S’abonner

« Time out » dans les crèches : « L’éducation n’est pas un apprentissage de l’obéissance », rappelle la Fondation pour l’enfance

La polémique sur l’utilisation de l’isolement en crèche ne retombe pas. Le 23 novembre, dans un long post Linkedin, la psychologue Caroline Goldman, préconisait d’appliquer en crèche le « time out », c’est-à- dire l’isolement temporaire des enfants dits « agressifs ». Une nouvelle sortie qui a déclenché une levée de boucliers des professionnels de la petite enfance, mais également de la Fondation pour l’enfance.

Dans une communication, la Fondation pour l’enfance rappelle son opposition à cette méthode éducatives et « souhaite rappeler solennellement un certain nombre d’éléments au centre de ses préoccupations pour assurer le respect des besoins et des droits fondamentaux des enfants.» Comme le soulignait Josette Serres qui réagissait sur notre site au post de la psychologue, le besoin de sécurité est au coeur de la théorie de l’attachement. « La recherche souligne notamment l’importance du besoin de sécurité de l’enfant : la sécurité physique (protection, satisfaction des besoins physiologiques et de santé), mais aussi la sécurité affective et relationnelle.», écrit la Fondation.

Et ce besoin de sécurité est satisfait par l’adulte. Il se résume en trois principes, selon la pédopsychiatre Nicole Guédeney : tu n’es pas seul, je comprends ce que tu ressens même si je ne le ressens pas à ce moment-là, je vais t’aider à trouver une solution. Ainsi, l’isolement ou « time out », « intervient systématiquement à un moment où l’enfant a plus que jamais besoin d’un adulte pour l’accompagner et l’aider à gérer un trop plein d’émotions. En effet, avant 5 ans, l’enfant n’a pas encore la capacité de contrôler ses émotions ou de prendre du recul par rapport à la situation. De ce fait, il a besoin de l’adulte pour se calmer, s’apaiser.»

Une pratique qui va à l’encontre des lois

La Fondation pour l’enfance précise, en outre, que de telles pratiques, vont l’encontre des droits fondamentaux des enfants, reconnus par le droit national, européen et international et notamment « la loi du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires » L’isolement est d’ailleurs bien indiqué comme une violence mentale/psychologique dans la Convention internationale des droits de l’enfant (ratifiée par la France en 1990) et expressément dénoncée dans l’Observation générale n° 13 du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies. Mais 5 ans plus tard, la loi de 2019 n’est toujours pas respectée.

En juin 2024, la Fondation de l’Enfance dévoilait dans son baromètre sur les violences éducatives ordinaires (VEO) que  81 % des parents y avaient encore recours au sein du foyer. Près d’un quart d’entre eux affirmait également donner des fessées à leurs enfants. Le chemin est encore long et les lieux d’accueil se doivent d’être exemplaires. « Les méthodes coercitives contribuent à former des individus habitués à croire qu’il faut toujours se soumettre à plus fort que soi, quitte à compenser son malheur en maltraitant à son tour les plus faibles, et que les conflits se résolvent par la violence. Les recommandations à isoler ne sont donc pas seulement nuisibles à l’enfant sur un plan individuel, elles nuisent aussi à la société dans son ensemble.», conclut la Fondation pour l’enfance.

 Réforme des modes d’accueil : avis négatif du CA de la Cnaf sur le projet de décret

« Dessine-moi un parent », la stratégie de soutien à la parentalité est lancée

  Isabelle Sancerni, présidente du CA de la Cnaf : « La branche Famille n’a pas à rougir de son action. »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 02 décembre 2024

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire