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Prévention en santé : le rapport Isaac-Sibille milite pour une prévention primordiale dès la petite enfance

Un nouveau rapport sur la prévention en santé vient d’être présenté à l’Assemblée. Missionné par le gouvernement, le député du Rhône Cyrille Isaac-Sibille dresse un état des lieux précis, mais alarmant. Il formule 48 propositions pour construire un système de prévention primordiale qui devienne le pilier de notre système de santé. Décryptage, sous l’angle de la petite enfance. 

En cette rentrée 2026, et à l’approche du PLFSS 2027, le thème de la prévention en santé fait décidément couler beaucoup d’encre. Mi-septembre, la députée Joséphine Missoffe s’était vue confier une mission pour la modernisation de la PMI, le parcours de l’enfant et le soutien à la parentalité. Et cette semaine, un autre rapport, « Pour une politique périnatale à la hauteur des enjeux » porté par les Professeurs Bonnet, Kermorvant et Sentilhes, a été remis au gouvernement. 

Le 23 septembre dernier, le député du Rhône, Cyrille Isaac-Sibille (Modem), a présenté devant la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale très mobilisée, un rapport (de plus de 300 pages) intitulé « Construire un système de prévention primordiale », qu’il avait déjà remis au Premier ministre le 13 juillet dernier. Sébastien Lecornu lui avait en effet confié cette mission gouvernementale, afin d’évaluer et de mieux structurer la prévention en santé. 

La prévention, « le parent pauvre de notre système de santé » 

Et le diagnostic est sévère vis-à-vis de notre système de santé. Le rapport en fait le constat :  malgré une certaine excellence dans le soin, la santé globale de la population se dégrade et les inégalités se creusent car la prévention est négligée. De fait, le déficit de l’Assurance Maladie s’accroit, mettant notre modèle de protection sociale en péril. 

Cyrille Isaac-Sibille estime que la prévention est devenue « le parent pauvre et oublié de notre système de santé ». Il décrit l’absence de stratégie nationale de santé, un modèle de financement inadapté, mais l’existence de « plusieurs dizaines de stratégies, plans, feuilles de route dans le champ de la prévention » ! Le député évoque des responsabilités dispersées entre l’État, les ARS, l’Assurance Maladie, les collectivités, les associations mais un vrai manque de pilotage. Un portage politique et administratif faible, cloisonné et peu démocratique, mais dans les territoires, une organisation riche d’acteurs et d’initiatives. 

Certes, les association, communes et intercommunalités sont des acteurs à part entière de la prévention mais là encore le député un manque de coordination des différents dispositifs. « La prévention reste dispersée : pas de véritable chef de file, pas de priorités, pas d’objectifs, des financements fragmentés, des actions insuffisamment coordonnées et trop peu évaluées », indique-t-il. Cyrille Isaac-Sibille regrette que les politiques de prévention ne soient pas plus souvent « évaluées de manière robuste, ce qui fragilise leur crédibilité, leur diffusion et leur financement ».

Le choix assumé d’une prévention primordiale

Il encourage donc à adopter « une nouvelle doctrine en faveur d’une santé plus globale », pour agir plus en amont, sur les conditions mêmes dans lesquelles les risques sanitaires apparaissent. A passer d’un « système de soins à un système de santé ». 

Car, en France, la prévention en santé fait l’objet d’un consensus largement partagé. Le député distingue la prévention primaire, qui intervient avant la maladie en réduisant des facteurs de risque déjà identifiés ; de la prévention primordiale – la plus en amont – qui cherche à empêcher ces facteurs de risque de s’installer, en agissant sur l’alimentation, le logement, l’environnement, l’éducation, le travail, les écrans, l’activité physique ou encore les inégalités sociales. Pour Cyrille Isaac-Sibille, cette « prévention primordiale doit devenir l’un des deux piliers de notre politique de santé ». Il va même plus loin, réclamant que la prévention devienne « une politique publique de pleine exercice »

A quelques jours de l’ouverture des débats sur le PLFSS 2027 au Parlement, il appelle à investir dans la prévention autant que dans le soin, en commençant par afficher la prévention primordiale dans le budget à l’Objectif national de dépenses d’assurance (proposition n°39). 

Des propositions fortes pour l’enfance 

Parmi les 48 propositions citées dans son rapport, nous avons relevé celles qui rejoignent tout particulièrement le secteur de la petite enfance.

Proposition n°3
Créer un Service public de santé enfance et jeunesse.

– Constituer un continuum de prévention primordiale, de la conception à l’entrée dans la vie active, en formalisant un réseau rassemblant les services de protection maternelle et infantile (PMI), la médecine scolaire et les services de santé étudiante.

– Redéfinir et faire converger les missions des 3 structures : prévention avec les programmes, promoteurs de santé (crèches, écoles, universités), dépistage, vaccinations …

– Amplifier l’attractivité́ des médecins, infirmiers, psychologues, au moyen d’un statut d’emploi (ex. : praticiens des médecines de prévention, comme il existe des Praticiens Hospitaliers).

– Permettre aux professionnels du service public un accès à Mon Espace Santé pour garantir une continuité́ des dossiers de santé des enfants et jeunes.

– Coordonner à l’aide d’une structure type groupement d’intérêt public (GIP).

– Établir une contractualisation financière entre l’État, les conseils départementaux, les universités.

– Orienter les moyens vers les territoires et les publics qui rencontrent le plus de difficulté́. 

NB. La mission propose de créer un service public pour garantir un parcours de prévention de 0 à 25 ans. Il reposerait sur la mise en réseau des acteurs existants sans créer de nouvelle structure administrative mais sous la forme juridique d’une structure de coordination de type GIP. Il propose également de créer un statut d’emploi spécifique (aligné sur les statuts définis sous le régime de la fonction publique hospitalière) pour les professionnels exerçant dans la Prévention en santé pour renforcer l’attractivité de ces métiers. 

Pour Claire Royer de la Bastie, présidente du Collège des infirmières puéricultrices, il est essentiel de miser sur la prévention mais cela nécessite une vision à 360° qu’incarnent tout particulièrement les puéricultrices. Elle regrette que ces professionnelles ne soient pas particulièrement nommées dans ce rapport, alors qu’elles sont des acteurs privilégiés de la prévention précoce, déjà identifiés. « On le perçoit comme une invisibilisation de notre métier, regrette-t-elle. Pourquoi toujours vouloir remanier sans réellement prendre en compte ce qui existe déjà et mérite d’être valorisé ? ».

Elle estime que créer un nouveau statut propre aux professionnels de la prévention n’aura pas beaucoup d’intérêt tant qu’il n’y a pas de moyens derrière. « L’attractivité de nos métiers passe par la reconnaissance financière, la valorisation de nos compétences notamment en prévention, et par une formation solide », assure-t-elle. 

Pierre Suesser, co-président du SNMPMI, se réjouit de voir cette proposition, que le SNMPMI avait déjà appelé de ses vœux, figurer dans ce rapport. Mais « à condition qu’on ne fasse pas l’impasse sur les moyens accordés à l’ensemble des services de prévention existant actuellement, souligne-t-il. Il ne faudrait pas que cette proposition organisationnelle se substitue à la nécessité de soutenir, renforcer et développer ces services ».  Pierre Suesser estime que la proposition de statut d’emploi spécifique pour les professionnels de la prévention en santé, qui vient à l’appui de ce service public, est intéressante. Mais là encore, tout dépend des moyens accordés. « Il faudrait que ce statut de praticien de la prévention soit l’objet d’une revalorisation pour s’aligner sur les statuts les plus favorables, insiste-t-il.

Proposition n°16
Construire un parcours de prévention en santé mentale tout au long de la vie

– Généraliser les interventions de prévention précoces, en renforçant les actions conduites chez les femmes enceintes grâce aux entretiens postnataux précoces, durant les mille premiers jours, l’enfance, l’adolescence, les transitions vers la vie adulte.

– Développer les compétences psychosociales (CPS) et de la politique de premiers secours en santé mentale (PSSM) aux personnes n’ayant pas la possibilité́ de le faire financer par l’entreprise ou le compte professionnel de formation, en assurant leur généralisation dans les établissements d’accueil du jeune enfant, les écoles, les collèges, les lycées, les universités en s’appuyant sur le service public de l’enfance (cf. Supra), ainsi que dans les politiques de qualité́ de vie et des conditions de travail.

– Intégrer systématiquement la santé mentale dans les politiques publiques, en évaluant l’impact des décisions publiques sur le bien-être mental de la population.

– Mettre en place des tableaux de bord nationaux et territoriaux de la santé mentale intégrant des indicateurs, d’une part, de bien-être mental, et d’autre part, d’automutilations.

NB. En 2025, alors que la Santé mentale avait ete décrétée Grande cause nationale, un rapport du HCFEA sur la santé mentale des enfants et des adolescents recommandait déjà que les PMI et lieux d’accueil de la petite enfance assurent « une prévention prévenante » dès la petit enfance.
Pour Pierre Suesser, la prévention en santé mentale est un enjeu clé des parcours de santé. On ne peut donc que se féliciter qu’il y ait des propositions en ce sens. 

Proposition n°17
Établir une feuille de route pour la vaccination 2025-2030

La feuille de route nationale poursuivrait onze objectifs complémentaires :

– Définir des objectifs nationaux de couverture vaccinale et de réduction des inégalités

– Mettre en place une instance nationale de pilotage, sans créer de nouvelle agence, afin d’assurer la coordination des acteurs ;

– Disposer d’un carnet de vaccination électronique de référence, interopérable avec Mon Espace Santé, le DMP et le SNDS ;

– Structurer une politique nationale de communication et de formation des professionnels comme du grand public ;

– Mettre en place un registre vaccinal national et des tableaux de bord en temps réel ;

– renforcer la coordination territoriale afin de réduire les occasions manquées de vaccination.

– Développer les dispositifs de proximité́, la médiation sanitaire et les actions d’aller-vers auprès des populations les plus éloignées ;

– Renforcer les compétences des professionnels et structurer une véritable filière de la vaccination ;

– Développer une évaluation robuste des politiques vaccinales, fondée sur des données interopérables et des indicateurs partagés ;

– Fluidifier les processus décisionnels et documenter les bénéfices sanitaires et medico- économiques des stratégies vaccinales ;

– Soutenir la recherche en vaccinologie et l’innovation afin d’anticiper les évolutions scientifiques et les futurs besoins de santé publique.

NB. Aujourd’hui, les infirmières puéricultrices ont le droit d’administrer un vaccin aux enfants de moins de 11 ans, mais pas de le prescrire. Pour Claire Royer de la Bastie, « ce serait une évolution intéressante qui pourrait être mis en place assez facilement et rapidement et permettrait de fluidifier le parcours et de gagner du temps ». D’autant que les infirmières puéricultrices sont présentes sur tout le territoire national, en PMI, en libéral, à l’hôpital ». La vaccination est une belle occasion 

Proposition n°29. Créer un espace public rassemblant toutes les données sanitaires, sociales, environnementales, pour piloter une politique de prévention primordiale, avec : 

– Une gouvernance de la donnée placée sous l’autorité de la DGS, associant les producteurs de données, les opérateurs publics, les territoires, la recherche, les associations et les représentants d’usagers.

– Une doctrine d’interopérabilité permettant de rendre compatibles les différentes sources de données.

– Une charte de qualité, de lisibilité et de transparence garantissant que chaque indicateur soit documenté.

– Une doctrine d’accès et de partage distinguant les usages selon les finalités : information publique, pilotage des politiques publiques, recherche, évaluation…

– Un référentiel national d’indicateurs nationaux et territoriaux.

– Un tableau de bord public, à articuler avec le tableau de bord des déterminants de santé pour les CLS renforcés pour éclairer la décision publique. 

Découvrir le rapport abrégé

Moderniser la PMI : une mission confiée à la députée Joséphine Missoffe

Mission PMI : les premières pistes de réflexion et recommandations

1000 premiers jours : la feuille de route 2024-2027 assurera la continuité des actions engagées

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 06 octobre 2026

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