S’abonner
Espace
Abonnés

Assistant familial : un métier exigeant aux contours mal définis, selon une étude de la Drees

La Drees vient de publier une étude détaillée sur le métier d’assistant familial, issue de l’enquête nationale menée auprès de 5000 professionnels, de mai à juillet 2021. Elle analyse leur profil et celui des enfants accueillis, les conditions de l’accueil et son impact sur la famille. Mais également les disparités selon le type d’employeur et l’évolution d’un métier difficile qui attire de moins en moins de candidats. 

En 2021, en France métropolitaine, 70 600 jeunes étaient confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Selon l’étude de la Drees, 38% d’entre eux sont accueillis par une assistante familiale. Principalement des femmes, elles accueillent à leur domicile des mineurs et jeunes majeurs de moins de 21 ans et s’engagent à leur offrir « des conditions de vie propices à leur bon développement physique, psychique et affectif et à leur assurer attention et soins au sein de la famille d’accueil ». C’est un métier difficile, dans lequel la sphère professionnelle et la sphère privée sont intimement liées. Autrefois simple « famille d’accueil », cette activité a été professionnalisée seulement depuis la loi du 27 juin 2005 – dont les contours semblent, selon l’étude, encore mal définis du point de vue législatif – et la formation renforcée par le décret n° 2025-305 du 1ᵉʳ avril 2025.

De moins en moins d’agréments délivrés  

Selon l’étude de la Drees, on compte près de 38 000 assistantes familiales en France métropolitaine mais le nombre d’agréments délivrés a baissé de 8% entre 2012 et 2023. La proportion de jeunes accueillis à domicile par des assistantes familiales est donc également en baisse depuis 12 ans (52% en 2012 contre 38% en 2021). 

Neuf sur dix sont des femmes, salariées des départements (88%), d’associations (10%) ou bien des deux à la fois (2%). Et ce n’est pas un détail puisqu’on observe de grandes disparités dans les conditions d’accueil, selon le type d’employeur. Si le métier est majoritairement exercé par des femmes, de plus en plus d’hommes ont accédé à la profession ces dernières années. « En 2023, ils représentent 12 % de la profession employée par les conseils départementaux, contre 6 % en 2010 », précise le communiqué de la Drees. 

Leur âge d’entrée dans la profession est assez élevé. En 2023, les assistantes familiales employés par les Conseils départementaux avaient en moyenne 54 ans. Notons que 87% des assistantes familiales sont en couple avec une personne qui partage leur logement et que 96% ont au moins un enfant, et dans 45% des cas les enfants vivent à leurs côtés à leur domicile.  

Un quart d’enfants en situation de handicap 

La Drees dresse le portrait des enfants accueillis : 52% sont des garçons âgés de 12 ans en moyenne. Un quart d’entre eux est âgé de 8 ans ou moins, la moitié a 13 ans ou moins, un autre quart a 17 ans ou plus. Ces enfants sont donc plus jeunes que ceux accueillis dans les établissements de l’ASE, dont la moyenne d’âge est de 13 ans, avec la moitié d’entre eux âgée de 16 ans et plus. 

Près d’un quart des enfants accueillis chez une assistante familiale (23%) ont une reconnaissance administrative de handicap. Un taux est nettement plus élevé que pour l’ensemble des enfants vivant à domicile (5 % en 2022) et que pour ceux résidant dans les établissements et services de la protection de l’enfance (15 %). 

Un contrat et des informations au compte-goutte

En 2021, 68% des enfants vivant en famille d’accueil y résident en continu, tous les jours du mois. Dans la plupart des situations (88%), un contrat d’accueil a été mis en place avant que l’enfant n’arrive. Il précise le rôle de l’assistante familiale auprès des enfants concernant leur éducation, l’accompagnement aux soins, les actes usuels… Un contrat également signé par le conjoint de l’assistante familiale (seulement dans 44% des cas), et plus fréquemment lorsqu’elle est salariée d’une association que du département. 

Dans la majorité des cas également, les assistantes familiales peuvent disposer d’informations sur l’enfant qu’elles vont accueillir : la cause de son placement, sa situation familiale, la nature de la décision de placement, son parcours à l’ASE, des informations sur sa santé physique et psychique, son parcours et sa situation scolaire… Mais, les assistantes familiales salariées de département déclarent avoir été moins souvent informées de la situation familiale de l’enfant que celles employées par les associations.

Le projet pour l’enfant encore trop rarement formalisé

Chaque enfant pris en charge par l’ASE peut bénéficier d’un projet pour l’enfant (PPE) – cf. Loi du 5 mars 2007 et du 14 mars 2016 – qui vise à l’accompagner « tout au long de son parcours au titre de la protection de l’enfance et à garantir la cohérence des actions conduites auprès de lui, de sa famille et de son environnement », et auquel contribue l’assistante familiale, dans les deux tiers des cas. Selon l’étude, les assistantes familiales déclarent que seuls 30% des enfants accueillis en 2021 ont bénéficié de ce PPE. Notons que les assistantes familiales salariées d’association signent plus souvent un PPE lorsqu’elles sont salariées d’association (60%) que lorsqu’elles sont salariées du département (39%).

Un accueil trop souvent fait dans l’urgence

L’étude révèle cependant qu’en 2021, 41 % des accueils chez une assistante familiale ont eu lieu en urgence, sans préparation. Dans seulement la moitié des situations (59%), l’arrivée de l’enfant a été préparée par la rencontre des parents ou d’un membre de la famille. Ou bien la rencontre de l’enfant lui-même dans huit cas sur dix. Pour les autres, l’accueil s’est fait en urgence, sans préparation préalable. Selon leurs déclarations, ce sont les assistantes familiales salariées des départements qui prennent plus souvent en charge des accueils en urgence (42%). 

Un temps important consacré à l’enfant accueilli

Offrir des conditions de vie propices au bon développement de l’enfant, c’est lui consacrer du temps, au domicile et en dehors du foyer : selon l’étude de la Drees, en 2021 les assistantes familiales interrogées consacrent en moyenne chaque semaine : 

  • 3 heures avec la famille du (ou des) enfant(s) accueilli(s), 
  • 4 h 30 aux rendez-vous concernant la santé de l’enfant 
  • 2 h 30 aux échanges avec leur encadrement, 
  • 4 h 30 aux activités extra-scolaires. 
  • Plus de trois heures la semaine et plus de 3h le weekend pour les jeux et loisirs.

Auxquels s’ajoutent les temps de toilette des enfants, de l’entretien de la maison, l’aide aux devoirs, les trajets, etc. Des tâches du quotidien auxquelles sont bien souvent associés les conjoints des assistantes maternelles. Selon l’étude, seuls 5% d’entre eux ne participent jamais à l’éducation des enfants.  

Un accueil pleinement familial, parfois sans limites

Car l’accueil d’un enfant confié par l’Ase concerne – bien sûr – toute la famille. Pas seulement l’assistante familiale, mais également son conjoint et ses enfants. Les enfants accueillis sont pleinement intégrés à la vie de famille puisque dans trois quarts des familles, ils assistent aux évènements familiaux et temps festifs, prennent part « systématiquement » aux vacances et weekends dans 41% des familles. Seuls 16% des familles s’y refusent.

Notons que la réforme de 2025 visant à professionnaliser le métier d’assistant familial encourageait les professionnelles à prendre de véritables congés, sans les enfants accueillis. 

De fait, l’étude révèle que les assistantes familiales peinent à s’accorder du temps pour elles-mêmes : seules 46% le font une fois par jour, 29% une fois dans la semaine, mais un quart n’y arrive jamais. 

Des relations plutôt bonnes avec l’enfant

L’étude montre que les relations entre l’enfant accueilli et sa famille d’accueil sont généralement bonnes (48%), voire très bonnes (47%). 86% des conjoints vivent très bien à bien cette situation de famille d’accueil, mais notons que 14% d’entre eux l’acceptent difficilement, tout comme 23% des enfants et de la famille élargie de l’assistante familiale. 

Faciliter les contacts avec la famille

Les assistantes familiales doivent faciliter l’exercice des droits de correspondance, visites, sorties de la famille naturelle dans le respect des modalités précisées par le service. L’étude précise qu’en 2021, la moitié d’entre elles avait des contacts réguliers en vis-a-vis avec les parents des enfants accueillis. Ces rencontres ont plus souvent lieu lorsque les assistantes familiales sont salariées de département plutôt que d’associations. Pour 76% des assistantes familiales, ce sont seulement des contacts par téléphone ou SMS. Mais dans 22% des accueils familiaux, il n’y a aucun échange avec les parents de l’enfant. 

Découvrir l’étude de la Drees

Elodie, assistante familiale, se bat pour adopter la petite fille qu’elle accueillait 

« Il faut un vrai plan, pas des mesurettes » : l’Ufnafaam réagit au rapport parlementaire sur la protection de l’enfance 

Isabelle Santiago, députée : « Chacun a une part de responsabilité dans cette situation dramatique de la protection de l’enfance »

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 13 janvier 2026

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire