Delphine Robert, éducatrice spécialisée en crèche : « Accueillir un enfant autiste, c’est s’adapter chaque jour »
À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, nous avions demandé à Delphine Robert, éducatrice spécialisée en crèche, de témoigner de son expérience dans l’accueil d’enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme (TSA). En France, ces troubles concernent aujourd’hui environ 1 enfant sur 100.
À Saint-Étienne, la crèche associative Les Marmots, gérée par le groupe mutualiste AESIO, accueille 36 enfants dont 13 en situation de handicap ou atteints de maladie chronique. Dans cette crèche inclusive, les équipes accompagnent des enfants présentant des profils variés : retards moteurs, troubles du spectre de l’autisme (TSA) ou autres troubles du neuro-développement (TND). L’accueil du handicap fait partie du quotidien et repose avant tout sur une observation attentive de chaque enfant. Il est facilité par une équipe renforcée et surtout formée au handicap. « On s’adapte vraiment par rapport à leurs besoins, là où ils se sentent le mieux », résume Delphine, éducatrice spécialisée exerçant dans la structure. En France, les troubles du spectre de l’autisme (TSA) concernent aujourd’hui environ 1 enfant sur 100. Les lieux d’accueil sont en première ligne pour repérer et accompagner ces enfants. Dans ses dernières recommandations, la Haute autorité de santé (HAS) mettait d’ailleurs l’accent sur le repérage précoce en EAJE et chez les assistantes maternelles.
Un environnement adapté
Delphine confirme accueillir régulièrement des enfants atteints de TSA. Leur accompagnement implique souvent une attention particulière aux dimensions sensorielles. « On a beaucoup d’enfants qui sont sensibles à l’agitation, au bruit, observe Delphine. On essaye d’aménager des temps plus calmes et de repérer les moments un peu compliqués pour eux. » L’équipe utilise notamment des casques anti-bruit proposés « avant d’arriver justement à saturation ». Elle s’appuie aussi sur des pictogrammes qui permettent d’amener la communication et d’appuyer le propos des professionnels. « On a travaillé avec l’éducatrice du SESSAD sur un classeur de pictogrammes pour détailler chaque moment, pour que l’enfant arrive à se repérer et pour appuyer nos propos ».
Au-delà du matériel, l’organisation de la journée elle-même a été repensée. Le moment du repas, souvent bruyant, a fait l’objet d’un travail spécifique afin de limiter les stimulations sonores. Les professionnelles ont mis en place un « système de mouettes » : une personne circule entre les tables pour assurer le service, tandis que les autres restent assises auprès des enfants. Un terme utilisé par la psychologue Anne-Marie Fontaine pour désigner les mouvements des adultes. Cette organisation réduit les déplacements et permet de créer un environnement plus calme.
Un grand espace extérieur pour jouer et « souffler »
La crèche dispose d’un vaste espace extérieur dont les enfants présentant des troubles du spectre de l’autisme tirent un réel bénéfice. Beaucoup d’entre eux étant hypersensibles, l’extérieur offre un environnement plus apaisant. « Nous avons la chance d’avoir une cours qui a été pensé dans un objectif de motricité et de sensorialité grâce a des jeux adaptés et l’apport de verdure, indique l’éducatrice. Ces enfants sont sensibles au trop de stimulis, parfois il est nécessaire de juste sortir de la pièce pour souffler, pouvoir passer à autre chose. Il nous est même arrivé d’accueillir des enfants que nous ne parvenions à endormir qu’en poussette, à l’extérieur.» Cet espace permet également de travailler l’inclusion, en favorisant les interactions entre les enfants autour de jeux partagés.
La socialisation, bénéfique
Malgré les défis que peut représenter la vie en collectivité, Delphine constate les bénéfices importants pour les enfants autistes accueillis à la crèche. La présence d’autres enfants favorise progressivement l’apprentissage des interactions sociales. « Ce sont des enfants qui ne vont pas toujours vers les autres, qui, au fur et à mesure, commencent à tisser un petit peu des liens », note l’éducatrice. Pour elle, l’accueil précoce en crèche peut même faciliter la transition vers l’école maternelle.
Elle évoque notamment le parcours d’un petit garçon accompagné par l’équipe pendant plusieurs années. « Il a mis longtemps à acquérir la parole, mais maintenant il arrive à communiquer et à se faire comprendre. Par exemple, il nous dit quand il n’est pas content, quand il est triste ou quand il veut quelque chose. On utilise encore parfois le classeur de pictogrammes qui avait été mis en place, mais c’est devenu très rare », raconte-t-elle. Aujourd’hui, il fréquente l’école en grande-section tout en continuant à être accueilli à la crèche quelques après-midi par semaine. Une « fierté » pour l’éducatrice qui rappelle que cette évolution n’est possible que grâce à un travail collectif entre les professionnels, notamment l’orthophoniste, ainsi que sur une collaboration régulière avec sa famille.« Quand on peut échanger sur ce qui marche, ce qui ne marche pas, c’est là qu’on avance. »
Candice Satara
PUBLIÉ LE 02 avril 2026