S’abonner
Espace
Abonnés

Petite enfance : dans un courrier aux maires, Stéphanie Rist présente ses trois priorités

Alors que le congrès des maires (auquel aucun ministre, excepté Sébastien Lecornu, n’avait été convié), venait de s’ouvrir, en marge du salon des maires (où nombres de ministres ont déambulé), le 18 novembre, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées a écrit à tous les maires de France. Elle leur présente sa feuille de route petite enfance et leur apporte son soutien dans le déploiement du Service public de la petite enfance (SPPE).

La lettre énonce clairement les priorités de la ministre sur le champ de la petite enfance, qui sont au nombre de 3 : donner le libre choix des parents (de prendre un congé de naissance, d’opter pour le mode d’accueil qui leur convient le mieux notamment) ; mettre en œuvre une stratégie efficace pour que la qualité soit au cœur des modes d’accueil ; déployer des moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux.

Nouvelles compétences et contexte budgétaire difficile

Le courrier, avant de décliner les trois priorités, les replace dans le contexte de la mise en œuvre du Service public de la petite enfance (SPPE). La ministre, c’est clair, contrairement à sa prédécesseure Catherine Vautrin, prend au sérieux ce SPPE et le rôle central des communes dans sa mise en œuvre et sa réussite.
« Depuis le 1er janvier 2025, écrit-elle, en devenant autorités organisatrices de l’accueil du jeune enfant, vous assumez le rôle des pilotes territoriaux du service public de la petite enfance». Soulignant que c’est une responsabilité importante, elle poursuit : « Je fais le vœu que ces compétences vous permettent d’agir efficacement sur ce qui est également un enjeu majeur d’attractivité de vos territoires et un vecteur de lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes, notamment au niveau professionnel. » Stéphanie Rist rappelle aussi sa décision de revaloriser la PSU de 2 %, une augmentation qui concerne toutes les crèches, quel que soit leur statut.

« La progression du libre choix des parents »

Cette volonté de (re)donner le libre choix aux familles de l’organisation de leur vie de parents et de la façon dont ils souhaitent exercer ce rôle, se traduit bien sûr dans le tout nouveau congé de naissance. La ministre souligne : « le gouvernement a souhaité faire progresser ce libre choix pour assurer, pour toutes les familles qui le peuvent ou qui le souhaitent, que l’enfant puisse rester au cours des premiers mois auprès de son ou de ses parents, ce dont le bénéfice est démontré par le rapport des 1000 premiers jours. ». La ministre précise qu’elle défend ce nouveau congé de naissance dans le cadre des discussions sur le PLFSS.

NB : Ce congé est plutôt bien accueilli même et malgré quelques amendements proposés qui auraient pu en fragiliser l’équilibre et la philosophie (fractionnement, temps partiel, simultanéité de la prise du congé par les deux parents, etc.), finalement l’essentiel du projet gouvernemental a été préservé. Seul son financement est encore sujet à polémique.

« La poursuite d’une stratégie d’amélioration effective de la qualité des modes d’accueil. »

La qualité d’accueil constitue la deuxième priorité de Stéphanie Rist. Et là, elle se veut dans les pas de celles et ceux qui l’ont qui l’ont portée, de Jean-Christophe Combe qui avait commandé à l’Igas un rapport qui a fait date dans ce domaine, à Catherine Vautrin qui a signé le décret concernant l’amélioration de la qualité d’accueil dans les micro-crèches. Celui-là même, rappelons le, a fait hurler les gestionnaires de micro-crèches Paje, mais s’appliquera dès septembre 2026. La ministre fait d’ailleurs référence explicitement à ce fameux décret consistant « à aligner les exigences de qualification dans les crèches », mais elle note aussi « les exigences de transparence financière et les nouveaux outils donnés aux autorités de contrôle » (Ndlr : Ces avancées découlant de la loi sur le plein emploi de décembre 2023).

Sur ce thème, la ministre cite aussi le référentiel national de la qualité d’accueil qui « est venu poser le socle de la philosophie éducative portée par le service public de la petite enfance. » La ministre conclut : « Je suivrai avec attention le déploiement opérationnel de l’ensemble de ces évolutions dans les mois à venir, en particulier concernant l’accès au nouveau titre professionnel d’intervenant éducatif petite enfance. »

NB. Ce nouveau titre de niveau 4, destiné à être essentiellement préparé par une VAE, a opposé gestionnaires et pros de terrain : les premiers y voyant un remède efficace à la pénurie de personnel, notamment de catégorie 1, une solution pour ne pas mettre en péril les micro-crèches dès septembre 2026, et un renforcement de la filière petite enfance souhaitée et souhaitable ; les seconds, eux, regrettant une certification, réalisée à la va-vite et non un diplôme d’Etat comme le sont tous les diplômes de la filière hors CAP AEPE qui est un diplôme Éducation nationale. La ministre, elle, dans le sillage de Catherine Vautrin souhaite défendre cette certification qui est sur les rails désormais (avis favorable de la CPC). En revanche, son entourage le souligne, elle sera vigilante et attentive à la façon dont les organismes de formation la mettent en œuvre. Car pour elle, la formation est au cœur de la qualité d’accueil et un enjeu majeur au vu des nouvelles normes d’encadrement.

« Déployer des moyens humains et financiers à hauteur des enjeux »

« J’ai pleinement conscience de vos attentes », avertit d’emblée Stéphanie Rist. Faisant référence aux 86 millions d’euros débloqués pour 2025 pour soutenir les communes de plus de 3500 habitants dans leur rôle d’autorité organisatrice du SPPE, la ministre promet : « Très concrètement, je prends l’engagement que cet accompagnement de 86 millions soit versé à toutes les communes de plus de 3500 habitants d’ici la fin de l’année, puis tous les ans. »

Une promesse : le soutien des services de l’État

En conclusion de son courrier et de la présentation de ses trois priorités, la ministre rappelle que les maires peuvent compter sur le soutien des services de l’État sous différentes formes pour construire la priorité des priorités, le SPPE. Elle fait référence aux guides en ligne concoctés par le Haut-commissariat à l’Enfance, mais aussi à celui encore en préparation sur les bonnes pratiques de la commande publique et des DSP. Enfin, elle confirme ce que Sarah El Haïry nous avait laissé entendre lors de la Rentrée de la petite enfance : la Haute-commissaire « entreprendra un tour de France à la rencontre des maires pour échanger à la fois sur les bonnes pratiques et difficultés rencontrées dans le cadre de votre action au service de l’enfance. » Elle sera donc bien l’ambassadrice du SPPE.

Mais la ministre n’en sera pas loin… faisant taire ceux qui la voient avant tout comme une ministre de la Santé, elle affirme : « je souhaite vous assurer que je serai à vos côtés pour que l’on puisse dépasser les difficultés que vous pourriez rencontrer, et faire progresser ensemble le service public de la petite enfance. Je crois à l’ambition fondamentale qu’il contient d’apporter à chaque enfant et à chaque parent qui a besoin des solutions d’accueil de qualité. »

Ce ne sont peut-être que des mots… mais ils font du bien à lire après ces mois où tout semblait l’arrêt et où une ministre à la tête d’un ministère XXL confiait en petit comité qu’elle ne croyait pas au service public de la petite enfance, persuadée qu’elle était que les maires n’en voulaient pas. Ce qui depuis a été démenti non seulement lors de prises de parole et témoignages, mais aussi par les faits.

Lire ci-dessous la lettre dans son intégralité

Lire aussi :SPPE : des maires engagés, mais en demande d’un meilleur soutien financier

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 22 novembre 2025

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire