S’abonner
Espace
Abonnés

Aurélie Lesous : « L’éveil artistique et culturel se joue au quotidien »

Le 4 novembre dernier s’est tenue la 2e Rencontre nationale de l’éveil artistique et culturel des jeunes enfants*, au Centre Pompidou à Paris avec pour thématique « Les lieux et les espaces de l’éveil artistique et culturel ». Aurélie Lesous, chargée de mission Éveil et Éducation artistiques et culturels au ministère de la Culture, revient sur cette nouvelle édition mais aussi plus largement sur la politique actuelle d’éveil artistique et culturel du jeune enfant.


Les Pros de la Petite Enfance : Quel était l’objectif de cette Rencontre du 4 novembre ?
Aurélie Lesous :
L’objectif était d’aborder un point particulier sur les lieux et les espaces et de nourrir la réflexion de tous les acteurs. À la différence de la Rencontre de 2017 qui était un temps plus politique, car dans le sillage du protocole d’accord pour l’éveil artistique et culturel du jeune enfant et qui était axée sur les initiatives déjà engagées dans les territoires depuis de nombreuses années, cette 2e édition avait pour but de se rassembler et d’enrichir nos échanges 5 ans après. La journée a été très riche, les captations et des actes seront d’ailleurs bientôt disponibles. Il est notamment ressorti des échanges et des prises de parole, la nécessité de poursuivre la création de propositions artistiques et culturelles au bénéfice du lien parent-enfant, les possibilités d’investissement des espaces physiques et sensoriels de l’enfant au quotidien afin que la culture ne soit pas réservée à des lieux et à des temps dédiés.

Pourquoi avoir souhaité mettre l’accent sur « Les lieux et les espaces de l’éveil artistique et culturel » ?
Le choix de cette thématique est lié aux retours de professionnels de la petite enfance et d’artistes lors des résidences, par exemple en crèche, que l’on peut avoir. Une réflexion en particulier m’a interpellée. Une artiste m’a dit que quand elle commence ses résidences, elle fait allonger les professionnels au sol et leur demande de regarder le plafond. Bien souvent, ils se rendent compte que les lumières sont des néons. Ce qui n’est pas du tout adapté aux tout-petits, notamment à ceux qui sont sur le dos. On a aussi des retours d’artistes, principalement de danseurs, sur des lieux parfois trop petits avec peu d’espaces de mobilité. Sans oublier également, dans la perspective des 1 000 premiers jours, la qualité des matériaux utilisés puisque cette rencontre s’inscrit également dans les 1 000 premiers jours, qui s’attache à une sensibilisation des parents à la santé globale de l’enfant notamment sur les perturbateurs endocriniens. Et puis la notion d’esthétisme a son importance. Tout cela a nourri cette réflexion : quelle attention les architectes et designers peuvent apporter dans la construction de leurs lieux pour qu’ils soient à la fois adaptés aux besoins de l’enfant mais aussi comment ces lieux peuvent susciter des interactions, une attention esthétique, une relation à l’extérieur.

L’éveil artistique et culturel est-il aussi essentiel pour les moins de 3 ans que pour les autres classes d’âge ?
Oui bien sûr mais ce n’est pas que l’éveil artistique et culturel. C’est en quoi l’art et la culture nourrissent les capacités cognitives, émotionnelles du jeune enfant. Comment cela nourrit la relation avec l’autre, une prise de conscience, de connaissance du monde. Comment aussi à travers l’éveil artistique et culturel, on valorise à la fois les enfants dans leur droit à s’exprimer et le fait qu’on les écoute. Par exemple, lorsque l’on fait un atelier de percussions avec un enfant, il va faire un rythme, on va le reprendre et quand on le reprend, on lui dit « je t’écoute » et ensuite on va faire un autre rythme, on va lui dire « viens on va aller plus loin ensemble ». La question du « ensemble » est bien sûr importante mais ce qui est fondamental c’est le message d’attention que l’on délivre à l’enfant, de l’écoute que l’on a, de la façon dont il s’exprime. Un autre point essentiel : la revalorisation des parents dans leur rôle de passeur de culture, car ce sont eux les premiers passeurs de culture. Ce n’est pas seulement la question artistique qui est mise en jeu dans la culture, c’est à la fois des traditions, des valeurs, des modes de vie (Déclaration de Fribourg). Aussi, à travers des propositions de temps partagés autour des arts et de la culture, on peut faire passer aux parents le message qu’ils sont les premiers passeurs de culture, que c’est par leur mode de vie, leurs traditions… que leur enfant grandit en culture.

Comment les professionnels de la petite enfance peuvent-ils accompagner les parents, les revaloriser dans leur rôle de premier passeur de culture ?
Il y a la possibilité d’inviter les parents à des ateliers, à des sorties ou des spectacles, mais aussi d’échanger sur leurs moments partagés avec leurs enfants, s’il y a des temps où ils chantent ou écoutent de la musique ensemble. Pour les personnes qui ont des cultures traditionnelles étrangères, on peut réfléchir à la façon de les amener à partager leur culture dans les crèches. Et puis le livre notamment l’album avec ou sans texte est un formidable outil. Il y a des ouvrages multilingues également.. 

Il n’y a pas un mais une variété de lieux d’éveil artistique et culturel… 
Ce qui est intéressant en effet, c’est la multiplicité des lieux où se joue l’éveil artistique et culturel. Cela peut être en milieu de soins, avec l’intervention d’un musicien par exemple dans un service de néonatalogie où l’on peut inviter les parents à chanter pour leur enfant et pour eux. À la Pmi aussi avec notamment les lectures partagées en salle d’attente (l’Agence quand les livres relient vient d’ailleurs de développer l’outil par « lirealapmi.fr »). Lors de ces moments-là, on peut encourager les parents à avoir d’autres temps fait de petites attentions à leur enfant. Cette découverte des arts et de la culture passe par un accompagnement avant tout humain grâce aux nombreux artistes, professionnels de la culture, professionnels de la petite enfance et de la santé. Mais dans le cadre des 1 000 premiers jours, on s’attarde aussi à délivrer des messages de sensibilisation dans ce sens-là. L’éveil artistique et culturel offre des espaces temps aux parents et aux enfants. Dans le carnet qui est dans le sac de naissance des 1 000 premiers jours, on dit aux parents que l’éveil artistique c’est aussi chanter, prendre son enfant dans les bras et danser dans le salon. Ce n’est pas seulement aller au musée ou à un concert. L’éveil artistique et culturel se joue au quotidien.

Quelle est la politique actuelle d’éveil artistique et culturel du jeune enfant ? Les grandes priorités ? Les projets ?
En 2017, un protocole d’accord pour l’éveil artistique et culturel du jeune enfant a été signé entre le ministère de la Culture et le ministère des Solidarités et de la Santé. Pendant ces 5 années, on s’est attaché à structurer les gouvernances, à enrichir le travail partenarial avec les collectivités territoriales. Le plan de formation Enfance-Égalité et le plan 1 000 jours ont permis aussi un rassemblement des acteurs au niveau territorial. Ce qui est clair, c’est que les projets d’éveil artistique et culturel ont une vraie place dans la politique de l’enfance. Et, évidemment, la Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant a permis de poser cela et d’engager les professionnels de la petite enfance de l’accueil collectif comme individuel à investir cet axe de qualité.

Nous avons l’objectif de réécrire un protocole l’année prochaine. Nous avons la volonté d’une approche encore plus globale qui permettrait d’engager d’autres ministères mais rien d’officiel pour l’heure. Dans ce nouveau protocole, nous devons réaffirmer le besoin de sensibiliser les artistes à la création pour les tout-petits, les former à l’intervention artistique et culturelle. Cela comprend toutes les actions auprès des citoyens mais avec une attention particulière pour la tranche des 0-18 ans. L’idée est de leur faire prendre conscience que c’est une possibilité pour eux. Mais les axes forts de ce prochain protocole seront le soutien à la parentalité par les arts et la culture, et la bonne prise en compte des enfants en situation vulnérable, en situation protégée.

En ayant une politique interministérielle sur le sujet de l’éveil artistique et culturel, on peut engager cette réflexion sur quels lieux et quels objets on propose à tous les enfants aujourd’hui quelle que soit leur situation de vie. On brasse certes une multiplicité de notions différentes qui sont à la fois plus ou moins proches de l’art mais c’est un objectif global d’attention à l’enfant et à son devenir à travers les arts et la culture.

*Avec les interventions notamment de Sylviane Giampino, Sophie Marinopoulos, Maya Gratier…

Entretien publié dans la lettre hebdo du 14 novembre 2022
 

Isabelle Santiago, députée : « Chacun a une part de responsabilité dans cette situation dramatique de la protection de l’enfance »

« Tout doux le bruit » : cette initiative pour réduire le bruit en crèche est un succès

Table ronde 2. Crèches associatives : pourquoi se sentent-elles menacées ? Comment les sécuriser et les pérenniser ?

Le cri de désespoir des directrices d’établissements de la petite enfance : Un appel urgent à l’action

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Propos recueillis par Caroline Feufeu

PUBLIÉ LE 14 novembre 2022

MIS À JOUR LE 10 octobre 2024

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire