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Diplômes du travail social : la réforme se poursuit malgré le refus des professionnels
La consultation sur la refonte des diplômes des métiers du travail social devait se poursuivre pendant l’été, après le vote favorable de la CPC. Mais à la veille d’une ultime réunion, un collectif de dix organisations professionnelles – dont la Fneje, le Snppe, le Cerpe, la Cgt, l’Anas – dénonce dans un communiqué publié ce 21 août, le passage en force d’une réforme pour laquelle personne n’a vraiment été consulté, et qui met en péril ces diplômes d’État.
Depuis le début des travaux menés par la DGCS sur la réforme des diplômes du travail social, en juillet 2024, la tension est palpable. Les organisations professionnelles, n’ont eu de cesse de dénoncer « une mascarade de concertation », de clamer leur colère et leur déception à travers le collectif emmené par Julie Marty-Pichon, présidente de la Fneje. Alors qu’à l’origine, personne ne semblait contre une réforme qui pourrait donner un nouveau souffle à ces métiers du travail social en manque d’attractivité.
Consultation insuffisante et désaccords de fond
En cause, un changement de méthode employée par l’administration qui nuit à la qualité et au contenu de la réforme, une précipitation injustifiée – objectif rentrée 2026 – et les revirements du cabinet ministériel. Une consultation jugée insuffisante par une majorité d’organisations représentant les professionnels du secteur, mais défendue par la DGCS, les employeurs et organismes de formation qui souhaitent sa mise en œuvre rapide.
Pourtant sur le fond, seuls quelques points posaient réellement problème : les référentiels métiers, le bloc 2 transférable et la volumétrie.
Les référentiels métiers approuvés en CPC
Alors que le collectif espérait une intervention de la ministre Catherine Vautrin et le report du vote, le 2 juillet dernier la Commission professionnelle consultative (CPC), « cohésion sociale et santé », s’est prononcée favorablement sur les référentiels métiers, présentés fin juin. La consultation devait cependant pouvoir se poursuivre pendant l’été sur les deux points qui font débat, à savoir le bloc 2 transférable et la volumétrie. « Les décrets et arrêtés seront alors publiés à la rentrée, ce qui permettra d’intégrer les formations à Parcoursup dans les temps », pour une mise en application dès la rentrée 2026, nous avait indiqué Alice Lapray, directrice-adjointe de la DGCS. Pour Julie Marty-Pichon, il y avait encore une marge de négociation, « nous allons tenter de sauver ce que nous pouvons encore sauver ! » nous avait-elle assuré. D’autant que dans la foulée, le Comité de filière petite enfance avait apporté son soutien en adoptant un vœu souhaitant que la réforme se prolonge.
Une consultation pour la forme
Alors certes, le processus s’est poursuivi avec la transmission des référentiels de formation et de certification le 22 juillet, et un retour sollicité pour le 20 août ! Mais pour le collectif, qui publie ce 21 août un communiqué intitulé « La destruction des diplômes d’Etat en travail social ! », ce n’est qu’une vaste fumisterie. Espérer une concertation sérieuse en plein mois d’août, aux dates de fermeture annuelle de tous les centres de formation « c’est le passage en force d’un calendrier d’une réforme prévue, pensée, et organisée sans les premiers concernés. Les formateurs eux-mêmes n’ont pas été consultés et la réforme 2018 n’a pas fait l’objet d’évaluation ». Ce n’est ni plus ni moins qu’un « signe de mépris porté aux organisations professionnelles et syndicales et à travers elles, le mépris porté aux professionnels actuels et à venir », s’indigne-t-il. Pour sa part, la Fneje a décidé de ne pas répondre, pour « arrêter de cautionner les conditions dans lesquelles on nous fait travailler », regrette Julie Marty-Pichon. On nous fait croire qu’on participe à quelque chose mais ce n’est que de la poudre aux yeux ! ».
La disparition du caractère national des diplômes
Sur le fond de la réforme, le collectif alerte encore sur plusieurs points énumérés dans ce communiqué :
- « Les processus d’admission n’en sont plus, tant les dispenses et les allègements sont nombreux. L’accès est facilité pour « former » et surtout « diplômer », vite et à bas coût, quitte à envoyer sur les terrains de plus en plus complexes des jeunes professionnels aux formations finalement très partielles ».
- Les erreurs et confusions sont nombreuses dans les référentiels transmis.
- La dimension clinique des métiers n’est plus revendiquée. « On le voit dans les référentiels, explique Julie Marty-Pichon, on tend vers une approche plus standardisée, les compétences deviennent plus générales. On n’accompagne plus la personne de manière individualisée et ça, ça pose un problème dans le travail social quel qu’il soit ! »
- Les stages « période de formation pratique » deviennent « périodes d’immersion » de 3 à 6 séquences pour 55 semaines.
- Le mémoire disparait au profit d’un contrôle continu propre a chaque centre de formation.
- L’épreuve conclusive n’est plus externalisée au rectorat. Par la disparition du caractère national du diplôme « au profit de diplômes d’écoles, voire de diplômes d’associations », le collectif dénonce « un désengagement de l’État à l’égard de nos diplômes », et craint ni plus ni moins que « la fin des diplômes d’État », assure le communiqué.
Dernière ligne droite
Le collectif réclame donc à nouveau de pouvoir contribuer concrètement à cette réforme : « Nous exigeons les conditions d’une véritable consultation pour contribuer à une réforme des diplômes qui n’abandonne ni des conditions d’admission exigeantes et crédibles, ni des temps de formation théoriques et pratiques suffisants pour garantir les spécificités et besoins de chaque métier, et le caractère national de nos certifications ». La DGCS va-t-elle continuer à mener cette réforme tambour battant pour rester dans les temps, coûte que coûte, malgré un secteur divisé ? Pour Julie Marty-Pichon, il y a là des enjeux politiques et des enjeux économiques autour des centres de formation et de la pénurie de professionnels qui dépassent les diplômes, car « les promotions ne se remplissent pas, les métiers n’attirent plus (…).
Alors sauf retournement de situation, ce vendredi 22 août, aura lieu la dernière réunion de la consultation. La prochaine étape devrait être ensuite la publication des décrets et arrêtés pour que Parcours Sup puisse être paramétré à temps pour les prochains bacheliers 2026…
Lire le communiqué
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 21 août 2025