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Fortes chaleurs : les 10 conseils d’un médecin de PMI pour protéger les enfants 

Pendant les épisodes de fortes chaleurs, ou de forte exposition aux UV, la question de la sécurité et du confort des jeunes enfants est cruciale. Sieste, vêtements, hydratation, ventilation, protection solaire… quels sont les bons gestes à adopter ? Le Dr Alan Charissou, médecin départemental, responsable de la PMI de Meurthe-et-Moselle, répond à toutes les questions que vous vous posez.

La sieste en extérieur est-elle possible en cas de fortes chaleurs ?

La sieste en extérieur n’est pas recommandée en cas de forte chaleur. Si elle est maintenue lors de températures élevées mais non extrêmes (inférieures à 25 °C), il faut impérativement respecter les mesures de protection : ombre, aération, hydratation, surveillance constante, vêtements adaptés, et arrêt immédiat en cas de malaise. Attention, car même à l’ombre, un abri peut accumuler la chaleur, notamment en l’absence de circulation d’air. Une attention particulière doit être portée au sol qui peut restituer une forte chaleur, notamment s’il s’agit de dalles ou de surfaces sombres. L’enfant doit être surveillé étroitement : toucher la nuque pour vérifier la température corporelle, observer tout signe d’inconfort ou de surchauffe.

Comment faire dormir un enfant ?

Durant les épisodes de canicule, il ne faut pas hésiter à adapter la tenue des enfants. L’objectif est d’éviter toute surchauffe liée à un excès de textile. S’il fait vraiment chaud dans la chambre (26-27°C et plus), il n’y a aucun inconvénient à ce qu’un enfant dorme en body manche courte très léger (coton), voir en couche seule. Attention néanmoins aux baisses de température nocturnes. Il est conseillé de couvrir à nouveau les enfants en dessous de 25°C.

Peut-on utiliser un ventilateur et comment ?

Le ventilateur est un bon outil pour améliorer la sensation de fraîcheur, mais il ne remplace pas une aération naturelle, ni une bonne isolation thermique. Il ne doit jamais souffler directement sur l’enfant (risques d’irritation, de déshydratation ou de refroidissement excessif), surtout s’il est immobile, par exemple lors d’une sieste. Attention aux allergies et à l’asthme : le ventilateur peut mettre en suspension poussières et allergènes, aggravant les symptômes chez les enfants sensibles. Il est donc déconseillé de l’utiliser toute la nuit pour un enfant allergique ou asthmatique.

Quel chapeau pour les enfants : casquette, bob ou autre ?

Le « couvre-chef à large bord »  (chapeau, bob) reste le meilleur allié des jeunes enfants en été. Il ne sert pas à lutter contre la chaleur, mais à les protéger contre les UV, quelle que soit la température extérieure d’ailleurs. Un coup de soleil peut survenir en hiver. Chapeau et bob sont à préférer aux  casquettes, qui ne protègent que le front, mais n’offre aucune ombre aux oreilles et à la nuque. Il faut que le chapeau soit bien toléré par l’enfant, donc souple, léger, et ne gêne pas la vue. On peut majorer la protection anti UV en choisissant un chapeau confectionné avec un textile anti UV (bien vérifier que le tissus est certifié « Anti UV » selon les normes européennes). 

Peut-on mouiller la tête ou les vêtements d’un enfant quand il fait chaud ?

C’est une idée répandue, mais qui mérite d’être nuancée. Mouiller légèrement la nuque ou le front de l’enfant avec un linge frais peut l’aider à se rafraîchir. C’est le principe de l’évaporation : l’eau qui sèche emporte un peu de chaleur corporelle. L’idéal est d’utiliser un gant humide, de préférence à température ambiante. Cela permet de rafraîchir sans provoquer de choc thermique. Mouiller le chapeau peut avoir un effet rafraîchissant, mais attention à ce que cela ne rende pas l’enfant inconfortable. Un vêtement légèrement humidifié (par exemple avec un brumisateur) peut aussi être bénéfique. En revanche, mouiller le cuir chevelu, surtout en plein soleil, peut générer un effet loupe qui peut entraîner des coups de soleil sur la tête. De façon générale, à l’extérieur, le port du chapeau est indispensable, même à l’ombre.

Bains, douches, jeux d’eau : à quelle température pour vraiment rafraîchir ?

En période de forte chaleur, le bain est souvent vu comme un moyen rapide et ludique de rafraîchir les enfants. Mais attention aux idées reçues : l’eau glacée n’est pas la solution, et une douche froide peut même être très désagréable pour l’enfant. Il vaut mieux privilégier une eau tiède (30-35°C) pour les plus petits,  à légèrement fraîche (20-25°C) pour les plus grands. L’enfant doit rester actif, jouer, bouger dans l’eau. Ce n’est pas juste une immersion rapide. Le médecin conseille un bain (ou pataugeoire) à l’ombre, plutôt qu’une douche rapide : le rafraîchissement est global et on évite le choc thermique. C’est un moment qui doit être bien vécu, pas imposé. L’eau peut être un plaisir, pas juste une solution pour faire baisser la température corporelle. Bien évidemment, on ne laisse jamais un enfant seul dans l’eau sans surveillance d’un adulte. Les vêtements de baignade anti-UV, couvrant un maximum de surface de peau sont conseillés. Attention néanmoins à leur effet rafraichissant qui peut être important : pensez à sortir l’enfant du bain et le sécher s’il semble avoir froid.

Brumisateur d’eau : bonne ou mauvaise idée ?

Le brumisateur peut être utile, mais n’est pas indispensable. Attention à l’hygiène, les modèles rechargeables peuvent être mal nettoyés. Une bouteille mal rincée peut être un vrai nid à microbes. L’alternative la plus simple – et la plus économique – reste le gant de toilette humide passé sur la peau plusieurs fois dans la journée.

Glaces, boissons sucrées, jus de fruit, sirop, faut-il éviter ?

Quand il fait très chaud, la tentation est grande de proposer des glaces à l’eau, des sorbets ou même des boissons sucrées aux enfants. Mais le médecin de PMI est très clair : les glaces peuvent bien sûr rester un plaisir ponctuel, en fin de repas par exemple, mais elles ne doivent pas être vues comme une stratégie de rafraîchissement ou d’hydratation. Une glace, c’est un aliment sucré. Elle ne remplace pas l’eau et en plus elle est nocive pour la santé si consommée trop régulièrement. Ce n’est pas parce que c’est froid que c’est hydratant. Un enfant qui a soif, boira l’eau plate qu’on lui proposera. Il n’a pas besoin qu’elle ait un goût. L’eau est la seule boisson indispensable. A noter que, sauf interdiction communale, l’eau du robinet est appropriée pour les besoins d’hydratation des nourrissons, des enfants et de toute la famille. En cas de forte chaleur, proposer de l’eau toutes les heures et rester vigilant(e) aux signes de déshydratation : fatigue, sécheresse des lèvres, urines moins fréquentes ou plus colorées…).

Crème solaire : quelle fréquence d’application ?

La médecin de PMI rappelle que la protection solaire relève avant tout de l’évitement de toute exposition aux rayons du soleil : éviter de sortir, notamment aux heures de fortes radiations UV (11h-16h), rester à l’ombre, se couvrir avec des vêtements légers couvrant un maximum de surface de peau. Attention néanmoins à trouver le bon équilibre entre protection contre les UV et lutte contre la chaleur. La peau des bébés de moins de 6 mois est très délicate et certains écrans solaires pourraient provoquer des réactions allergiques. Aussi avant 6 mois, il est conseillé de ne pas exposer l’enfant au soleil et ne pas avoir recours aux crèmes solaires. La crème solaire vient compléter ces premières mesures de protection, notamment pour les zones de peau non protégées par du textile. Appliquez la crème solaire environ 30 minutes avant de sortir. Pensez à renouveler l’application toutes les deux heures, et systématiquement après chaque baignade.

Important : même par temps couvert, les rayons UV restent présents ! Jusqu’à 85 % des rayons ultraviolets peuvent traverser les nuages, il est donc essentiel de se protéger même quand le ciel est gris.

Température intérieure : quand s’inquiéter ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une température intérieure comprise entre 18 et 24 °C est considérée comme sûre pour la population générale, y compris les enfants. Au-delà de 28 °C, des risques sanitaires significatifs apparaissent, en particulier pour les jeunes enfants et ceux souffrant de pathologies chroniques. Il est important de mesurer la température dans chaque pièce occupée, pour adapter l’accueil, les siestes, les temps de jeu. Parfois on a l’impression qu’il fait très chaud dans le logement, mais en réalité il fait plus frais dedans que dehors. L’utilisation d’un thermomètre permet de ne pas se faire piéger par de fausses impressions..

Pour lutter contre une hausse trop importante des températures dans le logement, il faut tout ouvrir et de faire circuler l’air lorsqu’il est plus frais à l’extérieur qu’à l’intérieur du logement (la nuit), et de tout fermer (fenêtres, volets, stores, rideaux…)  lorsque cela s’inverse (lors de premiers rayons du soleil le matin). En cas de faible niveau d’isolation thermique des ouvertures (portes ou fenêtre sans volet par exemple), il existe une solution d’appoint expérimentée dans certains lieux d’accueil : la couverture de survie fixée sur les vitres. La face argentée vers l’extérieur permet de réfléchir les rayons du soleil et limite le passage de chaleur par l’ouverture concernée.

Lorsque ces stratégies ne suffisent plus, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

  • Sortir du logement pour rejoindre un endroit plus frais (forêt, médiathèque, ludothèque, cinéma, magasins…)
  • Avoir recours à des rafraichisseurs d’ambiance (un appareil qui combine ventilateur et bac à eau – il peut réduire la température d’une pièce de 1 à 2°C), voire à un appareil de climatisation

À noter que les guides de préconisations pour les établissements d’accueil de jeunes enfants recommandent d’éviter les climatiseurs en dehors des situations exceptionnelles, en raison des risques liés à la qualité de l’air et au confort thermique. En cas de recours à un climatiseur, il est conseillé d’avoir un réglage permettant une température entre 20° et 22°C, avec une humidité entre 30% et 60%.

Enfin, lorsqu’aucune solution n’est trouvée pour éviter d’exposer un enfant à des températures élevées, il faut mettre œuvre toutes les mesures pour lutter contre la déshydratation et aider le corps de l’enfant à se rafraichir. Ne pas hésiter à demander avis à un professionnel de santé (si non disponible, appeler le 15) en cas de doute sur des signes de déshydratation. Et contacter le 15 en cas de signes de coup de chaleur qui est une urgence vitale : température corporelle élevée (supérieur à 38°C) ; peau brûlante, rouge et sèche ; altération de la conscience ; respiration rapide ; vomissements ; maux de têtes intenses ; soif intense ; fontanelle creusée chez les nourrissons.

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 11 juillet 2025

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