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Assistante maternelle : comment prendre du recul sur ses pratiques professionnelles ?
Quand on exerce seule à son domicile, ou entre pairs dans une MAM, donc sans personne en animation d’équipe, prendre du recul sur ses pratiques professionnelles, en mesurer l’impact sur les enfants ou envers les familles n’est pas facile. Et pourtant pouvoir le faire permet d’améliorer ses pratiques au même titre que la formation continue permet de monter en compétences. Nous avons abordé ce sujet important lors du Printemps de la petite enfance le 13 avril 2026. Retour sur les points clés des échanges.
Pour aborder toutes ces questions, nos six invités ont pris la parole. Audrey-Besnard-Lescène, secrétaire générale de l’UNSAPRO Assmat et Assfam, Virginie Beuzelin, responsable du RPE de Versailles, Véronique Davant, présidente du S.P.E (syndicat des particuliers employeurs), Julie L’Hotel Delhoume, présidente de la Fepem, Amandine Mermillod-Blondin, animatrice de RPE à Châteauneuf sur Charente et Sandra Onyszko, porte-parole de l’Ufnafaam.
Les assistantes maternelles ont, comme les autres professionnelles, à cœur d’offrir un accueil de qualité. Elles le doivent d’ailleurs. Dès l’ouverture des échanges, plusieurs intervenantes ont défendu l’idée que l’accompagnement à l’analyse des pratiques professionnelles est pleinement légitime. Une nécessité, affirme Audrey-Besnard-Lescène : « l’assistante maternelle à son domicile, c’est une assistante maternelle isolée.» Et la maison d’assistantes maternelles (MAM) n’est pas la panacée pour sortir de l’isolement et évaluer ses pratiques. Elle peut être « un atout », mais aussi « un piège si des pratiques discutables se renforcent entre pairs sans regard extérieur », précise la responsable syndicale.
Séances d’analyse de la pratique : le principal frein, le temps
Les séances d’APP ne sont actuellement obligatoires et ne sont organisées que par environ 40 % des RPE qui ont opté pour des missions renforcées. Et quand les assistantes maternelles en bénéficient, ces séances ont lieu hors de leur temps de travail. Amandine Mermillod-Blondin évoque deux expériences successives menées à Châteauneuf-sur-Charente. D’abord, en 2023, une action de formation continue proposée via Iperia, en journée, sur le temps de travail. Le format, dit-elle, « rencontrait plutôt un franc succès puisque c’était en journée sur leur temps de travail » et sans perte de salaire. En revanche, l’expérience menée ensuite sous forme de six séances d’analyse de la pratique en soirée n’a pas pu être reconduite. Pourtant, le bilan qualitatif était bon. Mais le frein principal a été très clair : « ce qui est vraiment remonté, c’est en effet (…) le fait que c’était trop tard le soir », explique Amandine Mermillod-Blondin. Après des semaines longues, parfois au-delà de quarante ou cinquante heures, et avec des temps de trajet importants en zone rurale, l’APP est apparue comme trop contraignante.
Les parents doivent-ils être associés ?
Autre question centrale abordée lors des échanges : la place des parents dans la réflexion sur les pratiques professionnelles. Julie L’Hotel Delhoume a mis en avant l’exemple d’Asnières, où des groupes d’échanges associent parents et professionnels autour des pratiques. « Il y a quand même ce binôme qui est assez particulier qu’il faut prendre en considération », souligne-t-elle. Elle insiste aussi sur le fait que l’isolement concerne aussi l’employeur.
Véronique Davant, dans une perspective proche, rappelle que les pratiques professionnelles ne peuvent être totalement déconnectées des attentes familiales. « Le parent doit respecter le professionnalisme et l’expertise de l’assistante maternelle, c’est absolument indispensable. Mais il doit aussi pouvoir donner son avis et formuler quelques consignes afin que l’éducation qu’il souhaite pour son enfant puisse s’inscrire dans une continuité avec l’expertise de l’assistante maternelle à son domicile. » Associer les parents reste important, mais cela demande de rester attentif à certaines limites. Audrey Besnard-Lescène rappelle que les parents peuvent donner des indications, mais qu’ils ne peuvent pas tout demander. Elle cite des demandes incompatibles avec le cadre professionnel ou les recommandations de sécurité, et met en garde : « il faut être extrêmement vigilant sur ce point ».
Inscrire ces temps d’analyse dans le contrat
Face aux difficultés identifiées, la présidente de la Fepem met en avant une solution très concrète. Elle propose notamment d’inscrire, dès le contrat de travail, des temps identifiés pour l’analyse de la pratique ou la formation, de manière à donner de la visibilité aux familles. Pour elle, il s’agit d’un levier pragmatique, sans attendre une réforme globale. « Il ne s’agirait pas d’une obligation de le réaliser pendant le temps de travail, mais d’une possibilité laissée au choix. Dans ce cas, on ne serait plus confronté à la difficulté spécifique rencontrée par les assistantes maternelles ou les assistantes parentales. Si vous informez les parents, vous leur donnez de la visibilité. Et au moins, vous avez une procédure qui est applicable et opposable. Et ça leur permet de s’organiser. » Mais rien ne garantit que les parents accepteront que leur employée se forme pendant son temps de travail.
Une autre piste évoquée : s’inspirer du modèle des crèches familiales, plusieurs participantes du public ayant rappelé que, dans ce cadre, l’analyse de la pratique est intégrée, organisée, obligatoire, et que les enfants peuvent être accueillis pendant ce temps. Et d’ailleurs, pourquoi ne pas imaginer que les enfants soient pris en charge, par exemple par les animatrices du relais, pendant les séances d’analyse de la pratique ? Une idée jugée intéressante mais qui se heurte à la question des responsabilités. Le statut des assistantes maternelles repose sur une relation de travail avec un particulier employeur, encadrée par un contrat.
Adapter les formats pour les rendre accessibles
Virginie Beuzelin détaille l’organisation mise en place au RPE de Versailles grâce à un appel à projets du Fonds d’innovation petite enfance. Le dispositif repose sur plusieurs formats complémentaires : un poste de psychologue à 70 %, des groupes d’analyse de la pratique, des réunions thématiques une fois par trimestre. La psychologue est présente lors des matinées d’éveil et assure la permanence téléphonique. Les groupes d’analyse réunissent une petite quinzaine d’assistantes maternelles, sur deux créneaux de soirée. La psychologue intervient aussi de façon plus informelle ou plus ciblée selon les besoins.
« Ça porte ses fruits : elles se saisissent chacune de ce qui est proposé au relais, observe Virginie Beuzelin. Elles se réajustent dans les transmissions qu’elles peuvent nous faire. On voit vraiment qu’il y a un positionnement qui évolue. Après, pour certaines, on sent qu’il y a une vraie envie. Mais le fait que cela se déroule sur leur temps personnel et en soirée reste vraiment un frein. » La responsable du RPE note par ailleurs une vraie difficulté à mobiliser les auxiliaires parentales, notamment en soirée.
Faut-il rendre l’analyse de la pratique obligatoire ?
C’est finalement la grande question de cette discussion. Pour Sandra Onyszko, la réponse est clairement oui. La porte-parole de l’Ufnafaam défend l’idée qu’on ne peut plus s’en remettre à la seule bonne volonté des professionnelles ou des structures locales. « Je pense qu’à un moment donné, si on veut jouer le jeu de la clarté, si on veut jouer le jeu de l’importance de la professionnalisation, il faut quand même qu’on amène des obligations. Rendons tout obligatoire et on va construire une identité professionnelle.» Audrey-Besnard-Lescène partage cette analyse. Rendre les analyses de la pratique obligatoires au niveau national, et ensuite trouver les solutions nécessaires, quitte à faire évoluer la réglementation. Elle insiste surtout sur la nécessité de moyens, de reconnaissance professionnelle et d’une organisation compatible avec les conditions de travail. Et met en garde contre le risque d’épuisement si ces temps restent organisés hors du temps de travail. Pour aller dans le même sens, Véronique Davant se dit tout à fait favorable à ce que l’analyse des pratiques professionnelles soit réalisée pendant le temps de travail. Elle souligne toutefois que cette évolution suppose d’examiner la question du financement, dans un cadre plus global de la formation des assistantes maternelles.
Côté terrain, Virginie Beuzelin rappelle de son côté que, sur son territoire, les formations continues organisées en journée et anticipées avec les parents sont plutôt bien accueillies par les parents. Elle observe une évolution des mentalités : autrefois, certaines assistantes maternelles préféraient se former sur leur temps personnel ; aujourd’hui, beaucoup revendiquent légitimement le droit à se former sur leur temps de travail. Face à cette logique d’obligation, la responsable du RPE exprime cependant une réserve importante. Elle rappelle que l’analyse de la pratique ne peut pas se réduire à une formalité : « on parle quand même de temps de réflexivité ». Dès lors, dit-elle, si une professionnelle vient sans envie d’être là, « on ne sait pas ce qu’il en ressortira ».
La reconnaissance d’un vrai métier
Cette table ronde aura permis de faire apparaître un consensus fort : personne ne conteste plus l’intérêt de l’analyse de la pratique professionnelle pour les assistantes maternelles et les gardes d’enfants à domicile. Mais au fil des échanges, la question de l’analyse des pratiques a débordé vers un sujet plus large : celui de la place des assistantes maternelles dans l’accueil du jeune enfant. D’un côté, il y a les temps d’échanges autour des pratiques professionnelles, absolument indispensables, et de l’autre, l’idée de la formation formelle que chaque assistante maternelle devrait suivre de manière structurée. Ces deux démarches, bien que complémentaires, ne relèvent pas du même objectif ni du même cadre. Véronique Davant estime nécessaire d’approfondir la réflexion sur ce sujet de façon globale au niveau de la branche professionnelle, notamment dans le cadre des travaux de la commission formation professionnelle. « Le métier ne dispose pas encore d’un référentiel ou d’un diplôme d’État clairement identifié permettant d’organiser l’analyse des pratiques dans un cadre commun.» Elle évoque également la nécessité de penser « un tronc commun de formation sur la petite enfance qui comprenne les pratiques professionnelles dans le cadre de l’accueil individuel et dans le cadre de l’accueil collectif ».
Julie L’Hotel Delhoume va dans le même sens. Elle rappelle que la question de l’analyse de la pratique s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’attractivité du métier. « C’est un point qu’il faudra travailler, et on peut déjà le faire au niveau de la branche, avec les organisations syndicales. Les organisations patronales ont d’ailleurs indiqué qu’elles étaient prêtes à ouvrir le sujet. En revanche, on ne pourra pas regarder cette question uniquement sous cet angle : on a un travail global à mener. »
L’enjeu n’est plus seulement de convaincre de l’utilité de prendre du recul sur ses pratiques professionnelles. Il s’agit désormais d’en définir concrètement les conditions de mise en œuvre : sur quel temps, avec quels financements, jusqu’à quel niveau d’obligation et avec quelle place pour les parents.
Merci à notre partenaire premium l’UNSA ProAssmat et à tous les autres partenaires du Printemps de la petite enfance 2026 : CNAF, Accent Petite Enfance, ACEPP, ADMR, Enfance et Musique, FEHAP, Fepem, Label Vie, Mutualité Française, Syndicat des Particuliers Employeurs, Ufnafaam
Candice Satara
PUBLIÉ LE 17 avril 2026