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Zoom sur l’accueil de la petite enfance à Dijon 

Dijon est une ville attractive, engagée pour une vision sociale et inclusive de la petite enfance. Pour compenser son accueil individuel en baisse, déjà touché par « le grand départ » des assistantes maternelles, la Ville a misé sur l’accueil collectif et a dû faire des concessions afin de maintenir une offre d’accueil importante. Elle s’appuie donc largement sur ses partenaires privés, lucratifs et associatifs. Une mixité assumée, mais accompagnée d’une vigilance accrue, notamment sur la qualité d’accueil.

Au cœur de la Bourgogne, Dijon est une ville en pleine mutation, engagée de longue date pour l’écologie urbaine. Une métropole attractive pour les familles qui a cependant de nombreux défis à relever en termes de population, de logement, d’inégalités territoriales. Si la population affiche une croissance très modeste (+0,6% entre 2014 et 2020 selon l’Insee), le nombre d’enfants de moins de trois ans stagne et les structures des familles évoluent : une sur trois est une famille monoparentale, souvent en situation de précarité. À Dijon, le taux de pauvreté, (16%) est légèrement supérieur à la moyenne nationale (14,4%), ce qui oblige la collectivité à être attentive à ces familles et à leurs besoins d’accompagnement.

 La place de la petite enfance à Dijon

Depuis 2018, la ville de Dijon s’est dotée d’une Direction petite enfance, mise en place sous l’impulsion du maire François Rebsamen, pour définir le cadre d’action des services de la petite enfance et harmoniser le fonctionnement des Eaje. De nombreux chantiers ont été lancés pour reconstruire une véritable politique petite enfance pour la ville : la réécriture du projet petite enfance de la ville et des projets d’établissements, la révision des fiches de postes, et la construction d’une vraie politique d’attribution des places. Aujourd’hui encore, la charte de qualité d’accueil des structures municipales est en cours de réécriture, un projet mené en interne avec l’ensemble des structures. La Direction compte aujourd’hui une dizaine de personnes, et près de 300 agents, en poste dans les lieux d’accueil municipaux. Un personnel très majoritairement féminin à 97,9% (en 2022).

Dijon affiche un taux de couverture de 67% (en 2021) en ce qui concerne l’accueil du jeune enfant sur le territoire de la commune. Bonne élève, la ville se place dans la moyenne régionale (66%) et nettement au-dessus de la moyenne nationale (59%). Elle s’appuie sur une offre d’accueil importante, avec un accueil collectif majoritaire (56%) et un accueil individuel (29%) en forte érosion depuis plusieurs années.

La Direction petite enfance a récemment structuré un réseau petite enfance qui rassemble les élus et services petite enfance des 23 communes de la métropole afin de travailler ensemble sur une politique petite enfance partagée. Nicolas Luciani, responsable du Pôle Accompagnement des Territoires et des Partenaires de la Caf de la Côte d‘Or précise : « Aujourd’hui, la métropole est constituée de petits territoires avec un nombre d’habitants qui ne leur permet pas forcément de développer des services aux familles. Travailler en réseau métropolitain permet d’élargir l’angle de vue pour mieux adapter l’offre sur le territoire ». Un observatoire métropolitain de la petite enfance doit permettre de mieux observer les besoins et usages des familles pour mieux y répondre. Une initiative nécessaire  pour les communes rurales, « les grandes oubliées du SPPE », estime l’élue dijonnaise. Peut-être cela pourrait-il déboucher sur « une compétence métropolitaine » d’autorité organisatrice de l’accueil du jeune enfant ? questionne-t-elle.

Une élue engagée pour la petite enfance

À son arrivée en 2020, Kildine Bataille, élue (PS) en charge de la petite enfance, mais également à l’égalité femmes-hommes et à la lutte contre les violences faites aux femmes va s’atteler à poursuivre ce travail de consolidation, d’harmonisation des pratiques et de lisibilité de l’offre, sur les bases déjà posées par ses prédécesseurs. Bien que novice en petite enfance à son arrivée, la jeune élue – au franc-parler assumé – a vite appris. Elle va rapidement s’engager pour la petite enfance qui va devenir son cheval de bataille. À la tête d’une double délégation très symbolique, elle considère la petite enfance comme un « instrument de justice sociale, d’attractivité, d’égalité des chances, et d’émancipation des femmes, encore sous-estimé ». En vue des prochaines échéances électorales, elle milite pour un grand plan petite enfance 2030 pour la ville de Dijon « avec un budget de 75 M€ comme l’a fait mon collègue Steven Vasselin, adjoint à Lyon ! », assure-t-elle.   

Son leitmotiv ? Sortir la petite enfance de « l’angle mort des politiques publiques ». Depuis 5 ans, au conseil municipal et dans les instances locales et nationales dont elle fait partie (France Urbaine et AMF), elle fait donc en sorte « que l’on parle régulièrement de petite enfance, pour construire une politique publique ancrée dans la réalité des familles ». 

Les critères flous de la politique d’attribution des places

À Dijon, les crèches ne sont pas sectorisées. Pour être « plus juste dans la manière d’attribuer les places », la collectivité a décidé d’entrer dans le projet ISAJE (Investissement Social pour l’Accueil du Jeune Enfant), porté par la Cnaf. La Direction petite enfance a donc travaillé sur un algorithme qui automatise l’attribution des places en crèche en fonction de critères définis à partir des priorités locales. Ici des critères – non précisés – qui mettent l’accent sur les situations de fragilité socio-éducatives et sur la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Dans son rapport d’observations, la Chambre régionale des comptes a cependant demandé à la collectivité  (voir encadré ci-dessous) de faire preuve de plus de transparence en rendant ces critères publics…

 « C’est un outil qui garde une pâte humaine, tient à rassurer Kildine Bataille. La Direction petite enfance étudie précisément les cas particuliers. ». L’objectif ? Favoriser une plus grande égalité de traitement, une certaine mixité sociale dans les lieux d’accueil, afin que les enfants issus des familles les plus modestes ne soient plus sous-représentés dans les modes d’accueil formels. « Ce n’est pas encore parfait, mais cela participe de la mixité sociale. Et a contrario, des familles de catégorie sociale plus aisée peuvent arriver en quartiers prioritaires parce que j’ai fait intégrer un 3e vœu ». Depuis la mise en place de ce système, l’élue assure qu’il y a effectivement plus de mixité sociale dans les structures et davantage de familles satisfaites… bien que la Chambre régionale des comptes ne note pas de résultats significatifs en termes de mixité ou de taux d’occupation.  

Accueil collectif : une mixité de places municipales et de places privées

Jusqu’en 2002, Dijon a créé un grand nombre de places d’accueil en régie municipale :  14 crèches sont ainsi gérées aujourd’hui, dont 4 sont labellisées AVIP depuis 2019, pour témoigner d’une attention particulière aux familles en cours d’insertion professionnelle.

Pour développer son offre, la Ville a ensuite fait le choix de s’appuyer sur des partenaires privés associatifs ou lucratifs, déjà bien implantés sur le territoire. Une première délégation de service public (DSP) a été conclue en 2007, un premier marché d’achat de places dans une structure privée en 2009. Aujourd’hui, 60% de l’offre d’accueil collectif est donc en régie municipale (environ 630 places) et près de 40% (près de 400 places) sont portés par des partenaires du secteur privé, avec une dizaine de structures d’accueil partenaires : 3 contrats de DSP (actuellement avec la Fédération Léo Lagrange et avec Les Petits Chaperons Rouges (LPCR) pour deux grosses structures de 80 berceaux, mais ce marché doit être renouvelé en 2026). 254 places sont réservées dans 9 Eaje partenaires (dont 2 crèches La Maison Bleue et 2 crèches LPCR).

Et si Kildine Bataille assure souhaiter et assumer cette mixité, elle admet facilement que ce choix de la DSP est contraint par une question de budget, « si j’avais les moyens de faire uniquement de la régie municipale, je le ferais (…) Pour faire de la petite enfance un instrument de justice sociale avec une véritable qualité d’accueil et de conditions de travail, il faut changer de paradigme financier », reconnaît-elle.

Vigilance accrue sur les partenaires privés

La municipalité apporte cependant une grande attention à ces partenaires privés, qu’ils soient associatifs ou du secteur marchand « que l’on suit et que l’on surveille comme le lait sur le feu ! », assure l’élue. Deux coordinatrices territoriales assurent des visites régulières. Chaque mois, les directrices de structure leur envoient un bilan mensuel. Tous les trimestres, elles font le point sur l’activité, les problématiques rencontrées, le personnel, les projets. Des comités de pilotage annuels avec chaque délégataire ainsi qu’un comité de pilotage régulier – 3 à 4 fois par an et autant que de besoin – réunit le service petite enfance, les coordinateurs, la Caf et la PMI afin de regarder précisément la qualité d’accueil proposée et le volet RH. À la Direction petite enfance, une personne spécialisée sur les questions liées aux délégations de service public a été recrutée. Marie-Thérèse Péres, directrice de la petite enfance Dijon métropole, qui accompagne les travaux de réécriture de la charte de qualité d’accueil des structures municipales, en interne avec l’ensemble des structures, assure qu’ils « réfléchissent également à la façon dont elle pourrait être intégrée au cahier des charges des DSP », pour aller plus loin.  

Pour chaque délégataire, la municipalité exige un coordinateur local basé à Dijon afin de cultiver une relation de proximité avec les services de la ville, de la Caf et de la Pmi, et demande à la Préfecture la possibilité de faire des visites inopinées. Nicolas Luciani confirme : « Nous travaillons avec la PMI depuis plusieurs années pour faire converger nos angles de vue dans le cadre des contrôles. Il y a une démarche collégiale d’accompagnement des partenaires privés. Ce n’est pas une garantie, mais ça apporte beaucoup d’éléments sur la qualité d’accueil ».

Lors des commissions d’appel d’offre, le rôle du délégataire de service public est bien rappelé, « là pour porter notre politique du SPPE et non leur propre politique », souligne Kildine Bataille. Elle explique avoir fait modifier un critère : désormais, 70% du choix se fait sur la qualité des projets pédagogiques présentés et 30% sur l’aspect financier. « Ce qui explique qu’aujourd’hui nos délégataires sont essentiellement des partenaires de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) comme la Fédération Léo Lagrange », indique-t-elle. Pour la Chambre régionale des comptes, « le poids accordé au critère qualité dans ses contrats favorise l’adoption de cette dynamique par les structures partenaires de la ville ». Mais est-ce bien suffisant ? En contrat avec LPCR dans le cadre de deux DSP, l’élue avoue avoir « une vigilance triple, voire même quadruple sur LPCR en ce moment » ! 

La Maison Bleue, un allié un peu encombrant

Si Dijon n’a plus de DSP avec La Maison Bleue, elle réserve encore 10 places dans chacune des deux crèches du groupe, soit 20 berceaux. « Mais plus ça va aller, moins, nous allons en acheter de berceaux à La Maison Bleue… », garantit Kildine Bataille. En effet, les deux crèches dijonnaises gérées par La Maison Bleue ont été mises en cause à plusieurs reprises ces dernières années : conditions de travail, dysfonctionnements, et le mois dernier, un accident, avec une petite fille brûlée au deuxième degré… Pour l’élue, le dernier rapport de l’Igas n’a fait que confirmer ce qu’elle craignait, mais « les professionnels qui travaillent dans ces structures ne sont pas responsables, assure-t-elle, c’est la politique menée qui est à mettre en cause… ». « A Dijon, nous avons eu des difficultés en termes de ressources humaines et il nous a fallu beaucoup de temps pour stabiliser les équipes. En ce moment, les crèches vont bien (ni réduction d’amplitude horaire au refus d’accueil d’enfant), nous expliquait la direction du groupe La Maison Bleue, en juillet dernier, mais elles présentent un résultat déficitaire que nous ne pourrons pas continuer d’absorber indéfiniment ». En effet, sur décision de la PMI, l’agrément d’une première crèche a été réduit à 55 enfants au lieu de 80 et à 70 enfants au lieu de 101 pour la seconde.

Et pourtant, pour la collectivité, il semble bien difficile de se défaire d’un partenaire devenu gênant pour un autre plus vertueux. « Le problème, lorsqu’on n’achète plus de places dans des groupes comme celui-ci, c’est qu’il faut trouver des solutions alternatives, donc on le fait de manière progressive… », admet Kildine Bataille.

Un partenariat de confiance avec Léo Lagrange

Avec la Fédération Léo Lagrange, la collectivité a noué, depuis une dizaine d’années, un partenariat de confiance, construit sur « des valeurs communes ». L’association, bien implantée à Dijon et dans son agglomération, gère des lieux d’accueil dédiés à la jeunesse (centres sociaux et culturels, accueils de loisirs, maisons de quartier) et à la petite enfance.

Sur ses 4 Eaje, l’un est en DSP avec la Ville, qui achète également des places dans les trois autres structures, dont la crèche associative Les Princes de Condé, en mandat de gestion déléguée (l’association donne la crèche en gestion à la Fédération Léo Lagrange). Et à l’heure où nous publions cet article, la Fédération Léo Lagrange attend une réponse de la collectivité après avoir candidaté à un appel d’offre de la Ville de Dijon pour une nouvelle concession de service public.

Émilie Carron, est Eje et directrice de la crèche Léo Lagrange le Tempo : « Avec la ville de Dijon, nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes objectifs et façons de travailler. Ce qui nous tient à cœur, c’est l’accueil de tous, l’égalité dès le plus jeune âge, l’écologie, l’accompagnement et la valorisation des équipes… ». Un partenariat très structuré dont chaque partie semble satisfaite – ou du moins semble trouver son intérêt – et dans lequel Kildine Bataille s’investit personnellement. « Nous avons une élue qui vient à la rencontre des familles, participe à tous les comités de pilotage. Elle valorise beaucoup ce que l’on fait au même titre que les crèches municipales et c’est important », reconnaît Aline Robardey, coordinatrice Léo Lagrange. 

Au sein de la Fédération Léo Lagrange, un poste de coordinatrice permet une grande proximité avec les structures et la Ville. C’est la fonction d’Aline Robardey : « Le but, c’est d’être là pour les directrices quand elles en ont besoin, pour un soutien managérial, indique-t-elle. Mon objectif est que les équipes travaillent dans les meilleures conditions possibles, dans un cadre de qualité qui réponde à la réglementation, pour garantir aux enfants le meilleur accueil ». Elle fait également le lien entre la municipalité et chaque structure Léo Lagrange dont elle a la charge. Elle rend compte dans le détail à la municipalité de toute la gestion des structures par un bilan financier annuel, un rapport du délégataire (mouvements salariés, les investissements prévus etc.)

Le secteur associatif bien présent mais exsangue

Dans la Cité des Ducs, on compte une dizaine de lieux d’accueil associatifs. Aux côtés de la Fédération Léo Lagrange, il y a aussi l’ADEFO, l’AGEAC, la Croix Rouge Française et quelques structures indépendantes. Vyv3 est également un acteur important pour la métropole. L’association gère une pouponnière, un RPE itinérant qui sillonne les 7 communes de l’agglomération, trois crèches et une ludothèque.

 « Le secteur associatif se maintient, mais il est un peu exsangue », reconnaît Kildine Bataille. Après le Covid, la municipalité avait fait le choix de maintenir toutes ses subventions aux associations, malgré un contexte budgétaire difficile, alors que d’autres collectivités les avaient rabaissées ou supprimées. Mais « on aimerait bien les augmenter », assure l’élue dijonnaise qui estime que dans les projets qu’ils proposent, les acteurs du secteur associatif sont en général très engagés, et consacrent souvent des moyens importants à la formation des professionnels, à la rénovation des locaux, à l’amélioration des conditions de travail. Mais cela a aussi un coût plus important.

C’est d’ailleurs dans l’agglomération dijonnaise, à Chenôve, que la société à mission Yci enfance a implanté l’un de ses premiers projets, une crèche confiée à la Fédération Léo Lagrange qui ouvrira début 2027. Projet pour lequel l’association est engagée en contractualisation avec la collectivité locale. Un lieu d’accueil implanté en QPV pour aller au-devant des familles précaires, travailler sur l’insertion sociale et professionnelle, sur l’accompagnement à la parentalité.

Des micro-crèches difficiles à encadrer

Il y a aujourd’hui une vingtaine de micro-crèches Paje à Dijon, gérées par People&baby, LPCR pour certaines, mais également des petits réseaux et acteurs locaux dont Jules et Juliette, Funny crèche, et le pionnier La Compagnie des p’tits loups.

Un marché florissant qui s’est rapidement développé depuis 2012, malgré les difficultés foncières, sans que la collectivité et le Conseil Départemental ne parviennent réellement à poser des limites. « On fait ce que l’on peut », reconnaît Kildine Bataille, qui regrette que l’avis des collectivités ne soit pas mieux pris en considération avec le SPPE.  En effet, si l’élue émet un avis à l’installation des micro-crèches, lorsque cet avis est défavorable c’est bien le président du Conseil Départemental qui a le dernier mot. Et à Dijon, municipalité (PS) et Conseil Départemental (UDI) n’ont pas la même couleur politique.

Des différences de bords politiques qui ne facilitent pas les choses. « Nos relations étaient un peu tendues avec la PMI en début de mandat, mais maintenant cela se passe bien, note l’élue dijonnaise. Nous avons un travail partenarial de proximité entre les services du Département, la Caf et la Direction petite enfance, mais c’est vrai que politiquement nous ne sommes pas d’accord ! », admet-elle. Laurent Pedeau, directeur-adjoint de la Caf de la Côte-d’Or confirme : « Avec la Ville de Dijon, nous travaillons en bonne intelligence à tous les niveaux. Nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais assez pragmatiques pour développer les services aux familles. C’est ce qui nous rassemble ». Et Nicolas Luciani d’ajouter : « À notre niveau, nous ne ressentons pas ces divergences politiques, nous en avons conscience, nous en entendons parler, mais cela reste des enjeux qui sont entre élus. En tant que tiers, nous pouvons poser une ambiance de travail qui soit bien sur notre objet commun. Nous avons ensemble beaucoup de réflexions exploratoires qui peuvent être riches ».   

La PMI a refusé de répondre à nos questions dans le cadre de cette enquête.

La Ville tente d’amortir la chute de l’accueil individuel

Du côté des assistantes maternelles, la Ville peine à enrayer une crise déjà marquée depuis plusieurs années, mais les projections sont alarmistes. En 2018 déjà plus de 25% des assistantes maternelles avaient plus de 50-55 ans. « Ici, le grand départ a déjà commencé », confirme Virginie Gauthey, responsable du RPE Fontaine d’Ouche-Bourroche. Entre 2018 et 2024, le nombre d’assistantes maternelles indépendantes a chuté de 63%. De plus, la Chambre régionale des comptes note un turn-over important des assistantes maternelles en exercice, avec un raccourcissement important de la durée des carrières, qui n’excèdent pas cinq ou six ans.

Pour tenter d’amortir cette baisse, la collectivité travaille, avec la Caf et la Pmi, sur des actions de promotion du métier d’assistante maternelle. Elle s’appuie également sur ses 5 RPE, qui ont choisi d’assurer la mission supplémentaire de valorisation du métier d’assistante maternelle, en partenariat avec la Caf et la Pmi. Ils organisent chaque année des portes ouvertes à destination des familles et l’un d’entre eux a expérimenté la mise en place de séances d’analyse de la pratique professionnelle, obligatoire pour les professionnels de l’accueil collectif, mais encore expérimentale pour les assistantes maternelles.

Au regard du nombre d’assistantes maternelles sur le territoire, la répartition du temps de travail du responsable d’un des RPE a été renégociée par la Ville et la Caf et réorganisée. Il y avait jusqu’à présent 1 ETP pour ce RPE. 0,5 ETP seront désormais dédiés aux questions spécifiques à la parentalité à l’échelle de la ville, mais les missions et l’équilibre de cette organisation ne sont pas encore clairement définis.

Plus crèches familiales, mais des assistantes maternelles salariées par la Ville

Une particularité intéressante, 12 assistantes maternelles sont salariées de la Ville de Dijon. Ces professionnelles exerçaient auparavant dans les 3 dernières crèches familiales de la ville, jusqu’en 2016. Placées sous la hiérarchie de la directrice de grande crèche à laquelle elles sont rattachées, ces assistantes maternelles accueillent chacune trois enfants à domicile. Elles ont néanmoins obligation de fréquenter la structure une journée par semaine et participent aux temps d’échange et de formations dispensés dans la structure.

La Ville prend en charge leurs dépenses de gros matériel et petites fournitures, et les professionnelles s’engagent à assurer le remplacement d’une assistante maternelle absente ou en formation. Un statut assez rassurant pour les parents et avantageux pour les assistantes maternelles en somme, puisque leur rémunération est assurée et leurs frais comblés. Elles ne seront bientôt plus que 10 et la Direction de la petite enfance s’inquiète de savoir si elle pourra recruter pour les remplacer.  

Une première Mam pour Dijon

En ce mois d’octobre 2025, une première Mam ouvre enfin ses portes à Dijon. Un projet porté par trois professionnels (deux femmes et un homme), implanté dans le QPV de Fontaine d’Ouche, avec un fort soutien de la Ville, de la Caf et du Conseil Départemental. « Ils ont fait preuve d’une grande ténacité pour faire émerger ce projet qui n’a pas été simple à mettre en place. Depuis trois ans, ils ont écouté, évolué, se sont remis en cause avec une véritable envie de sortir de leur domicile tout en mettant en valeur leur métier, assure Virginie Gauthey qui les a accompagnés. Je suis fière que la Ville de Dijon ait apporté son soutien, car cela va être un vrai levier pour l’accueil individuel, j’en suis persuadée ». 

La Côte d’Or a toujours été un territoire avec peu de Mam (autour de 10). « Ce n’est pas trop dans la culture du département », assure la Caf qui avait cependant lancé un appel à projet Mam en 2019. Nicolas Luciani explique qu’en Côte-d’Or, il y a eu de nombreuses fermetures rapides de Mam à la première difficulté rencontrée, faute de projets suffisamment structurés. Avec la Pmi, la Caf a donc réfléchi à la manière de mieux définir leurs exigences en amont pour garantir la pérennité des projets. Aujourd’hui, Caf et Pmi accompagnent la mise en œuvre des projets par des réunions de porteurs de projets. Un parcours un peu plus long, mais qui amène aussi plus de stabilité.

Soutien à la parentalité et familles monoparentales

En matière de soutien à la parentalité, Dijon a mis en place, comme de nombreuses villes de France, un grand plan de soutien aux familles monoparentales, voté en juin 2023. Il prévoit notamment d’améliorer leur accès aux services publics, de renforcer les réponses en matière de garde d’enfant, de soutenir la fonction parentale par de la formation, d’apporter un soutien psychologique et des moments d’échange ou de répit, tout particulièrement à l’attention des mères seules puisqu’elles représentent 80% des foyers concernés.

« La nouvelle maire de Dijon, Nathalie Koenders, a mis un axe fort de sa politique sur les familles monoparentales. Nous allons donc faire un avenant à la CTG sur cette partie, pour remettre des objectifs plus précis en faveur des familles monoparentales, en lien avec la petite enfance », précise Laurent Pedeau.

Dans ce cadre, la Ville a récemment lancé l’outil « Grandir ensemble », une plateforme numérique qui centralise services et aides pour toutes les familles et facilite les démarches.

L’échec de la Maison des 1000 premiers jours

Malgré cet investissement fort pour les familles, la Maison des 1000 jours, portée par la Fédération Léo Lagrange et ouverte en grande pompe en septembre 2023, a dû fermer ses portes en décembre 2024, faute de financements pérennes. « C’était une structure entièrement budgétisée sur des subventions de la Dreets et de la Caf », déplore Émilie Carron. « Mais un projet qui marchait vraiment bien, on avait trouvé un public, des intervenants, le soutien de la ville et des partenaires, ajoute Aline Robardey, un peu amère, évoquant un vrai lieu d’orientation du public, qui avait permis de mieux faire connaître les différentes propositions de soutien à la parentalité à Dijon, mais également de mettre en lumière certains manques communication, de recréer du lien entre les partenaires et peut-être de faire évoluer les pratiques…

Si la Caf de la Côte-d’Or était associée au projet, elle n’était pas dans son portage initial. « Nous regrettons cette situation. Nous avons joué notre rôle dans un financement et un accompagnement technique sur demande du partenaire. Mais on ne peut pas être que financeur et le seul financeur. Il faut toujours qu’il y ait des co-financeurs et un partenariat multiple, explique Laurent Pedeau. Lorsque le projet a été arrêté, également pour des raisons de locaux, les conditions n’étaient pas requises pour un co-financement. Mais ce n’est pas une fin définitive, nous avons bien l’intention de retravailler avec les partenaires pour relancer ce projet, fin 2025 ou début 2026 ». La Caf évoque aussi  la nécessité de réfléchir au positionnement de ce lieu afin qu’il s’inscrive mieux dans l’existant.  

La PMI a refusé de répondre à nos questions dans le cadre de cette enquête. 

Les 4 recommandations de la Chambre régionale des comptes 

En 2024, la Chambre régionale des comptes de Bourgogne-Franche-Comté a contrôlé la politique de la ville de Dijon en faveur de l’accueil du jeune enfant sur les exercices 2018 et suivants. Son rapport d’observation brosse le portrait d’une municipalité investie qui « à bien des egards, répond aux attentes de la loi du 18 décembre 2023 en tant qu’autorité organisatrice de l’accueil du jeune enfant ». Il précise que chaque année, la ville de Dijon mobilise en moyenne près de 13,9M€ pour la politique d’accueil du jeune enfant dont 13,5M€ en fonctionnement et 0,4M€ en investissement.

Le rapport formule cependant 4 recommandations précises :

  • Adopter un schéma pluriannuel de maintien et de développement de l’offre d’accueil du jeune enfant, comme l’exige désormais la loi. Ou d’inclure un volet programmatique précis dans la future CTG. La nouvelle CTG pour la période 2024-2027 ayant été signée en décembre 2024 entre la Ville de Dijon et la Caf de la Côte d’Or, elle comprend un axe petite enfance « conséquent » mais pas encore ce volet programmation exigé. « La CTG a été rédigée dès début 2024, avant que ne soient publiés les décrets qui apportent des clarifications sur ce qui était attendu concernant le schéma de maintien et de développement de l’offre, précise Nicolas Luciani. (…) Ce travail de formalisation de la programmation de la vision pluriannuelle de la petite enfance de la Ville est en cours et pourra être publié soit par un avenant à la CTG soit sur un document qui sera retravaillé avec la Ville ».
  • Mieux contrôler les contrats de délégation de service public et les marchés d’achat de places passés avec les structures privées partenaires, afin de s’assurer du respect des engagements pris par les cocontractants de la ville en matière de qualité de l’accueil et de l’équilibre financier des contrats, compte tenu de l’importance des moyens mobilisés (près de 3M€ par an).
  • Mettre en place, au niveau de la direction de la petite enfance, des outils de pilotage assurant une traçabilité des actions de suivi et de contrôle de l’activité de ces EAJE, comme cela avait été prévu.
  • Rendre publics les critères d’admission dans les établissements d’accueil du jeune enfant et leurs modalités de mise en œuvre, pour plus de transparence.

Notons que le rapport d’observation relève également un absentéisme en forte hausse ces dernières années : le taux d’absence au travail atteignait 12,7% en 2022. La Direction de la petite enfance a initié un groupe de travail qui n’a pas encore permis de diagnostiquer les causes de cet absentéisme élevé.

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 07 octobre 2025

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