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Mission PMI : la députée Joséphine Missoffe mise sur l’expertise du terrain
Mi-septembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu, a confié une mission pour la modernisation de la PMI à la députée Joséphine Missoffe. Ex-infirmière puéricultrice, elle entend bâtir ses propositions à partir des réalités très concrètes du terrain, pour redonner un souffle à une institution « en souffrance ». Et inscrire ces enjeux au cœur du débat de l’élection présidentielle.
Vous êtes infirmière-puéricultrice de formation, vous avez exercé en crèche et en PMI. Mais vous êtes passée « de l’autre côté du miroir », maintenant en politique. Un parcours qui vous confère un regard particulier sur les problématiques du secteur et de la PMI.
Tout à fait. Je me suis engagée en politique car au fil de mon parcours professionnel hospitalier, scolaire, puis en direction de crèche et de service de PMI, j’ai toujours pensé qu’il fallait faire bouger les lignes, notamment pour la protection de l’enfance. Déjà lors de mes études, c’est un module qui m’avait vraiment marquée. Je me suis engagée à essayer d’agir une fois que mes enfants seraient plus grands.
Et puis en 2020, je suis arrivée à la Mairie de Paris. Il se trouve que la politique est un milieu dans lequel j’avais quelques codes, mais ce n’est pas tout à fait la même chose quand on plonge dans le grand bain… Directrice de crèche j’étais la première à être agacée par les décrets qu’on nous imposait. En travaillant dans un groupe thématique sur la politique de la petite enfance, j’ai pris conscience de tous ces échelons, de la rigidité du système, de la rigueur administrative. J’ai compris que tout se jouait vraiment au niveau de la loi et des Départements…
Je suis ensuite devenue suppléante du député Benjamin Haddad, mais j’admets que mon objectif de vie n’était pas du tout de devenir députée ! Lorsque l’occasion s’est présentée à moi, j’ai choisi de m’engager à la Commission des affaires sociales, puisque c’est là que je me sens la plus légitime, là où j’ai des compétences à apporter. Il y a eu le projet de loi sur la protection de l’enfance, il y a maintenant le projet de loi sur les VSS, cette mission PMI… Et toutes ces réflexions sont passionnantes.
Le Premier ministre vous a en effet confié une mission sur la modernisation de la PMI. Comment la percevez-vous ?
Avoir une mission c’est un peu le graal. Moi j’ai bataillé pour avoir cette mission sur la PMI pour que mon passage à l’Assemblée ait un sens. Je voulais l’obtenir car la PMI est tellement en souffrance qu’il faut absolument la réanimer. Elle est au centre de la prévention, du soutien, de la protection de l’enfance…
Après avoir rencontré Michèle Peyron et partagé avec elle ce que j’avais vécu lorsque je dirigeais un service de PMI, j’avais vraiment envie de reprendre son rapport pour y ajouter tout ce qui s’est organisé, restructuré, modernisé depuis : la loi Taquet, les 1000 premiers jours… Il y a des choses qui sont absurdes. Pourquoi demande-t-on a une puéricultrice la mission de valider le coté sécuritaire des établissements d’accueil ? Elle pourrait être donnée à quelqu’un d’autre, tandis que leur énergie serait axée sur l’intérêt supérieur de l’enfant…
Je ne vous dis pas que je vais tout réinventer mais j’ai envie que ce rapport ait du sens, que mes propositions viennent du terrain. Une mission gouvernementale, c’est fantastique, ça nous permet d’aller observer ce qui se passe dans les lieux d’accueil, et de prendre du recul pour l’analyser. Tout un travail que l’on n’arrive que rarement à faire, en tant que professionnel, tant on a le « nez dans le guidon » !
Comment allez-vous procéder pour mener à bien cette mission ?
J’ai mille et une idées ! Je connais déjà le process puisque j’ai déjà travaillé sur une mission d’‘information sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité. Je vais parcourir le terrain, diffuser des questionnaires dans les PMI, aux Départements et auprès des citoyens. Mes déplacements commencent à se mettre en place. Je vais rencontrer des professionnels, les syndicats, tous les acteurs qui comptent pour le secteur. Je suis déjà en lien avec Christèle Gautier, avec Pierre Suesser, avec Claire Royer de la Bastie… Et le ministère a été généreux dans ses contacts. Je vais tout particulièrement travailler avec les Départements, cela figure dans ma lettre de mission. Il sera très intéressant de repérer les bonnes pratiques des différents territoires.
Est-ce que ce ne sera pas « un rapport de plus » sur la PMI et la prévention ? Comment donner un écho à vos propositions ?
Dans la continuité des travaux qui ont déjà été effectués, je vais m’inspirer de toutes les bonnes idées qui ont été évoquées et essayer d’innover en puisant sur le terrain pour faire des recommandations qui résonnent dans le cœur de la pratique des professionnels, pour redonner de l’attractivité à ces métiers ! En tant qu’infirmière de terrain, j’espère porter cette mission avec conviction et de manière plus accessible, afin que les professionnels se sentent écoutés, et que mon rapport leur apporte un certain espoir, du moins l’envie d’avancer, dans l’intérêt supérieur de l’enfant…
Ensuite, j’espère pouvoir ajouter ce sujet au débat présidentiel. Évidemment jusqu’à présent la démographie, la baisse de la natalité, la parentalité étaient des sujets « parents pauvres » de la politique, mais vu l’actualité législative, je pense vraiment qu’ils peuvent venir nourrir les programmes des candidats.
Adrien Taquet défendait l’idée de recentrer la PMI sur les enfants de moins de 3 ans. Est-ce une vision que vous partagez ?
J’aimerais tellement que la PMI puisse s’étendre aux enfants jusqu’à 6 ou 12 ans ! Là également, il va falloir réfléchir à la manière dont on va pouvoir mieux articuler la médecine scolaire et la PMI. Un exemple. Quand j’étais en milieu scolaire, j’étais parfois amenée à faire remonter des informations préoccupantes au Département. Il y avait parfois des décisions judiciaires qui étaient prises, mais nous n’avions jamais de retour sur ce qui avait été décidé pour les familles. Ce qui engendrait une sorte de découragement, sans savoir si notre action avait été utile…
J’ai eu une discussion avec Adrien Taquet qui voulait vraiment inscrire la PMI au cœur des 1000 premiers jours. Moi, je viserais volontiers les 2000 premiers jours ! Mais en toute logique, plus on fera de prévention dans les 1000 premiers jours, moins il y aura de besoins par la suite, nous donnant la possibilité d’aller plus loin, en coordination avec la médecine scolaire.
Que pensez-vous des propositions du rapport du député Isaac-Sibille sur la prévention primordiale ?
En effet, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Cyrille Isaac-Sibille. Je le rejoins, et si ma lettre de mission me le permet, je reprendrai volontiers sa proposition de Service public de santé enfance et jeunesse, en explorant tout spécialement le lien entre la PMI et la santé scolaire.
Votre lettre de mission évoque fin décembre pour rendre vos conclusions. N’est-ce pas un peu court pour fournir un travail approfondi ? De quels moyens allez-vous disposer ?
En effet, le délai est très court. Nous avions évoqué cette mission dès le mois de mai-juin mais ma lettre de mission n’est arrivée qu’en septembre dernier. Je ferai donc un point en décembre, mais j’ai demandé à pouvoir rendre mon rapport en février seulement.
J’espère pouvoir disposer de certains moyens. J’ai obtenu qu’un haut-fonctionnaire, délégué des services généraux, puisse travailler avec moi pour m’aider à construire une méthodologie et structurer ce travail. En revanche je n’ai encore aucune idée du budget qui me sera accordé. J’ai également mes attachés parlementaires qui m’accompagnent.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 08 octobre 2026