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« Il y a comme un malaise autour de ce rapport IGAS sur La Maison Bleue », regrette la députée Céline Hervieu

En cinq questions/réponses, la réaction de Céline Hervieu, députée socialiste de Paris, auteure de la proposition de loi (PPL) prenant des mesures d’urgence pour protéger nos enfants accueillis en crèches privées à but lucratif. Une PPL votée à l’unanimité par les députés et qui sera étudiée au Sénat à la fin de l’année. La jeune députée salue le rapport et ses recommandations, mais s’interroge sur le silence médiatique et politique qui entoure sa publication.

Les Pros de la Petite Enfance : Comment expliquez-vous le peu d’écho autour du rapport de l’IGAS sur le groupe La Maison Bleue, tant du côté des médias que des politiques ?

Céline Hervieu : Je le regrette. Est-ce que le milieu de la petite enfance commence à s’habituer ? De toute façon, je le constate tous les jours, les thématiques petite enfance ne sont pas assez présentes dans le débat public. Et pourtant, ce rapport sur La Maison Bleue, on l’attend depuis longtemps. On a même cru à un certain moment qu’il ne serait pas publié au nom notamment du secret des affaires, et nous étions prêts, j’étais prête à intervenir pour demander sa publication.
Il y a comme un malaise autour de ce rapport. Et les lobbyistes du privé ont tout intérêt à éviter qu’il soit largement repris dans la sphère médiatique. Je comprends qu’il y a eu aussi le souci de ne pas inquiéter les parents, mais parfois, il faut quand même voir et se confronter à la réalité.
Je ne dis pas, et je n’ai jamais dit, que les enfants accueillis dans des crèches privées du secteur marchand sont tous maltraités. Loin de là. Mais, il faut reconnaitre que certaines dérives spécifiques sont liées à leur de mode de financement qui induit rentabilité et optimisation fiscale et financière, Et ces dérives-là doivent être dénoncées, car elles ont des conséquences sur la qualité d’accueil souvent et surtout sur l’usage des fonds publics.

Et le silence des politiques ?

Lui aussi m’étonne. Nous allons de notre côté publier un communiqué. Mais je suis étonnée qu’il n’y ait pas eu de portage politique du côté du gouvernement. La ministre n’a pas pris la parole. Cela m’interroge sur le fond. C’est une façon de vouloir camoufler une réalité d’un système qui dérape. Face aux défaillances décrites qui peuvent mettre en insécurité les enfants et les pros, et contournent les règles, les ministres ont une responsabilité et devraient réagir. C’est d’autant plus troublant que Catherine Vautrin, je le sais pour l’avoir rencontrée lors de la préparation de ma PPL, est sensible à cette question de la régulation du secteur privé. Ce manque de réactivité, ce silence m’interpellent.

Et vous, que pensez-vous de ce rapport ?

Il est très intéressant. L’IGAS a fait un formidable travail de fond. Et effectivement, c’est un rapport à charge. Les recommandations accompagnant le rapport vont dans le bon sens. Notamment celles qui militent pour une étroite collaboration entre les contrôles Caf et PMI. Et qui insistent sur la nécessité qu’ils soient harmonisés et transparents.
Les recommandations sont aussi axées et c’est très bien sur la nécessaire transparence de l’usage des fonds publics et des subventions octroyées pour le batimentaire, par exemple. C’est aussi important, comme le note la première recommandation je crois, que, lors de contrôles IGAS, les pièces demandées soient obligatoirement fournies. Il faut vraiment s’assurer que les groupes privés n’occultent aucune information.
Et j’ai aussi apprécié que certaines recommandations reprennent des mesures de ma PPL qui prévoit qu’un contrôle soit réalisé dans l’année suivant l’arrivée d’un fonds d’investissements dans un groupe de crèches privé. Évidemment, ce serait mieux si tous ces contrôles pouvaient se faire en amont. Cela éviterait qu’après coup, on découvre tous ces dysfonctionnements dans un énième rapport !

Ce rapport et ce qu’il décrit vous ont-ils surpris ?

Depuis des mois, nous avions des alertes du terrain. Depuis des mois, nous savions qu’il y avait des tensions à La Maison Bleue. Lors des auditions précédant le dépôt de ma PPL, on sentait une sorte de flottement autour de La Maison Bleue, Babilou était très serein et People&Baby au fond du trou ! Donc, non, nous ne sommes pas surpris.

Est-ce que ce rapport va être un appui pour faire voter votre PPL par les sénateurs ?

Ma proposition de loi n’est pas encore inscrite à l’ordre du jour. J’ai bon espoir qu’elle le soit d’ici à la fin de l’année, au moins dans la niche socialiste. Mais, actuellement, vu le contexte, il y a pas mal d’embouteillage législatif dans les deux chambres. Mais je suis confiante, car je crois qu’aujourd’hui tout le monde – et particulièrement les sénateurs, si proches des territoires – convient qu’il faut réguler la financiarisation des modes d’accueil. Aujourd’hui, la logique des groupes marchands est connue et systématisée.

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Propos recueillis par Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 24 juin 2025

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