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Titre professionnel IEPE : le point sur le référentiel, la VAE et l’examen

Voilà quelques mois que le titre professionnel Intervenant éducatif petite enfance est accessible aux professionnels de la petite enfance. Par la formation initiale ou la VAE, cette nouvelle certification permet aux pros de terrain de gagner en qualification pour exercer en EAJE, en catégorie 1. Référentiel, VAE, soutenance… les Pros font le point sur le TP IEPE.

Le titre professionnel d’Intervenant éducatif petite enfance (TP IEPE) a été créé par l’arrêté du 12 décembre 2025. Délivré par le ministère du Travail via la DGEFP, il est enregistré au RNCP comme une certification de niveau 4, accessible par la formation initiale ou par la VAE, dont les titulaires peuvent exercer exclusivement en EAJE, comptabilisés parmi les professionnels de catégorie 1. Fruit d’une concertation expresse et vivement critiquée par les professionnels du secteur qui craignent « une déqualification massive des équipes », ce nouveau titre est né dans un contexte difficile, en réponse aux inquiétudes des gestionnaires alors que le secteur souffre d’une forte crise du recrutement et que de nouvelles exigences doivent s’appliquer aux microcrèches en septembre 2028 quand le décret remplaçant celui dont certaines dispositions ont été retoquées par une décision du Conseil d’Etat (après avoir reçu un avis favorable de la même institution) sera publié.

« Ce titre n’a pas été créé à la va-vite, en réalité cela faisait déjà près de deux ans que nous travaillions à l’idée d’une certification de niveau 4 et de ce qu’elle contiendrait, précise la DGCS. On avait besoin d‘un diplôme qui permette de qualifier des professionnels qui sont déjà sur le terrain. (…) Le TP IEPE vient compléter les diplômes existants. Nous avons voulu qu’il y ait une gradation des compétences du CAP AEPE au DEEJE – sachant que le CAP sera refondu dans les prochaines années – de manière à pouvoir créer une filière petite enfance et un parcours », indique-t-elle.

Un référentiel structuré en trois blocs de compétences

Le Référentiel d’emploi, d’activités et de compétences (REAC) du TP IEPE est composé de trois activités types (ou blocs de compétences), avec onze compétences professionnelles associées et cinq compétences transversales. Détaillées précisément par fiches dans le REAC, elles dessinent les contours de l’emploi type et des conditions d’exercice de l’Intervenant éducatif petite enfance.

1. Contribuer à l’accueil des jeunes enfants et à la réponse à leurs besoins fondamentaux

  • Participer à l’observation quotidienne des besoins des jeunes enfants en tenant compte de leur singularité et de leurs particularités.
  • Assurer le bien-être des jeunes enfants en répondant à leurs besoins physiologiques fondamentaux.
  • Assurer le bien-être des jeunes enfants en répondant à leurs besoins affectifs et relationnels.
  • Participer à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation du projet éducatif.

2. Accompagner le développement des jeunes enfants

  • Aménager un espace d’accueil adapté aux jeunes enfants et au contexte en organisant les activités au quotidien.
  • Élaborer et mettre en place une activité d’éveil et d’autonomie, individuelle ou de groupe.
  • Mettre en œuvre des actions éducatives hors les murs favorisant l’ouverture sur la culture et sur une démarche environnementale.
  • Contribuer à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’ajustement des projets d’accueil personnalisé des jeunes enfants en tenant compte de leur singularité et de leurs particularités.

3. Accompagner les parents ou l’entourage des jeunes enfants

  • Accueillir au quotidien les parents, l’entourage et construire une alliance éducative.
  • Participer à l’élaboration et à la mise en œuvre des actions d’accompagnement à la parentalité.
  • Participer à l’élaboration et à la mise en œuvre des actions de prévention précoce et inclusive en direction des jeunes enfants et en soutien à la fonction parentale.

En complément, cinq compétences transversales mobilisées dans l’ensemble des activités.

  • Communiquer.
  • Ajuster ses actions au quotidien et contribuer à l’amélioration continue des pratiques professionnelles.
  • Mobiliser les outils numériques dans ses activités et ses pratiques professionnelles.
  • Respecter les règles de sécurité et les protocoles d’hygiène.
  • Travailler et coopérer au sein d’une équipe pluriprofessionnelle.

Les points forts du TP IEPE

L’Intervenant éducatif petite enfance est un professionnel qui exerce en structure, et reste auprès des enfants au quotidien, comme l’auxiliaire de puériculture (AP). « On a vraiment veillé à ce que le TP IEPE ne vienne pas empiéter sur le DEEJE mais soit en miroir de l’AP, tient à rassurer la DGCS. Dans l’architecture des diplômes on voit que les verbes d’état ne sont pas les mêmes : là où l’EJE va coordonner et élaborer, le TP IEPE est davantage dans quelque chose qui tient de la participation. Ça ne vient pas induire le même niveau de responsabilité ». En revanche, là où le CAP AEPE est dans l’opérationnel, on attend du TP IEPE qu’il soit capable de prendre un peu plus de recul sur sa pratique, une capacité d’observation fine et d’analyse qu’il pourra partager avec son équipe, une posture éducative qui questionne ses pratiques. Qu’il sache les remettre en question et soit capable d’actualiser ses connaissances, de se former au long de sa carrière. « Le TP IEPE a été architecturé pour des personnes qui ont déjà acquis une expérience d’observation sur le terrain, que l’on va pouvoir valoriser », confirme la DGCS.

Créé peu après le Référentiel national de la qualité d’accueil du jeune enfant, le REAC du TP IEPE est profondément ancré dans ses axes, et sur les principes de la Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant et de la Charte nationale de soutien à la parentalité. Et comme l’impose la loi n°2018-771 de 2018 pour toute nouvelle certification ou diplôme, le REAC du TP IEPE intègre également une certaine culture de l’inclusion par l’attention au handicap, la prise en compte des besoins particuliers, de la singularité de chaque enfant et de la diversité des familles. La prévention est également mieux prise en compte. L’IEPE participe à la prévention précoce, au repérage des besoins particuliers, au soutien parental et doit être capable d’alerter en cas de violences intrafamiliales, VE0, situations de maltraitance ou négligence.

On retrouve également dans ses compétences une véritable ouverture à l’extérieur, des activités hors les murs à une démarche environnementale engagée. « Il y a quelques compétences sur lesquelles les professionnelles n’ont en général pas ou peu été sollicitées au quotidien puisque ce n’était pas de leur ressort. L’observation est facile à intégrer, en revanche réfléchir au projet éducatif, mettre en place des actions d’accompagnement à la parentalité, et ce qui relève de la prévention précoce et de l’inclusion est plus compliqué à mettre en œuvre », détaille Christine Maurin, accompagnatrice de parcours VAE et jury.

La DGCS précise que « par sécurité », la DGEFP procèdera à une révision du titre en 2029, c’est-à-dire dans trois ans et non pas dans cinq ans comme cela se fait habituellement. Une analyse de terrain et une concertation permettront de réajuster certains points si nécessaire.

Une VAE spécifique aux titres professionnels

Depuis janvier 2026, la certification est inscrite au RNCP et accessible sur France VAE. Après un parcours express de cinq mois, les premières candidates – qui avaient largement anticipé leur démarche – ont passé leur soutenance finale lors d’une première session en juillet dernier. Néanmoins, la VAE est une démarche personnelle qui nécessite de prendre du temps pour relire son expérience professionnelle, rédiger son dossier et préparer son examen final. Selon la DGCS, il faut en général envisager 11 mois pour la mener à terme sérieusement, compte tenu des délais de présentation devant un jury… Pour Christine Maurin, « il va maintenant falloir que les gestionnaires et référents techniques prennent la peine de s’emparer de ce REAC, de découvrir ce nouveau titre pour pouvoir accompagner leurs professionnels. Sans le travail et la confiance que les gestionnaires pourront leur accorer les futurs TP IEPE auront du mal à avancer ! ».

Pour un titre professionnel, la démarche de VAE comporte quelques spécificités qui la différencient des diplômes comme le DEAP ou le DEEJE. Pour le TP IEPE par la VAE, exit les livrets I et II, chaque candidat doit remettre un dossier de faisabilité (qui remplace le livret 1) dont la DDETS instruit la recevabilité. Puis un dossier de validation, centré sur les compétences démontrées sur le terrain en lieu et place du livret II). L’accompagnateur de parcours déposera sur France VAE une attestation de finalisation du dossier, qui sera ensuite directement remis par le candidat au jury de VAE selon les modalités fixées.

Comme pour les VAE d’EJE, AP ou CAP AEPE – depuis la réforme de 2022 qui a simplifié le dispositif et instauré un Service public de la VAE accessible à tous – il n’y a plus de durée minimale d’expérience exigée pour pouvoir entamer un parcours de VAE. Seul le déclaratif suffit. Chaque domaine de compétences peut être valide indépendamment des autres. Et en cas de validation partielle, les blocs acquis le sont définitivement.

Un examen oral et pratique exigeant

Qu’ils soient issus d’un parcours de formation continue ou de la VAE, les compétences des candidats au TP IEPE, sont évaluées par un jury lors d’une évaluation orale et pratique. Une épreuve exigeante d’une durée de 4 heures dont le format long est également propre aux titres professionnels. (Ndlr : les oraux de VAE EJE, AP ou CAP AEPE durent 45 minutes à 1h30 en moyenne). « On juge des compétences professionnelles que l’on va montrer, pas de savoirs académiques », explique la DGCS. En effet, dès son arrivée le candidat va commencer par une mise en situation professionnelle reconstituée et travailler sur une étude de cas (1h10) pendant laquelle le jury pourra prendre connaissance de son dossier. Suit un entretien technique, des questions du jury, une présentation orale de l’analyse des quatre situations de l’étude de cas et à nouveau des questions du jury (1h35). Une présentation orale de trois situations issues de son exercice professionnel présentées dans un diaporama préparé en amont, suivie de questions du jury (1h). Et enfin un entretien final (15 min).
« On peut vraiment mettre en parallèle la pratique du candidat avec son écrit. C’est une VAE très qualitative qui permet d’être beaucoup plus « secure », on arrive tout de suite à comprendre si la candidate a vraiment écrit son dossier, souligne la DGCS. Alors que dans une VAE classique, certaines professionnelles peuvent donner le change par une expression orale convaincante qui cache de mauvaises pratiques ».

Des jurys ad hoc

Quant au jury, il a été spécifiquement formé en amont au nouveau référentiel et aux modalités d’évaluation du titre IEPE. Chaque professionnel dispose d’un guide d’entretien et d’une grille d’observation, destinés à les accompagner dans leurs questionnements et à garantir le respect du cadre national de l’examen. La principale problématique ces prochains mois sera certainement de réussir à trouver suffisamment de jurys disponibles pour faire passer les épreuves. Depuis plusieurs années, avec l’explosion du nombre de candidats et le renforcement des exigences de qualifications dans les lieux d’accueil, on manque de jurés de VAE. Ces professionnels pourtant engagés témoignent d’un manque de reconnaissance, d’indemnisations insuffisantes, de retards de paiement conséquents et de difficultés à se libérer, alors que les structures sont déjà confrontées à des difficultés de recrutement….

Appel au boycott lancé par le SNPPE

Le SNPPE a lancé la semaine dernière sur les réseaux sociaux une campagne de communication appelant les professionnels à boycotter les rangs des jurys d’évaluation qui pourrait trouver un certain écho. Dans un post LinkedIn le syndicat, qui a déposé un recours contre le titre IEPE devant le Conseil d’ État, explique :

« Titre professionnel IEPE : ne servons pas de caution à un dispositif contesté
Alors que le titre professionnel « Intervenant éducatif petite enfance » commence à être déployé, les pouvoirs publics cherchent désormais à mobiliser largement des professionnel·les et des collectivités pour constituer les jurys d’évaluation. (…). Il serait pour le moins paradoxal de demander aux professionnel·les de la petite enfance de garantir, par leur expertise et leur engagement, la crédibilité d’un titre dont la création, le positionnement et les conséquences sur la filière sont précisément contestés. Sous couvert de « montée en qualification », ce nouveau titre risque surtout :
– d’organiser la concurrence avec les diplômes historiques de la petite enfance ;
– d’affaiblir la lisibilité des qualifications ;
– de permettre l’accès à la catégorie 1 par une formation insuffisante au regard des responsabilités exercées ;
– de répondre à la pénurie de personnel en abaissant les exigences plutôt qu’en renforçant les formations et l’attractivité des métiers. »
Le SNPPE appelle donc les professionnel·les éligibles, les directions d’EAJE, les référent·es techniques et les collectivités territoriales à ne pas se porter volontaires pour participer aux jurys du titre professionnel IEPE. »

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 06 août 2026

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