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Pénurie de professionnels de la petite enfance : c’est le statu quo selon l’enquête Cnaf
Les premiers résultats de l’enquête menée en décembre 2024 par le service statistique de la Cnaf présentés ce jour au CA de la Cnaf et le seront mercredi 2 juillet à la plénière du Comité de filière petite enfance. Des résultats partiels, qui ne donnent pas encore de chiffres régionaux et départementaux, mais qui semblent confirmer la pénurie, sans toutefois noter une aggravation de la tendance. Néanmoins, selon la semaine où a été réalisée l’étude, il manquerait environ 13 500 postes, soit 8,2 % des effectifs.
Le mieux est, parfois, souvent l’ennemi du bien ! Elle était peut-être imparfaite cette enquête de la Cnaf de 2022, réalisée à la demande du Comité de filière petite enfance, mais elle était claire et facilement appréhendable. Et depuis trois ans, elle a servi de référence à tous les travaux ou débats ou discussions sur la pénurie de professionnels dans le secteur de la petite enfance. Le chiffre de 10 000 postes est resté dans toutes les mémoires.
Une enquête plus robuste et reproductible
Mais, parce qu’elle souhaitait construire un outil statistique plus robuste qui puisse être reproductible et permettre de suivre les évolutions par d’exactes comparaisons, la Cnaf a changé de méthode et confié l’enquête 2024 destinée à évaluer le besoin en professionnels dans les EAJE Psu et Paje, à son service statistique. Et du coup, tout a été plus long et tout est plus difficile à appréhender et interpréter par le commun des mortels. Bref, les résultats complets de l’enquête départements par département et par métiers, les plus intéressants et utiles, ne seront disponibles qu’à l’automne 2025.
Un changement de méthode qui interdit toute comparaison directe entre les deux enquêtes, précise d’ores et déjà la Cnaf. Elle présente des différences majeures par rapport l’enquête sur la pénurie de personnel de 2022. Et ce au moins sur deux points : la période et la comptabilisation des absences. En effet, en 2022 l’étude s’est mené avril et en 2024 en décembre. par ailleurs, en 2024 toute absence quelle qu’elle soit a été prise en compte durant la semaine de l’étude, en 2022 seules les vacances de poste de plus de trois mois étaient prises en compte.)
Un taux de réponse de 61 %
Comme nous l’avait déjà laissé entendre Céline Marc, directrice du département enfance et parentalité à la Cnaf, le taux de participation intermédiaire (près de 50 %) était très encourageant. Au final, il s’est encore amélioré, puisqu’il a atteint 61% avec une sur-représentation assez logique des crèches PSU (71%) vs 30% pour les micro-crèches Paje.
En 2024, il manquait 13 500 postes
Selon les premiers résultats donc, 13 500 postes (12 600 auprès des enfants, 900 en direction) étaient non pourvus en 2024. Soit 8,2% des effectifs. Un chiffre calculé à partir du nombre d’ETP théorique (163 900) et du nombre d’ETP présents (150 400).
Près de la moitié des ETP – soit 6100 postes – manquants le sont depuis 3 mois ou plus et représentent 3%,5% des effectifs. Globalement les plus touchées sont les crèches (nommées dans l’étude accueil collectif) avec un taux de vacance de 9,3%, puis les crèches parentales (5, 5%) et enfin les micro-crèches 4, 7% ce qui semble normal étant donné le système dérogatoire dont elles bénéficient encore et la qualification de leurs professionnels (les postes vacants de CAP-AEPE étant moins nombreux).
La pénurie concerne en priorité les EJE et les AP
La tension particulièrement forte dans le secteur public (10 % d’ETP manquants vs 7,3% dans le secteur associatif et 7% dans le secteur privé). Il y a encore de fortes disparités régionales : et en Île-de-France, le taux de vacance est de 14% vs 6% pour le reste du territoire. Côté métiers, la pénurie touche en priorité les EJE (2300 non pourvus dont 1400 depuis plus de trois mois soit 14% des postes qui seraient nécessaires et les auxiliaires de puériculture (5400) dont 2800 depuis plus de trois mois soit 10,7% des besoins).
Ni amélioration ni aggravation
La Cnaf prévient que la comparaison directe entre l’enquête 2022 et 2024 n’est pas judicieuse eu égard au changement de méthode, néanmoins, elle s’explique : « Les résultats de l’enquête ne semblent pas permettre de conclure à une aggravation du phénomène depuis 2022. » Pour seul exemple, il y a moins de postes vacants de plus de 3 mois (6100) qu’en 2022 (un peu moins de 10 000.)
Et elle impute cette non-aggravation aux actions menées par les Caf telles : le soutien aux revalorisations salariales dans le cadre du bonus attractivité ; le soutien aux aménagements bâtimentaires et à l’ergonomie pour améliorer les conditions d’accueil et de travail ; le soutien aux pratiques professionnelles, via la formation, la réflexion collective et l’individualisation de l’accueil ; le développement de solutions innovantes pour répondre durablement à la pénurie de professionnels.
Des actions parfois initiées par d’autres : les politiques, le Comité de filière petite enfance, mais effectivement faisant partie de la COG actuelle et étant mis en oeuvre par les Caf.
Catherine Lelièvre
PUBLIÉ LE 01 juillet 2025