Caroline Valette : une EJE aux multiples vies professionnelles
Après plusieurs expériences en crèche, puis en tant qu’assistante maternelle, Caroline Valette, éducatrice de jeunes enfants, a endossé le rôle de gestionnaire en ouvrant sa propre micro-crèche en 2022. Un défi relevé avec succès par cette professionnelle engagée, qui souhaitait recentrer sa pratique sur l’enfant et défendre un projet éco-responsable.
À 35 ans, Caroline Valette affiche déjà un solide parcours dans le domaine de la petite enfance. Éducatrice de jeunes enfants de formation, elle a été directrice de crèche, assistante maternelle, et est aujourd’hui gestionnaire d’une micro-crèche implantée en milieu rural.
Son parcours débute dans un centre social et socioculturel de l’ouest lyonnais. À seulement 17 ans, son Bafa en poche, elle s’implique activement dans la vie du centre : rédaction de projets, actions auprès des enfants et des familles. C’est là qu’elle découvre le métier d’éducateur de jeunes enfants — un véritable coup de cœur. Elle obtient son diplôme à l’IRTS de Montpellier à 23 ans. Elle est désormais convaincue que son avenir se trouve aux côtés des tout-petits. Après des expériences dans des MEF (Maisons de l’Enfant et des Familles) et des structures multi-accueil, elle décide de revenir dans sa région natale, près de Lyon.
Directrice adjointe de crèche : un quotidien intense
Elle est embauchée dans un multi-accueil de 22 places en tant que directrice adjointe. « La structure partageait ses locaux avec une crèche familiale, se souvient-elle. C’était une superbe expérience, très enrichissante, car il était encore assez rare, à l’époque, de travailler en crèche familiale. » Le quotidien est intense, les journées s’enchaînent, l’équipe est soudée. Mais Caroline Valette passe plus de temps sur les tâches administratives qu’auprès des enfants. Après deux ans, elle quitte l’accueil collectif pour devenir assistante maternelle à domicile, une décision née d’un concours de circonstances… et d’un certain essoufflement. « Je devais partir de toute façon, car il s’agissait d’un remplacement, et j’étais enceinte », explique-t-elle.
Peu à peu, elle prend conscience qu’elle aspire à un accueil plus individualisé. « Le rythme était très soutenu pour les professionnels, mais aussi pour les enfants, avec de nombreuses absences et un fort turn-over », glisse-t-elle. J’avais envie de me rapprocher des enfants, d’avoir des temps plus individualisés avec eux. » Elle avoue aussi avoir ressenti le besoin de mettre en place ses propres projets pédagogiques avec de petits groupes d’enfants, sereinement, « sans être happée par la pression de l’accueil collectif, l’injonction au remplissage et la peur constante des absences. »
Assistante maternelle pendant quatre ans, elle s’épanouit
En somme, elle aspirait à plus d’indépendance et de liberté, tant dans l’organisation de son temps que dans ses choix éducatifs. Elle garde un souvenir très positif de cette période où elle était assistante maternelle. « J’ai rencontré des personnes formidables, des parents-employeurs avec qui j’ai construit une véritable co-éducation. Tous sont venus vers moi pour le projet que je défendais, tourné vers la nature et l’extérieur. ». Elle évoque avec émotion certaines sorties marquantes : au Hameau du Père Noël, près d’Annecy, ou encore au parc zoologique de Saint-Martin-la-Plaine. Ce qu’elle retient de ces quatre années, c’est avant tout le lien de confiance tissé avec les familles.
Une micro crèche éco-responsable
La période du Covid et du confinement est propice à la réflexion. Enceinte de son deuxième enfant, Caroline Valette ressent le besoin de se recentrer sur l’essentiel, et s’interroge sur le sens de son métier. « Depuis le début, j’ai toujours eu envie de créer un lieu qui me ressemble, et qui incarne tout ce que j’ai appris, notamment grâce à des enseignants passionnants rencontrés à l’IRTS, et à l’influence de l’association Pikler-Lóczy. », souligne-t-elle. Elle songe d’abord à créer une ferme pédagogique, pour accompagner les enfants dans un lien fort avec la nature. Mais la complexité du projet la fait changer d’orientation.
« L’idée de la micro-crèche, inscrite dans une démarche éco-responsable, s’est imposée assez naturellement, poursuit-elle. Elle réunissait mes deux précédentes expériences, et permettait, à mon sens, de faire de grandes choses à petite échelle. » Grâce à son diplôme d’EJE, elle peut diriger une structure, former et fédérer une équipe autour d’un projet. Si certains le redoutent, elle, apprécie particulièrement le management.
Des sacrifices, mais la conviction d’avoir trouvé sa voie
De l’idée à l’ouverture, deux années sont nécessaires pour concrétiser le projet. Caroline Valette choisit le village de Chamagnieu, dans le Nord-Isère : une commune en plein développement, soucieuse de l’environnement, désireuse d’attirer de nouveaux habitants et de développer l’offre d’accueil pour la petite enfance. Son projet tombe à point nommé. Baptisée L’Enfance Ô Naturel, ou plus simplement LEÔN, la micro-crèche ouvre ses portes en septembre 2022, après quelques derniers ajustements de chantier. Elle affiche presque complet dès les premiers jours. « Au départ, j’étais un peu tout à la fois : directrice, référente technique et éducatrice, sourit-elle. Oui, c’est chronophage, mais c’est mon entreprise, ce sont mes valeurs, il est normal que je m’investisse à fond. »
Elle préfère faire l’impasse sur sa rémunération pendant les deux premières années pour investir dans des projets et constituer une trésorerie. Son objectif désormais ? Faire évoluer ses salariés. L’équipe compte trois professionnelles titulaires du CAP Petite Enfance, une assistante maternelle, et un apprenti en formation. Concernant les récentes polémiques autour du « décret micro crèche », Caroline Valette regrette que ces débats alimentent une certaine méfiance envers ces structures, et déplore un manque de reconnaissance du métier. Mais cela ne l’empêche pas de rester optimiste et ambitieuse. Une seconde micro-crèche doit ouvrir en à Frontonas en septembre. Elle la dirigera dans un premier temps, avant de passer le relai à une salariée actuellement en VAE pour devenir éducatrice de jeunes enfants. Elle développe aussi un autre projet à Pont de Cheruy, commune voisine. Et puisque les journées ne sont décidément pas assez longues pour elle : elle anime des séances d’analyse des pratiques professionnelles et est jury de VAE.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 26 mars 2025
Une réponse à “Caroline Valette : une EJE aux multiples vies professionnelles”
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Bravo Caroline pour tout ce que tu entreprend. Tu es courageuse et tu défend tes convictions à merveille. Bonne continuation pour tes nouveaux projets, j’espère que nous pourrons échanger à ce sujet.
Sandrine