Comment l’Etat me tue à petit feu… : le témoignage de Christel Laché, puéricultrice, gestionnaire de micro-crèches
Nous avons reçu le témoignage de Christel Laché, puéricultrice et gestionnaire de micro-crèches. Il y a 10 ans, elle a ouvert sa première micro-crèche, suivie d’une deuxième, une troisième, et même une quatrième. Mais rapidement, c’est la désillusion. Difficultés financières, lourdeurs administratives, contraintes réglementaires… la professionnelle est épuisée et blasée. Aujourd’hui, elle nous partage un texte fort, authentique, écrit avec les tripes.
Et si je vous racontais mon histoire…
Après un burn out professionnel, la puéricultrice que je suis, souhaitait aligner ses valeurs professionnelles dans son travail. Utopique me direz-vous ? Après avoir tourné en rond quelques mois, la création d’une structure me parut la solution idéale pour ne pas avoir à choisir entre mes valeurs et ma santé !
Il y a 10 ans donc, j’ouvrais ma première micro-crèche. J’étais à l’époque presque considérée comme une précurseure ! Nous avons célébré cela avec les élus, les services de la CAF et de la PMI en grand pompe. Je me suis alors lancée dans la création d’une deuxième en 2016 (vendue en 2023), une troisième en 2020 et une quatrième en 2022.
Si les 6 premières années ont été une source d’accomplissement personnel et professionnel, je dois avouer que depuis la crise sanitaire, la situation est complexe.
Le Covid a été pour moi la première alerte de non considération du gouvernement pour mes petites institutions et les professionnels y travaillant. Il a fallu se battre pour obtenir des aides au même titre que les « autres » structures. Il a fallu se battre pour obtenir les autorisations du chômage partiel. Puis, encore une fois, il a fallu se battre pour obtenir les protections indispensables pour reprendre le travail et les conduites à tenir pour la réouverture.
Combats, épuisement et désillusions…
Et depuis, cela ne s’améliore pas, bien au contraire.
La loi NORMA a apporté une clarification dans le classement des micro-crèches en tant qu’EAJE au même titre que les « autres ». Elle a apporté aussi l’obligation d’Analyse de Pratique et de Référent Santé & Accueil Inclusif (RSAI) au titre de la qualité d’accueil, mais sans revaloriser le plafond horaire évalué depuis 2013 à 10€/h (PSU 12,44€). Elle a nécessité aussi la réécriture de tous les projets d’établissement nous laissant crouler sous les démarches administratives.
Alors pour continuer d’exister sans pertes financières, j’ai décidé de demander une extension de capacité d’accueil me permettant de payer les charges de plus en plus nombreuses, incombant à toutes entreprises, si petites soit elles. Un choix obligatoire car ma préférence était de rester sur une micro-crèche de 10 places… Mais là encore, il a fallu se battre contre les institutions et notamment le Conseil Départemental pour obtenir gain cause et augmentation de la capacité d’accueil. Sans l’aide d’un avocat, je n’y serais pas parvenue.
La micro-crèche de trop
Malgré tout, je décide de saisir une opportunité et d’ouvrir une 4e micro-crèche… ce fut et sera la dernière. J’ai vécu la pire création de ma vie professionnelle : des dossiers à n’en plus finir, des demandes toujours plus farfelues des institutions, bien sûr pas de financement d’investissement et pour clôturer le tout, une visite d’ouverture des services de PMI en mode inquisiteur ! Malgré tout, j’ai ouvert…
Là encore, que de combats, que d’épuisement, que de désillusions… Et depuis 2023, j’oscille entre espérance et désespoir. J’oscille entre l’envie de continuer et l’envie de tout abandonner !
La violence du gouvernement me sidère
Ce même gouvernement qui nous demande de protocoliser les « situations de maltraitance » dans nos crèches. Ce même gouvernement se montre d’une maltraitance institutionnelle envers nous, gestionnaires de micro-crèches privées, alors qu’il prône la » bienveillance » et la bientraitance dans sa charte du jeune enfant. Incompréhensible !
Comment puis-je être portée aux nues un jour et descendre en enfer l’autre jour ? Comment ce mode d’accueil que j’ai créé grâce à une loi, une règle, un code peut-il déclencher autant d’animosité maintenant ?
Le gouvernement est maltraitant envers moi, envers mes salariées, envers les familles que nous accueillons et bien évidement envers les enfants.
Il détruit la qualité d’accueil que j’ai instaurée avec mes équipes dans mes micro-crèches. Il dévalorise les métiers de la petite enfance. Il change les règles du jeu sans concertation, sans en parler, comme ça, car il est décideur. Il prend une partie de nous, chaque jour un peu plus. Il crée un climat d’incertitude laissant planer les doutes et mettant en danger les métiers de la petite enfance. Il me détruit chaque jour un peu plus. Il détruit mon travail et le travail de toute une équipe qui oeuvre chaque jour avec bienveillance, elle, à accueillir l’enfant de l’autre avec le sourire et tout le professionnalisme nécessaire.
Des professionnelles incompétentes ?
Et là, un jour, le gouvernement décide que ces mêmes professionnelles sont incapables, sont inefficaces, sont incompétentes pour accueillir les enfants ! Et ce au nom de la qualité d’accueil, le comble ! Elles qui travaillent tous les jours à sublimer l’accueil des enfants et de leur famille, à en faire une joie de tous les instants, à réfléchir aux ateliers permettant aux enfants d’explorer et de découvrir.
Et c’est à nous, gestionnaires, de leur annoncer la sentence, à nous de les licencier car vous, le gouvernement, avez pris des décisions absolument innommables. Vous êtes maltraitants et je ne peux le signaler à aucune institution. Là encore que de combats, que d’épuisement, que de désillusions…
Mesdames, Messieurs du gouvernement, si quoi que ce soit arrive dans mes crèches durant ces prochaines semaines, je vous en tiendrai pour responsable. Vous avez créé un climat délétère au sein des micro-crèches mettant en danger l’accueil de l’enfant et de sa famille, mettant en danger les professionnels qui y travaillent. Vous êtes d’une maltraitance et d’une malveillance inouïes.
J’ai débuté mon aventure après un burn out, je finirai mon aventure par un burn out… la boucle sera bouclée…
Christel Laché
PUBLIÉ LE 11 décembre 2024