SNPPE : 5 ans de combat pour les métiers de la petite enfance
Le Syndicat National des Professionnels de la Petite Enfance (SNPPE) vient de fêter ses cinq ans. Créé au cœur de la crise sanitaire, il s’est, dès le départ, donné pour mission de rassembler tous les métiers de la petite enfance et de défendre les droits de ceux qui les exercent. Chez les Pros de la petite enfance, nous l’avons vu naître et même si nous ne sommes pas toujours en phase avec ses prises de position, nous constatons, que parti de rien, il a su faire entendre assez vite sa voix et porter des combats essentiels. Rencontre avec des professionnels engagés.
Qu’est-ce qui vous a poussé à créer ce syndicat dans le secteur de la petite enfance, alors qu’il en existe déjà beaucoup ? Et, cinq ans plus tard, où en êtes-vous aujourd’hui ?
Cyrille Godfroy , EJE, co-secrétaire général du SNPPE : Il y a eu un vrai déclencheur. Pendant la crise sanitaire, nous étions en première ligne pour permettre à la société de continuer à fonctionner, en accueillant notamment les enfants des personnels soignants. Et puis, tout à coup, les crèches ont complètement disparu du discours présidentiel. On a eu le sentiment d’être utiles un temps, puis plus rien, même pas un mot de reconnaissance. C’est cela qui m’a un peu agacé. J’avais déjà une expérience militante à la FNEJE, donc cette idée d’engagement faisait quelque part partie de moi. J’ai donc lancé un appel pour voir qui serait intéressé par la création d’un nouveau syndicat.
Dès le départ, un choix fort a été fait : celui de construire quelque chose de toutes pièces, un syndicat qui corresponde vraiment aux attentes des professionnels, en tout cas de ceux qui avaient répondu à cet appel. La première difficulté a été de maîtriser le cadre juridique. Nous sommes des professionnels de la petite enfance, pas des experts en droit du travail syndical. Il a donc fallu apprendre. Ensuite, nous avons beaucoup réfléchi collectivement à la gouvernance. Nous avons opté pour la co-responsabilité : trois co-secrétaires généraux, trois trésoriers et une organisation qui ne soit pas pyramidale. Nous partageons les fonctions et nous tenons à ce mode de fonctionnement horizontal. Notre objectif n’était pas de recruter des pros déjà syndiqués, mais de proposer une alternative qui donne envie à de nouvelles personnes de nous rejoindre. Nous souhaitons renforcer la représentation syndicale dans le secteur de la petite enfance.
Notre force, c’est que nous sommes tous des professionnels de terrain. C’est parfois un handicap, car nous sommes bénévoles et avons peu de temps, mais nous vivons au quotidien les mêmes réalités que celles des adhérents. Dans l’équipe dirigeante, il y a par exemple une ancienne auxiliaire de puériculture devenue formatrice, une auxiliaire en crèche, et moi, EJE en coordination. Nous essayons de représenter la diversité des métiers de la petite enfance. Aujourd’hui, nous avons des adhérents dans toute la France, principalement dans le privé, mais aussi dans le public. Nous souhaitons accueillir toutes les formes d’accueil – collectif comme individuel – et couvrir plusieurs conventions collectives, pour que les professionnels n’aient pas besoin de changer de syndicat à chaque changement d’employeur. Au sens juridique du terme, nous ne sommes pas encore représentatifs, mais nous y travaillons.
Pourquoi avez-vous fait ce choix de réunir professionnels de l’accueil collectif et individuel ? Est-ce que tous les métiers sont représentés ?
Véronique Luypaert, assistante maternelle, assesseure au SNPPE : Parce que nous pensons qu’il est essentiel de ne pas enfermer les professionnels de la petite enfance dans des cases. Dans beaucoup de syndicats, l’accueil individuel et l’accueil collectif sont séparés. Cela correspond pour moi à une logique ancienne. Au SNPPE, nous avons voulu prendre le contre-pied de cette habitude : fédérer au lieu de séparer.
Bien sûr, les métiers n’ont pas exactement les mêmes réalités. Une assistante maternelle qui travaille à son domicile n’a pas le même employeur, les mêmes conditions de travail ni le même cadre réglementaire qu’une auxiliaire de puériculture en crèche. Mais au fond, l’essence du métier reste la même : accueillir l’enfant, l’accompagner dans son développement, soutenir ses parents. C’est cela qui nous rassemble.
Et ce qui me semble vraiment précieux, c’est qu’au sein du syndicat, on ne pense pas tous la même chose. Il peut y avoir des avis divergents, parfois même opposés, entre l’accueil individuel et l’accueil collectif. Mais au lieu de nous diviser, ces différences enrichissent finalement la réflexion et permettent aussi de croiser les regards. On se rend compte que les problématiques, même si elles ne sont pas identiques, se répondent. Le fait d’avoir tous les métiers représentés – assistantes maternelles, éducatrices de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture, animateurs de RPE – nous donne aussi plus de poids face aux institutions. Trop souvent, les ministères ou les cabinets reçoivent séparément les syndicats de l’accueil collectif et ceux de l’accueil individuel. Il est vrai qu’aujourd’hui, les assistantes maternelles ne sont pas encore très nombreuses au sein du SNPPE. Mais c’est justement un axe que nous voulons développer. Je veux leur dire que leur place est essentielle : elles représentent une part considérable de l’accueil du jeune enfant en France, et leurs réalités doivent être plus entendues et mieux défendues.
Dans quels domaines avez-vous le sentiment d’avoir fait avancer les droits des professionnels ?
Véronique Escames, auxiliaire de puériculture et formatrice ; co-secrétaire générale du SNPPE : Il me semble que le SNPPE a essentiellement œuvré à la libération de la parole des professionnels de la petite enfance. C’est un combat que nous avons toujours mené, mais la sortie du rapport de l’Igas et des livres-enquête sur ce sujet y ont fait écho. Il y a eu un avant et un après. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui les professionnels ont compris que ne rien dire c’est se rendre complice, et osent davantage nous contacter pour demander de l’aide. Même de manière anonyme, c’est un premier pas. Témoigner aide ces professionnels à se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls dans leurs difficultés. Nous leur rappelons leurs droits et leurs devoirs, et leur apportons un véritable soutien dans leurs démarches, parfois même jusqu’au tribunal.
Le SNPPE se félicite d’avoir intégré le Comité de filière petite enfance qui nous permet de participer à l’évolution des métiers de la petite enfance pour une meilleure reconnaissance. Nous l’espérions, nous n’avions pas que des soutiens, mais nous avons montré que le SNPPE était présent, et pas simplement là pour faire de la figuration. Nous avons également rejoint le comité partenarial de la Cnaf
Pour ce qui est de l’avancée des droits des salariés, nous avons réussi à obtenir des délégués CSE aux élections professionnelles. Certes nous, nous n’en avons pas encore beaucoup, mais ça avance ! Les salariés apprécient d’avoir un syndicat dédié à leur secteur d’activité et s’y reconnaissent.
Nous avons obtenu rapidement une excellente visibilité sur les réseaux sociaux en étant actifs et réactifs. Journalistes et salariés savent où nous trouver. Tout cela grâce à la force de notre réseau, et de l’équipe très soudée que forme notre Bureau. Je suis particulièrement fière de ce que nous sommes parvenus à construire : je ne pensais pas que nous pourrions arriver « aussi haut, aussi rapidement » !
En cinq ans, nous avons grandi et appris de nos erreurs, comme les enfants ! Je pense tout particulièrement à l’année où nous n’avons pas pu nous présenter aux élections professionnelles… Le SNPPE, ce sont de belles rencontres et un combat qui vaut la peine – pour les enfants et les professionnels – même si les choses avancent difficilement.
Comment vous positionnez-vous par rapport aux associations de professionnelles très présentes dans le secteur ?
Lucie Robert, auxiliaire de puériculture et co-secrétaire générale du SNPPE : Nous nous plaçons de manière très complémentaire et exigeante. Si les associations jouent un rôle essentiel (ressources, réseau, appui aux familles), le SNPPE, lui, a un mandat distinct : défendre les salariés, négocier, contester si nécessaire et porter leurs droits au travail.
L’une de nos forces est de rassembler les différents métiers de la petite enfance au sein d’une même organisation : cela évite tout corporatisme. Nous sommes forts de nos différents types de qualifications, postes et employeurs, qui nous donnent une expérience de terrain assez riche. Nous savons de quoi nous parlons ! Les associations nous ont fait confiance assez rapidement lorsqu’elles ont constaté que nous n’étions pas novices en la matière. Et certains membres du bureau avaient déjà eu une expérience syndicale ou associative auparavant. Notre légitimité s’est trouvée là.
Concrètement, je trouve que nous travaillons bien avec les associations professionnelles actives comme la FNEJE et l’UFNAFAAM. Nous regrettons cependant l’absence de l’ANAP dans ce champ et plus largement l’absence d’une association professionnelle représentative pour les AEPE. Nous sommes indépendants, mais nous restons ouverts à co-travailler avec tout syndicat dès lors que cela respecte nos valeurs et sert l’intérêt des professionnels avec une boussole constante : pas de qualité d’accueil sans respect des métiers et des conditions de travail !
Pourquoi avez-vous rejoint le SNPPE ?
Audrey Gerthoffer, EJE en crèche, adhérente au SNPPE : Je n’avais jamais été syndiquée auparavant, car j’avais l’image du syndicat toujours dans l’opposition systématique avec les directions, ce qui ne correspondait pas à ma vision des choses. Mais pendant ma formation d’EJE, avec mes camarades de promotion, nous avons pris conscience de l’ampleur des difficultés rencontrées dans le secteur de la petite enfance. Nous avons notamment organisé une manifestation en octobre 2022 à Mulhouse, en lien avec les revendications du collectif « Pas de bébés à la consigne ». Dans ce cadre, on m’a conseillé d’adhérer à un syndicat, à la fois pour bénéficier d’une protection et pour avoir un soutien logistique. C’est ainsi que j’ai découvert le SNPPE.
Ce qui m’a séduite, c’est que ce syndicat est spécifiquement orienté vers la petite enfance et ne cherche pas à entrer dans le conflit pour le conflit, mais plutôt à construire des idées et des propositions cohérentes. J’y ai retrouvé une vision humaniste, qui met toujours l’enfant au centre et s’appuie sur la réalité du terrain. Les discours, par exemple autour du taux d’encadrement m’ont particulièrement marquée, parce qu’ils ne s’arrêtent pas au simple respect des décrets, mais interrogent la qualité de l’accueil réel : comment accompagner un enfant en période de familiarisation, comment répondre aux besoins particuliers d’un enfant en situation de handicap, si l’on est constamment contraint par des ratios trop justes ?
Aujourd’hui, le SNPPE m’apporte des informations claires, des temps d’échange collectifs, et la possibilité de donner mon avis sur les textes et projets qui concernent notre secteur. J’ai été très contente, par exemple, d’avoir pu contribuer à la réflexion autour du référentiel national de la qualité d’accueil. J’ai le sentiment de participer activement à une dynamique collective qui défend nos métiers et se mobilise pour un accueil de qualité. On ne peut pas continuer à laisser la petite enfance sans véritable considération politique.
Ce que j’apprécie aussi, c’est l’ouverture : le SNPPE rassemble tous les professionnels de la petite enfance, en accueil collectif comme en accueil individuel, sans hiérarchie ni opposition entre diplômes. Chacun a sa place, chacun a un rôle à jouer. En parallèle, je suis également adhérente à la FNEJE. Pour moi, les deux démarches sont complémentaires. Le SNPPE est davantage dans la mobilisation et la revendication, alors que la FNEJE organise surtout des temps de réflexion entre professionnels et de construction de propositions. Elle n’est pas dans la politisation, mais dans la mise en commun des expériences.
Candice Satara et Laurence Yème
PUBLIÉ LE 16 septembre 2025