent le statut d’intérim pour choisir de travailler quand ils le souhaitent, et pour être mieux rémunérés »
« (…) de nombreux jeunes sortis d’école sont attirés par l’intérim (salaires plus élevés, flexibilité des horaires, absence de contraintes, possibilité de partir en vacances quand elles veulent etc.), ce qui déstabilise les équipes en place les enfants et les familles et met en déficit de nombreux établissements, car il entraîne une augmentation de 40% en moyenne de la charge salariale avec des intérimaires souvent jeunes, sans expérience, sans engagement dans la vie de la structure. ».
« Les exigences des salariées en intérim créent des tensions dans les équipes et la prise en compte pédagogique est souvent troublée. ».
Génération Z
Bref les intérimaires n’ont pas bonne presse et seraient toutes issues de la génération Z avec tous les défauts qu’on lui prête : des enfants gâtés qui travaillent quand ils veulent et où ils veulent. En fait chez Mila Intérim, par exemple, la moyenne d’âge des intérimaires est de 34,6 ans. Néanmoins, la tranche d’âge la plus représentée reste celle comprise entre 23 et 31 ans. Et chez Adecco, on souligne que « l’intérim ne concerne pas un type spécifique de personnes ; nous ne constatons pas d’écart par rapport aux autres formes de contrats dans le secteur. Certains professionnels ne souhaitent pas s’inscrire durablement dans une structure et préfèrent aller de crèche en crèche pour enrichir leur parcours, sans se fixer dans une équipe. D’autres travaillent de manière pérenne avec nous et préfèrent intervenir toujours dans la même crèche, par habitude, tout en conservant une certaine liberté ».
A l’instar de Muriel Gasco nombre de gestionnaires et directeurs de structures pensent qu’une des solutions serait que la loi Valletoux s’applique à la petite enfance. « Cela permettrait aux jeunes diplômées de ne pas choisir l’intérim trop tôt. »
Une façon de se professionnaliser.
Mais choisir l’intérim peut aussi être motivé par des raisons plus nobles que prendre des vacances quand on le souhaite ! Hossainatou Barry, 51 ans est titulaire d’un CAP-AEPE après une reconversion professionnelle. Son diplôme en poche, elle devient Atsem en école maternelle mais très vite elle souhaite découvrir le travail en crèche. « Je me suis inscrite en intérim, explique-t-elle, car je ne voulais pas me fixer tout de suite. Je voulais parfaire mon expérience et découvrir plusieurs types de structures et de fonctionnement. » Et si aujourd’hui elle sait qu’elle préfère travailler dans de petites structures, elle reste encore intérimaire car elle prépare une VAE d’auxiliaire de puériculture et que cela lui laisse plus de temps pour s’y consacrer.
Un enrichissement sur les plans personnel et professionnel
Cela fait 10 ans que Kaur Amargit, 46 ans travaille en intérim. Elle aussi est arrivée en petite enfance après une reconversion professionnelle et, elle aussi après un CAP- AEPE est devenue, par VAE, auxiliaire de puériculture. Aujourd’hui elle est en VAE d’EJE. Son choix de l’intérim est réfléchi et assumé. « Avec l’intérim, on est plus libre de nos choix. Et c’est en plus un enrichissement sur le plan personnel, on voit différentes pédagogies, différentes organisations et c’est professionnellement très enrichissant. Je n’ai jamais eu envie de me poser même si parfois j’ai beaucoup aimé travailler dans certaines crèches. J’aime cette diversité, j’ai fait des missions longues (plusieurs mois voire un an), des missions très courtes, une ou deux journées .» Elle poursuit : « C’est intéressant parce que l’agence (NDLR. Mila Intérim) nous consulte et tient compte de nos desiderata. Notre avis est prioritaire, il y a certaines crèches dans lesquelles je retourne volontiers : elles me demandent et moi j’aime aller chez elles. Pour les enfants, l’équipe et moi, c’est plus confortable. On se connait et je connais leurs pratiques et organisations. Ce que j’aime aussi dans l’intérim c’est de ne pas avoir les mêmes rapports avec la direction que l’équipe en place. On arrive, on est très motivés car chaque mission est un challenge. On a un regard extérieur. »
S’il n’y a donc pas de portrait type de l’intérimaire en petite enfance, il y a cependant des points communs dans leurs motivations. En premier lieu la liberté, liberté de travailler ou pas, liberté de choisir sa mission, donc son lieu d’exercice. Et liberté de mettre fin à un remplacement si les choses se passent mal.
Le coût de l’intérim
Outre la qualité d’accueil, toutes les crèches le disent : l’intérim est très cher, trop cher.
« L’intérim pourrait être une solution intéressante pour nos structures, mais le coût très élevé que cela représente est LE frein n°1. »
« Le budget intérim impacte fortement le coût de la masse salariale et pénalise en conséquence d’autres projets de l’Association ».
Pour Muriel Gasco, un intérimaire revient de 1,8 à 2,5 plus cher par heure chargée qu’un salarié classique.
Les agences d’intérim ne souhaitent évidemment pas communiquer sur le taux qu’elles appliquent, arguant que cela dépend du contrat avec les EAJE et du diplôme de l’intérimaire. Et surtout, elles les cachent jalousement à la concurrence ! De nombreux gestionnaires souhaiteraient que les tarifs des agences soient plafonnés.
À noter qu’un rapport de l’IGAS de 2025 intitulé « Comment résoudre les tensions de recrutement dans le champ social et en accroître l’attractivité ? » préconisait (recommandation 16) de « limiter le recours des établissements de santé et médico-sociaux à l’intérim » notamment l’intérim privé au profit « de groupements d’employeurs ou de sociétés coopératives dans le champ sanitaire et sociale. » (recommandation 24). Comme la loi Valletoux cela ne concerne pas la petite enfance, mais…
Et les intérimaires ? Les agences rappellent qu’en principe, ils s’alignent (puisque ce sont eux les employeurs) sur les salaires en vigueur dans la structure où s’effectuera le remplacement.
Pour les longs remplacements, les intérimaires bénéficient de CDD et reconnaissent que c’est intéressant financièrement puisqu’ils toucheront une indemnité de fin de mission même s’ils enchaînent sur un autre contrat dans la foulée.
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 24 octobre 2026